Espérance de vie des médecins à la retraite : ce que révèle cette analyse inédite
Pour la première fois depuis 2005, la Caisse autonome de retraite des médecins de France (Carmf) a publié des données statistiques sur l'espérance de vie des médecins. Voici ce qu'il ressort de cette étude inédite.
En décembre dernier, la Carmf a publié de nouvelles données statistiques offrant un panorama des mutations observées au sein de la population médicale au cours des 20 dernières années (2005-2025). Cette analyse confirme l'actuel "creux démographique", marqué par une stagnation du nombre de médecins cotisants (+0,33%) face à une explosion du nombre de bénéficiaires (+228% de retraités en 20 ans), responsable du "déficit technique temporaire" de la caisse. Ces données sur 20 ans confirment en outre la féminisation de la profession – les femmes sont désormais majoritaires parmi les nouveaux affiliés. Et offrent un portrait-robot des médecins retraités actuels.
Dans le cadre de ces travaux, la Carmf a également dévoilé des données sur l'âge des médecins. "L'évolution des âges des médecins et, en particulier, l'âge à l'affiliation et l'âge au décès, constituent des variables importantes pour la gestion des régimes", souligne en effet la caisse, contrainte de piocher dans ses réserves pour affronter le déséquilibre démographique. "Déjà orienté à la baisse depuis 2012", l'âge moyen des médecins à l'affiliation "a vu sa décroissance amplifiée avec l'arrivée en nombre de nouveaux affiliés" (+130% en 20 ans), indique la Carmf. Ainsi, l'âge moyen à l'affiliation est passé de 37,19 ans en 2005 à 35,27 ans en 2025.
En parallèle, on constate une hausse de l'âge au décès sur la période 2005-2025, "conséquence positive directe des progrès médicaux constants". "Cette progression est amplifiée par l'augmentation des effectifs aux âges élevés : plus les médecins seront nombreux aux âges élevés, plus la moyenne d'âge au décès aura de chance d'augmenter", commente la caisse. En 2005, 12 % des cotisants avaient plus de 60 ans. Aujourd'hui, cette catégorie d'âge représente 32 % de la population médicale.
Ainsi, l'âge moyen au décès chez les hommes médecins s'établissait en 2024 à 83,57 ans, contre 81,79 ans en 2005. Chez les femmes, la hausse apparaît moins marquée. L'âge moyen au décès était de 82,5 ans en 2024, contre 82,28 ans en 2005. Ces chiffres sont cependant à nuancer. "Cette différence d'évolution, un peu trop marquée, prouve une certaine sensibilité de l'âge moyen au décès aux variations d'effectifs et à la représentativité de la population", note la Carmf. Il existe un effet de structure : les femmes médecins, globalement plus jeunes du fait de la féminisation récente de la profession, sont moins nombreuses dans les classes d'âge très élevées, ce qui pèse mécaniquement sur l'âge moyen au décès observé.
L'espérance de vie des femmes médecins, "constamment supérieure" à celle de leurs confrères masculins
Pour apprécier l'allongement de la durée de vie des médecins retraités, la Carmf juge ainsi "préférable" de se pencher sur un autre indicateur. Pour la première fois depuis 2005, elle publie des données sur l'espérance de vie des praticiens à 65 ans. "L'âge au décès" n'est qu'"un âge constaté", tandis que "l'espérance de vie est une estimation statistique du temps restant à vivre à un âge donné", avance-t-elle. Ces données inédites montrent une augmentation de l'espérance de vie des médecins à 65 ans entre 2005 et 2025, "signe d'une amélioration globale de la longévité au sein de cette profession", se réjouit la Carmf.
L'espérance de vie des femmes médecins apparaît "constamment supérieure" à celle de leurs confrères masculins sur toute la période, "ce qui est conforme à la tendance générale observée dans la population française", met-on en perspective. Chez les femmes, l'espérance de vie à 65 ans est passée de 24,09 ans en 2005 à 27,61 ans en 2024, soit un gain de 3,52 ans. Celle des hommes n'a augmenté que de 1,18 an sur la même période, passant de 21,93 ans à 23,11 ans. "Cette différence de progression a eu pour conséquence un accroissement de l'écart de l'espérance de vie entre les femmes et les hommes médecins, passant d'environ 2,2 ans à 4,5 ans en 20 ans."
La Carmf rapporte que les écarts d'espérance de vie s'expliquent principalement par des différences de comportements face aux risques, comme le tabagisme ou l'alcoolisme.
La comparaison de l'espérance de vie entre les médecins et la population française offre, par ailleurs, des enseignements intéressants. Chez les hommes notamment. L'espérance de vie à 65 ans des médecins "a toujours été supérieure à celle des hommes de la population générale française". En revanche, "l'écart de longévité entre les hommes médecins et les hommes toutes professions confondues s'est réduit sur les 20 dernières années, passant d'environ 4,3 ans à seulement 3,15 ans", indique la Carmf.
Cela s'explique par "une progression plus lente de l'espérance de vie chez les médecins (+1,18 an), par rapport à celle de la population générale (+ 2,30 ans)", poursuit la caisse, sans plus de précisions. Et de souligner que le statut de médecin confère néanmoins "toujours un avantage significatif en termes de longévité grâce à un niveau socio-économique élevé, une meilleure prévention, un meilleur accès et une meilleure connaissance des soins".
Chez les femmes médecins, l'espérance de vie à 65 ans est aussi nettement supérieure à celle des femmes toutes professions confondues sur la période. "Cependant, contrairement à ce qui est observé chez les hommes, l'écart de longévité entre les femmes médecins et les femmes de la population française a eu tendance à s'accroître, passant d'environ 2,1 ans à 3,9 ans entre 2005 et 2024". La Carmf observe ainsi "des gains d'espérance de vie plus dynamiques" chez les femmes médecins (+3,53 ans) par rapport à ceux de la population féminine française en général (+1,69 an).
Comportements à risques et conditions de travail
Chez les femmes médecins, l'espérance de vie à 65 ans est passée de 24,09 ans à 27,61 ans en 20 ans, et de 22,09 ans à 23,72 ans pour les femmes de la population générale. Ce "ralentissement des gains d'espérance de vie chez les femmes de la population générale" pourrait s'expliquer par "une évolution des comportements à risques (tabagisme, alcoolisme, etc.) et par la dégradation des conditions de travail", selon l'Insee citée par la caisse de retraite. Les praticiennes apparaissent "moins impactées par ces changements sociétaux".
Au global, l'écart de l'espérance de vie entre les médecins et la population générale, tous sexes confondus, est resté stable à près de 3 ans.
Enfin, la Carmf s'est intéressée à l'espérance de vie à 65 ans des médecins libéraux par rapport à celles des cadres. Là encore, les mêmes tendances ressortent. Celle des hommes médecins est toujours supérieure à celle des hommes cadres, "même si cet écart tend à se réduire comme pour la population française". L'exposition des hommes médecins, notamment ceux en cumul emploi-retraite face aux risques du Covid pourrait expliquer la réduction de l'écart d'espérance de vie, présume la caisse, dont l'analyse sur ce point précis couvre la période 2000-2008 à 2020-2022.
Comme pour les hommes, l'espérance de vie à 65 ans des femmes médecins est toujours supérieure à celle des cadres sur l'ensemble de la période.
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