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Médecin de quartier populaire, femme de poigne engagée... Portrait de "Dre Agnès", la nouvelle cheffe des généralistes

Après un séjour de près de deux ans au Cameroun, la Dre Agnès Giannotti a posé ses valises dans le quartier de la Goutte d’Or, à Paris, en 1990. Depuis, elle soigne des générations de familles venues pour beaucoup d’Afrique noire et du Maghreb. Elle leur ouvre la porte du système de soins qui reste difficile à franchir pour certaines. Elue présidente du syndicat MG France, fin juin, "Dre Agnès" porte l’ambition d’améliorer la santé des Français, mais aussi de ses confrères généralistes, qui sont pour beaucoup "au bout de leurs limites". Nous l’avons rencontrée dans son cabinet.

 

Lundi 4 juillet, à l’angle de la rue Léon et de la rue Cave, dans le quartier populaire de la Goutte d’Or (Paris, 18e arrondissement). Il est 8h45. Le cabinet du Dre Giannotti ouvre dans une heure et quart mais déjà une dizaine de personnes patientent sur un petit muret face à l’entrée. Des jeunes, des moins jeunes, des gens masqués, d’autres pas. Tous attendent d’être reçus par "Dre Agnès". Cette dernière arrive à pied, le pas énergique. Elle jette un regard affectueux aux patients qui se sont approchés la voyant arriver. "Je ne suis pas encore ouverte, je reviens", lance-t-elle. Nous la suivons à l’intérieur de son petit cabinet, qu’elle partage avec sa consœur la Dre Stéphanie Caillard. Elle lève le volet qui plongeait le lieu dans l’obscurité, puis ouvre la fenêtre.

Nous nous installons face à elle, à son bureau. Un léger courant d’air se fait sentir. Derrière la praticienne, une grande étagère occupe la longueur du mur. Des vases et masques africains côtoient des dossiers papiers et autres matériels utiles à son exercice. La plupart des bibelots ont été ramenés de ses voyages sur le continent, où elle a vécu presque deux ans après son internat. Elle y avait emménagé – au Cameroun – et avait travaillé sur le thème de l’interculturel. Lorsqu’elle était rentrée en France, la jeune généraliste avait gardé ce goût pour les échanges entre les cultures. "C’est pourquoi je me suis installée dans ce quartier", se souvient la Dre Giannotti, qui a posé sa mallette et son stéthoscope dans ce cabinet en 1990.

Depuis, elle suit des familles populaires, "la plupart venues d’Afrique noire et du Maghreb". Elle reçoit beaucoup d’enfants et de femmes enceintes. "Une patientèle probablement moins âgée que celle d’autres médecins, car ce sont souvent des gens qui ne restent pas une fois à la retraite." Mais qui sont aussi "très fidèles, ajoute-t-elle aussitôt. Tous ceux qui imaginent que les gens en situation de précarité changent de médecin très souvent ont tort. Je pense qu’ils sont même plus fidèles que les autres parce qu’ils n’oublient qu’on était là quand ils en ont eu besoin. Quand ils ont identifié un lieu qui leur ouvre la porte au système de soins, tel qu’un cabinet de médecine générale, ils reviennent."

 

"La moitié des gens qui attendent ont des problèmes aigus"

Avant de prendre ses quartiers dans le 18e arrondissement, à l’endroit où Zola situe l’action de l’Assommoir, Agnès Giannotti a grandi à Fontainebleau, au sud de Paris, dans un milieu bien différent. "Une famille de profs." Petite, elle voulait d’ailleurs emprunter elle aussi la voie de l’éducation, avant de vouloir devenir médecin, et en particulier généraliste. "Je n’aurais absolument pas eu envie d’être autre chose car c’est la prise en charge globale des gens qui m’intéressait, avec toute leur histoire dans la durée." "Au départ, quand je m’imaginais médecin, je me voyais tout expliquer aux gens, comme une prof finalement !" Aujourd’hui "les choses ont changé".

Les consultations sont plus complexes du fait de la hausse des maladies chroniques, qui s’ajoutent aux problèmes aigus de la population et à la prévention. "La moitié des personnes qui attendent dehors ont des problèmes aigus, estime-t-elle, habituée à voir une telle foule devant son cabinet. On assure encore de façon invisible des soins non programmés." Le rôle primordial du généraliste est plus que jamais une réalité, souligne la généraliste, le regard brillant. "C’est lui qui permet au patient d’avoir accès aux soins dont il a besoin, et auxquels il aurait du mal à accéder par ses propres moyens." Un rôle de médiateur d’autant plus nécessaire dans son quartier : "Travailler avec des gens d’autres cultures nécessite d’être précis dans ce que vous dites, tout en utilisant des mots compréhensibles par tous."

Comme beaucoup de ses confrères, la Dre Giannotti a ainsi composé avec ce rythme infernal : arrivée à 9h au cabinet, pas repartie avant 20h le soir. "Je n’ai souvent pas le temps de manger." A cela s’ajoutent les réunions avec les membres de la CPTS du 18e, qu’elle préside, et celles concernant le projet de santé porté par la maison de santé pluriprofessionnelle dont elle fait partie et qui est "hors les murs", faute d’avoir pu trouver des locaux suffisamment grands pour accueillir tout le monde. Depuis le 26 juin dernier, son agenda s’est rempli encore un peu plus : à la suite du départ à la retraite du Dr Jacques Battistoni, qui présidait jusqu’ici MG France, la généraliste de la Goutte d’Or a pris la tête du syndicat de généralistes.

Tout juste élue et déjà...

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