Ostéoporose : le dépistage opportuniste, une solution au sous-diagnostic ?
En France, l’ostéoporose demeure largement sous-diagnostiquée et sous-traitée, y compris après une fracture. Le dépistage opportuniste, mené à partir d’imageries réalisées en routine, pourrait constituer une voie prometteuse afin d’améliorer l’identification des patientes à risque.
L’ostéoporose, angle mort de la santé des femmes ? Parmi les pays développés, la France fait partie de ceux dont le taux de traitement, à la suite d’une fracture ostéoporotique, est l’un des plus faibles, de seulement 15 %(1). "Dans tous les pays, on observe une baisse de la prescription depuis dix ans, mais en France plus qu’ailleurs", déplore le Pr Christian Roux, du service de rhumatologie de l’hôpital Cochin (Paris).
Avant même la survenue d’une première fracture, le nombre de femmes dépistées, puis traitées, demeure faible(2,3). Selon le rhumatologue parisien, les causes sont multiples. Premièrement, les autorités sanitaires "font preuve d’inertie dans la mise à disposition de certains médicaments", mais s’avèrent aussi peu réactives quant aux conditions "très strictes" de remboursement de l’ostéodensitométrie. Deuxièmement, la population demeure mal sensibilisée au risque de fractures liées à l’âge, qu’elle attribue plus souvent aux chutes qu’à la fragilité osseuse. Troisièmement, les médecins "ont énormément de choses à faire et de moins en moins de temps pour le faire", constate Christian Roux. "Je suis très frappé de voir que la santé de la femme est très orientée vers l’appareil reproducteur, certes à raison, mais au risque de retards diagnostiques et thérapeutiques sur les maladies cardiovasculaires, le cancer du poumon et l’ostéoporose", ajoute-t-il.
Le dépistage organisé, coûteux et peu efficace
Du fait du vieillissement de la population, les prochaines années pourraient voir déferler une "épidémie de fractures ostéoporotiques", craint Christian Roux. D’où la nécessité de faire mieux en termes de diagnostic... quitte à aller vers un dépistage organisé ? Contre toute attente, celui-ci serait peu efficace. Menés au Danemark, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, trois essais contrôlés ont livré des résultats peu concluants(4,5,6). Le dépistage organisé, coûteux en temps, en moyens financiers et en personnel, n’entraîne pas de baisse significative du risque de fracture (tous sites confondus), par rapport à une surveillance standard.
Face à cette impasse, les experts s’interrogent désormais sur la possibilité d’un dépistage opportuniste de l’ostéoporose, mené de manière automatisée par intelligence artificielle sur des scanners thoraciques – des examens conduits dans d’autres buts que la recherche d’une ostéoporose. Depuis de premiers résultats positifs publiés en 2020(7), "plusieurs études scientifiques ont montré que ce dépistage opportuniste, mené chez certaines populations, permettait de prédire le risque de fracture aussi bien que la recherche individuelle de facteurs de risque. Cela pourrait donc constituer une méthode très efficace de dépistage, sans les problèmes de coût, d’irradiation et de temps médical", explique Christian Roux.
De premiers travaux menés en France
Menés sur les scanners thoraciques de près de 47 000 personnes, l’étude Opportos, dont le rhumatologue parisien a présenté les résultats au Congrès de la Société française de rhumatologie, confirme le lien étroit entre la densité osseuse au niveau vertébral, d’une part, le risque de fracture et de décès à trois ans, d’autre part. Après ces résultats encourageants, mais obtenus de manière rétrospective, l’équipe compte désormais se pencher, de manière prospective, sur les scanners effectués lors du dépistage du cancer du poumon, qui fait actuellement l’objet d’un large essai de l’Institut national du cancer.
Selon Christian Roux, le dépistage opportuniste "doit être une aide rapide et efficace à la détection du sujet à risque. Celui-ci doit ensuite être orienté vers le médecin, qui prendra une décision thérapeutique. À ce jour, nous n’avons pas de données quant à l’efficacité des traitements mis en route sur la base d’un dépistage opportuniste. Mais nous avons de plus en plus d’éléments qui montrent que les résultats issus d’un dépistage opportuniste sont très proches de ceux issus des techniques habituelles de densitométrie. Le lien va donc pouvoir être fait très rapidement".
Au-delà des scanners thoraciques, serait-il possible de détecter une ostéoporose à partir d’un simple panoramique dentaire ? Tel est l’objectif d’une étude en cours, dénommée Panosteo, dont le protocole a été présenté au Congrès de rhumatologie. À partir de 40 000 radiographies panoramiques dentaires analysées par IA, ses investigateurs tenteront de développer un marqueur d’imagerie "novateur, accessible et économique". Selon eux, il s’agit de "transformer les visites dentaires de routine en un outil proactif d’évaluation de la santé osseuse".
Au sommaire :
- Traiter l’ostéoporose pour prévenir les démences
- Les compléments calciques parfois superflus ?
- Les inhibiteurs de la pompe à protons liés à un sur-risque fracturaire
- Asthme et arthrose : les maladies atopiques intéressent les rhumatologues
- Polyarthrite rhumatoïde : des lacunes persistantes dans la prise en charge médicamenteuse
- Les anti-TNF alpha liés à de rares événements démyélinisants
- La pneumopathie interstitielle diffuse, complication sous-estimée de la polyarthrite rhumatoïde
- Fibromyalgie : la neurostimulation, un espoir sous contraintes
Références :
D’après les sessions scientifiques « Imagerie et analyse d’images » et « Rhumatologie du sujet âgé » lors du 38e Congrès français de rhumatologie (14-16 décembre 2025, Paris).
- Aibar-Almazán A, et al. International Journal of Molecular Sciences, 21 août 2022.
- Canoui-Poitrine F, et al. Bone, 28 juin 2020.
- Roux C, Briot K. Lancet Rheumatology, 29 janvier 2020.
- Rubin KH, et al. Osteoporosis International, 7 décembre 2017.
- Shepstone L, et al. Lancet, 16 décembre 2017.
- Merlijn T, et al. Journal of Bone and Mineral Research, 1er août 2019.
- Dagan N, et al. Nature Medicine, 13 janvier 2020.
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