"Ca me fait perdre du temps, ce n’est pas possible" : quand le numérique peine à conquérir les médecins
À l’occasion de la 10e édition des Grandes tendances de la e-santé, qui se sont tenues le 27 janvier dernier à la Station F à Paris, un atelier concernait la médecine augmentée. Si aujourd’hui de nombreux outils sont entrés dans les cabinets, les médecins semblent encore réticents.
Pour leur 10e édition, les Grandes tendances de la e-santé sont revenues, lors d’un atelier, sur la médecine "augmentée". À cette occasion, deux médecins, la Dre Nadia Simon, généraliste dans les Côtes-d’Armor, et le Dr Eric Fromentin, allergologue dans le Nord, sont venus partager leurs expériences.
Le Dr Fromentin y voit un principale contrainte, celle de la perte de temps. Il s’est retrouvé confronté à des "bugs bêtes et méchants. Malheureusement je ne suis pas patient, quand il y a de la latence au niveau des ordonnances, ça peut être pénible au quotidien. Mon temps il est avec les patients, donc quand ça me fait perdre du temps, ce n’est pas possible, c’est mon point de rupture", estime-t-il.
Autre problématique avancée par l’allergologue : l’arrivée des IA génératives. Ces informations doivent être prises avec bon sens et discernement. "On est de plus en plus confrontés au recours des patients à ChatGPT, pour un problème ou un symptôme. Ça nous fait perdre beaucoup de temps de détricoter des croyances erronées", estime-t-il.
Les outils d’aide à la génération de comptes-rendus
Au sein de leur cabinet, ils ont tous les deux testé l’outil d’aide à la génération de compte-rendu, embarquant de l’IA. "J’aimerais bien être dans mon fauteuil à parler avec mes patients, avec l’IA qui travaille à côté et qui me génère un compte-rendu de consultation, mais on n’en est pas là", indique le Dr Fromentin, ajoutant que la puissance d’analyse n’est pas assez aboutie. "Elle peut nous écouter et faire un compte-rendu, c’est déjà pas mal, mais on n’arrive pas encore à utiliser cette donnée là."
Du côté de la généraliste, l’outil lui a "inventé un traitement quand il a généré l’ordonnance, se souvient-elle, en riant. Pour l’instant le travail ne se fait pas bien." La Dre Simon attend aussi une formation sur ses outils. "Le numérique et l’IA, ça doit nous aider et pas nous mettre des bâtons dans les roues. On ne demande qu’à ce que ça fonctionne."
"La bonne idée qui ne se concrétise pas"
Car des points positifs au numérique, ils en voient. "J’ai vu l’évolution des solutions dans les cabinets, dont celle qui allie mon agenda et mon logiciel cabinet que je peux moduler à ma façon", reconnaît le Dr Fromentin. La généraliste est également convaincue que la technologie est prometteuse. "Je vois bien qu’on est à l’aube de quelque chose de nouveau qui pourrait être assez fabuleux."
Les instances publiques s’y sont aussi mises. Interrogée sur l’intérêt de Mon espace santé, la Dre Simon est catégorique. "C’est l’exemple même de la bonne idée qui ne se concrétise pas. C’est une masse de données qui, quand on arrive à y accéder, on ne parvient pas à la trier ni à l’intégrer, et ce quel que soit le logiciel métier."
L’obligation de l’alimentation du Dossier médical partagé (DMP) avait également été mentionnée dans la loi de financement de la Sécurité sociale, depuis censurée par le Conseil constitutionnel. "[L’obligation], ce n’est pas le meilleur moyen de faire passer l’information. Peut-être que déjà si tout fonctionnait de mieux en mieux, ça inciterait les soignants, ça se ferait plus naturellement", indique le Dr Fromentin. De son côté, la généraliste alimente de manière automatique le DMP via son logiciel, «mais quand je veux y accéder pour récupérer quelque chose, c’est un fouillis innommable. Je ne m’y retrouve pas», estime-t-elle.
«Il y a des ajustements à faire»
Pour Yann-Maël Le Douarin, conseiller médical à la Direction générale de l’offre de soin, les pouvoirs publics sont confrontés à un dilemme. "On voit bien la problématique entre on attend le produit parfait pour déployer quelque chose mais du coup on attend 20 à 30 ans. Ou alors on accepte de sortir des choses pas parfaites, mais on sait qu’on va avoir des insatisfactions sur le terrain parce qu’on construit quelque chose de progressif, qu’on va mettre à jour au fur et à mesure."
Côté industriel, le Dr Nemanja Milenkovic, directeur médical et délégué à la protection de données à Cegedim Santé, estime qu’il y a encore un travail à faire. "On développe des services pour facturer des ordonnances, transmettre des données… Pour l’instant on est dans une phase d’observation pour arriver à une maturité technologique. On voit aussi le besoin réglementaire, on fait en sorte de l’intégrer de façon indolore pour le professionnel de santé. Mais, il y a des ajustements à faire."
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