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Pas d'adresse ni de téléphone... A Angers, ce cabinet qui accueille les patients sans médecin traitant est un secret bien gardé

Ouverte fin 2024 à l’initiative de l’Association des professionnels de santé angevins (Apsa), cette structure de santé atypique reçoit des patients ayant contacté, en amont, le Samu du CHU d’Angers. L’objectif : les réorienter vers un généraliste de l’agglomération qui accepte encore de nouvelles prises en charge permanentes. 

22/01/2026 Par Chloé Sémat
Insolite
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Plus d’un an après son ouverture, le lieu et son adresse sont toujours gardés secrets. Impossible également de trouver un numéro de téléphone ou un créneau de réservation en ligne, le cabinet ne comprenant pas de secrétariat médical. Une volonté de l’Association des professionnels de santé angevins (Apsa), à l’initiative de ce projet de structure de santé atypique né dans la préfecture du Maine-et-Loire, le 23 décembre 2024.

L’objectif : accueillir, évaluer puis réorienter des patients angevins ou issus de l’agglomération de la ville dépourvus de médecin traitant. Selon la Caisse primaire d’assurance-maladie, 28 000 personnes seraient potentiellement concernées à Angers, et 40 000 à l’échelle de l’agglomération.

"Sur notre département, certaines villes sont déjà en souffrance comme Cholet ou Saumur, souligne le Dr Olivier Leroy, médecin généraliste basé sur Angers et président de l’Apsa. Il fallait qu’on s’organise avant de se retrouver face à un tsunami de patients."

À Angers, les demandes de prise en charge permanente se multiplient pour les généralistes. "Pour le patient, c’est anxiogène de passer d’un cabinet à un autre pour essayer de trouver un praticien. Et pour nous, ce n’est pas simple de les refuser en permanence. En tant que médecin généraliste, nous devons assurer cette mission de service public qui est d’offrir à chaque patient dans le besoin un même type de prise en charge de qualité", constate le praticien.

Des conditions d’accueil strictes

Ce dernier a donc imaginé, avec les autres membres de son association, un cabinet secondaire ouvert à ce jour quatre fois par semaine - l’objectif étant, à terme, d’accueillir des patients six jours sur sept. Afin d’éviter son engorgement et une surcharge de consultations pour les médecins volontaires, accéder à cette structure de santé requiert des conditions précises.

Après un appel au 15 ou au 116-117, les patients sont pris en charge par le Samu du CHU d’Angers puis redirigés, dans le cas d’une orientation vers une consultation de médecine générale, vers ce cabinet à la condition qu’ils n’aient pas de médecin traitant ou que celui-ci soit indisponible. Depuis son ouverture, environ 500 personnes ont poussé la porte de cette structure.

Les consultations sont ensuite assurées par 25 généralistes environ, tous membres de l’Apsa, à raison d’une vingtaine de minutes par patient. A l’instar du Dr Olivier Leroy, les médecins s’y rendent une à deux fois par mois. "L’idée, ce n’est pas de se surcharger de travail en parallèle de notre exercice libéral. Nous avons la chance, à Angers, d’être suffisamment nombreux pour organiser et offrir un tel dispositif à la population sans que cela nécessite trop d’investissements personnels", précise le praticien angevin. Cette ville compte en effet 131 médecins pour 100 000 habitants, contre 118 au niveau national. S’agissant de la rémunération, les volontaires sont payés à l’acte. S’y ajoute un dédommagement financier pour prendre en compte les frais de déplacement et le temps investi afin d’encourager l’adhésion des médecins.

Pour autant, le Dr Olivier Leroy ne souhaite pas que la structure se transforme en un centre de soins non programmés sans régulation préalable ni d’inciter les jeunes médecins à multiplier les consultations et téléconsultations express et sans suivi. Dans ce cabinet, les patients présentant un besoin médical important sont priorisés. Ces derniers sont dirigés par la suite vers l’Institut régional pour la Santé (IRSA), avec lequel l’Apsa travaille en collaboration, afin que l’organisme réalise un bilan de santé complet.

"Avec des prises de sang ou des électrocardiogrammes, ils vont pouvoir réaliser des tests plus poussés que nous n’avons pas le temps ni le matériel pour mettre en oeuvre dans notre cabinet, affirme le généraliste. Ils nous envoient ensuite la synthèse des résultats, ce qui nous permet de donner le dossier complet et exhaustif du patient au généraliste qui accepte de le prendre en charge."

Réorientation des patients

Car le but de cette structure, après cette première consultation, c’est bien d’orienter le patient vers l’un des médecins angevins capables d’accueillir de nouvelles personnes au long cours. En amont, les membres de l’Apsa ont réalisé un audit du territoire, réactualisé régulièrement, afin d’identifier les praticiens encore disponibles ou récemment installés.

"Généralement, les patients sans médecin traitant vont chercher à consulter les gros cabinets médicaux parce que ce sont souvent les plus connus ou ceux qui apparaissent en premier dans les recherches Google. Le problème, c’est que ces cabinets n’acceptent pas forcément de nouveaux patients. D’autres praticiens en accueillent, mais personne ne le sait parce qu’ils ne sont pas assez visibles", observe le Dr Olivier Leroy. Selon lui, une trentaine de patients avec des pathologies lourdes ont d’ores et déjà retrouvé un médecin traitant depuis décembre 2024.

Pour financer le projet, une enveloppe de 250 000 euros a été débloquée par l’ARS Pays de la Loire pour la durée cette expérimentation de 18 mois, qui court jusqu’en juin 2026. L’équilibre financier est assuré tant que la somme dédiée à l’accueil des patients ne dépasse pas celle qui aurait été dépensée si ces derniers s’étaient rendus aux urgences.

"Il ne faut pas qu’on génère de dépenses publiques inutiles", précise le praticien angevin. Quant au prolongement de l’opération, le Dr Olivier Leroy avoue ne pas avoir d’informations pour l’heure. Contactée par Egora, l’ARS Pays de la Loire assure "rester attentive aux enseignements qui pourront être tirés de cette expérimentation" mais qu’il est encore "prématuré" de s’exprimer sur une potentielle pérennisation. 

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