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Quelle est la durée d'un arrêt maladie pour dépression ? Saisie par la Cnam, la HAS botte en touche

Saisie fin novembre par la Caisse nationale de l'Assurance maladie (Cnam), la Haute Autorité de santé (HAS) vient de rendre son avis sur deux référentiels d'aide à la prescription d'arrêt maladie pour la dépression. Faute de "consensus" scientifique sur les durées et le rythme de suivi, elle insiste sur la nécessité d'une approche "personnalisée".

02/02/2026 Par Louise Claereboudt
Arrêt de travail
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Le 21 novembre dernier, la Haute Autorité de santé a été saisie par la Cnam afin qu'elle rende un avis sur deux référentiels d'aide à la prescription d'arrêt de travail pour la dépression, un pour les cas légers, l'autre pour les cas modérés à sévères. L'avis de la HAS était notamment sollicité concernant "le rythme de suivi du patient, sur les durées indicatives et sur le besoin d'interroger à chaque étape du suivi l'intérêt et la pertinence de l'arrêt de travail pour le patient", rappelle l'autorité scientifique dans son argumentaire adopté le 21 janvier 2026 par son collège.

"Contrairement aux fiches repères produites entre 2009 et 2015", qui avaient fait l'objet d'un avis de la HAS, ces deux référentiels "ne se limitent plus à proposer uniquement une durée indicative d'arrêt de travail". "Ils se présentent sous forme de schémas et rappellent les principaux éléments d'une prise en charge globale du patient, rythmés au gré des repères chronologiques", précisait la Cnam dans sa saisine, rappelant qu'"en plus de l'enjeu médical de sa prise en charge, la dépression est le premier motif de prescription d'arrêt de travail, tous motifs confondus".

Avec ces référentiels, l'Assurance maladie entend "améliorer la prise en charge des patients dépressifs" et "accroître la pertinence de la prescription des arrêts de travail associés", note la HAS.

Aucun consensus scientifique sur la durée des arrêts

S'agissant de la durée indicative des arrêts de travail, la "stratégie documentaire" mise en place n'a "permis d'identifier qu'une seule référence" traitant du sujet. Il apparaît ainsi "impossible de dégager un consensus bibliographique sur ce point", lit-on dans l'argumentaire du collège. S'agissant du rythme du suivi, "chaque document" identifié "propose une fréquence qui lui est propre et orientée selon des objectifs divers", comme l'évaluation de la réponse thérapeutique ou la surveillance des idées suicidaires.

Le collège de la HAS conclut ainsi, dans son avis, à "la difficulté" de "fixer une durée d'arrêt de travail et un rythme de suivi".

Il relève, par ailleurs, la "non-concordance des référentiels" soumis par la Cnam avec les recommandations de bonne pratique de la HAS datant de 2017, "notamment en ce qui concerne la prise en charge des épisodes dépressifs modérés et sévères qui ne peut être comparable, ainsi que l'absence d'évaluation du risque suicidaire dans les épisodes dépressifs légers".

La Haute Autorité de santé souligne par ailleurs que "la prise en charge de la dépression est complexe et à adapter en fonction du patient". "Or les dépressions récurrentes, prolongées, ou résistantes au traitement ne sont "pas prises en compte dans ces référentiels", estime l'autorité scientifique, qui insiste sur la "nécessité d'une prescription d'arrêt de travail personnalisée et reposant sur un échange avec la personne".

Dans son avis, le collège de la HAS pointe aussi "l'absence de prise en compte du retentissement fonctionnel de l'épisode dépressif tant dans l'évaluation initiale que dans sa répétition". Aussi, il juge utile de faire apparaître plus clairement les autres professionnels concernés, en particulier le médecin du travail, et éventuellement les services sociaux.

La HAS ne peut émettre un avis favorable que si les réserves" qu'elle a émises "sont prises en compte", à l'instar des remarques contenues dans son argumentaire, tranche-t-elle.

Cet avis n'a pas échappé à la vigilance du Dr Frédéric Villeneuve, président de la FMF-Gé, selon qui "la science vient de gâcher la tentation du contrôle administratif". Il n'y a "aucune base scientifique pour normer les arrêts. Un épisode dépressif n’est pas une moyenne Excel. C'est de la clinique", écrit le généraliste dans un post LinkedIn. 

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Valérie Briole

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Quel interlocuteur à la place ? Le préfet ? Il n’a pas connaissance des enjeux de santé publique ni des coûts réels des soins. Le... Lire plus

2 débatteurs en ligne2 en ligne
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PETIT BOBO
2,8 k points
Débatteur Passionné
Autre spécialité médicale
il y a 3 mois
L'explication : Devant l'augmentation des dépenses liées à la prescription des arrêts de travail, la sécu s'est fait remonter les bretelles par les pouvoirs publics et reprocher son incapacité (pour le Service du contrôle médical) à limiter ces arrêts. Aux ordres et pas contrariante, la CNAM a fait semblant de solliciter la HAS pour obtenir la formule magique, le référentiel savant ! La cnam optimiste espérait peut être secrètement que le référentiel illusoire allait permettre de refiler la patate chaude aux médecins irresponsables prescripteurs... (c'est loupé !) Comme les libéraux, le Service médical de la sécu sait bien qu'il n'y a pas de référentiel indiscutable pour un grand nombre de pathologies , dont les dépressions, et le mal au dos, par exemple. Ce questionnement, cet appel à la HAS, est du niveau du paradoxe "qu'est-ce qui est apparu en premier l'oeuf ou la poule ?" . C'est amusant quand un grand père pose la question à ses petits enfants, mais là la question n'a pas fait rigoler les libéraux de terrain...
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SOPHIE C-LD
320 points
Incontournable
Médecine générale
il y a 3 mois
Il serait temps que la CNAM comprenne qu'on soigne des individus et non des pathologies. Les référentiels ne veulent rien dire. C'est flagrant dans le syndrome dépressif mais c'est vrai aussi dans la plupart des pathologies.
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DELA LIE
3,2 k points
Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 3 mois
Ils veulent contrôler, qu'ils commencent à mettre le nez dans les statistiques d'arrêt par entreprise ! 1. Beaucoup d'arrêt pour SdA/D = entretien avec le RH et le médecin du travail et mise sous MSO de l'entreprise. 2. Idem pour les troubles musculosqueletiques.
 
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