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Les compléments calciques parfois superflus ?

Chez les femmes dont les apports alimentaires en calcium sont suffisants, la supplémentation calcique s’avère sans grand intérêt en prévention de l’ostéoporose post-ménopausique, selon une étude présentée au 38e Congrès français de rhumatologie.

04/02/2026 Par Romain Loury
38e Congrès français de rhumatologie
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"Les recommandations de prise en charge de l’ostéoporose proposent, en association avec les traitements antiostéoporotiques, de recourir à des suppléments de calcium. D’une part, parce que la plupart des études pivots portant sur ces médicaments ont été menées en présence d’une supplémentation calcique, mais aussi par crainte d’hypocalcémies induites par ces traitements antirésorption osseuse", rappelle le Dr Emmanuel Biver, du service des maladies osseuses des Hôpitaux universitaires de Genève (Suisse).

Or le plus souvent, cette supplémentation calcique est prescrite sans tenir compte des apports alimentaires, qui peuvent très bien être suffisants, et ce au risque d’engendrer une hypercalcémie. Dans l’étude observationnelle qu’il a menée avec ses collègues sur 586 femmes âgées, issues de la cohorte des retraités de Genève (Gerico), Emmanuel Biver révèle que la supplémentation calcique serait sans grand intérêt en termes de densité osseuse, lorsque les apports alimentaires sont satisfaisants.

Tel était le cas dans ces travaux, où la médiane d’apports alimentaires en calcium était d’environ 1 150 mg/j, un niveau proche des 1 200 mg quotidiens recommandés chez l’adulte. En tenant compte de la supplémentation en calcium, les apports totaux atteignaient une médiane de 1 827 mg/j chez les femmes sous antiostéoporotiques, dont 81 % prenaient des compléments calciques.

Pas d’effet significatif sur la DMO

Or chez ces femmes aux apports alimentaires suffisants, la supplémentation était sans effet sur la densité minérale osseuse (DMO), et ce aussi bien chez les patientes sous antiostéoporotiques (bisphosphonates, dénosumab, raloxifène), chez celles prenant un traitement hormonal de la ménopause que chez les femmes non traitées. Ce n’est que chez les personnes présentant de faibles apports en calcium, à savoir moins de 800 mg/j, que les bénéfices de la supplémentation émergeaient, et ce quel que soit le traitement pris.

Autre enseignement de l’étude, les apports en protéines semblent très déterminants en matière de densité osseuse, là aussi dans tous les groupes de traitement. La DMO connaissait une baisse plus marquée chez les femmes consommant moins de 0,8 mg de protéines par kg de poids corporel et par jour, selon les apports nutritionnels conseillés chez l’adulte.

Mieux évaluer le statut nutritionnel

Selon Emmanuel Biver, "ces travaux ne remettent pas en cause la supplémentation calcique, mais ils montrent qu’il faut adapter nos pratiques aux paramètres nutritionnels de la patiente. Il y a du sens à supplémenter les personnes ayant des apports alimentaires insuffisants en calcium, mais pas forcément celles qui en consomment déjà selon les niveaux recommandés. Chez ces patientes, on pourrait seulement recourir à une supplémentation en vitamine D et laisser de côté le calcium". Et, au besoin, recommander un surplus protéique, en premier lieu, par des conseils nutritionnels.

De même, ces travaux ne portaient pas sur les traitements anaboliques – dont le tériparatide et le romosozumab – mais seulement sur des traitements freinant la déminéralisation osseuse. Selon Emmanuel Biver, "les traitements anaboliques permettent des gains densitométriques encore plus importants, parce qu’ils stimulent la formation osseuse. Cela paraît particulièrement important d’augmenter transitoirement les apports en protéines avec de tels traitements, car la matrice osseuse consiste avant tout en collagènes, qui sont des protéines".

 

Références :

D’après la session scientifique « Os métabolique » (16 décembre) et la session plénière (15 décembre) lors du 38e Congrès français de rhumatologie (14-16 décembre 2025, Paris).

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