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Ils dépistent, vaccinent et pourraient bientôt prescrire… Faut-il avoir peur des pharmaciens ?

Pharmacien en costume de super héros
La guerre est déclarée. Alors qu'un amendement au projet de loi de santé propose d'autoriser les pharmaciens à prescrire des médicaments dans le cas des "petites urgences", les syndicats médicaux crient à "l'atteinte de l'intégrité du métier de généraliste". Car depuis 2009 en effet, les pharmaciens, qui se revendiquent comme des professionnels de santé à part entière, cumulent les nouvelles compétences, quitte à empiéter sur les plates-bandes des médecins.

 

"Apothicaires", "commerçants", "épiciers", "médecins ratés", "suppôts des labos"… Depuis quelques jours, les pharmaciens subissent une véritable bronca. En cause : la proposition du député LREM Thomas Mesnier de les autoriser à délivrer sans ordonnance certains médicaments soumis à prescription obligatoire. La mesure, issue du rapport du médecin urgentiste sur la prise en charge des soins non programmés, vise à éviter l'engorgement des urgences par ces "petites pathologies qui, faute de médecins disponibles, ne peuvent être traitées en ville", explique au Parisien le promoteur de cet amendement LREM au projet de loi de santé, dont il est par ailleurs le rapporteur général. Et de citer les cas emblématiques des angines, cystites et conjonctivites.

Concrètement, cette "prescription" pharmaceutique se ferait sur la base de protocoles élaborés par la HAS en lien avec les professionnels de santé, "afin que le pharmacien puisse poser quelques questions précises au patient, lui faire par exemple le StreptoTest [voir encadré] pour savoir si le problème est bactérien ou pas et lui délivrer ou pas le médicament nécessaire, avec obligation d’en informer le médecin traitant". La Suisse, le Québec ou encore l'Ecosse ont d'ores et déjà sauté le pas avec succès, soulignent les partisans de la mesure.

Pas de quoi rassurer les syndicats médicaux, qui se sont une nouvelle fois "fermement" opposés à cet amendement, quelques mois après avoir obtenu son retrait du PLFSS 2019. "Qui peut imaginer que le pharmacien va distinguer au simple regard la cystite aigue de la pyélonéphrite, l'angine bactérienne de la mononucléose ?", interpelle MG France, dans un communiqué dénonçant une "atteinte à l'intégrité du métier de médecin généraliste et surtout à la santé des patients". "Un signe, comme des brulures mictionnelles, ce n'est pas un diagnostic. On risque de passer à côté d'autre chose, d'avoir des erreurs, renchérit le Dr Paul Ortiz, président de la CSMF. C'est le médecin qui doit faire le diagnostic et la prescription. Si on banalise le diagnostic, on risque d'avoir de la non qualité dans la prise en charge."

"C'est quand le patient ne trouve pas de médecin qu'il est en danger, pas quand il rentre dans une pharmacie !", s'insurge Gilles Bonnefond, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (Uspo). Quand une patiente se présente le samedi après-midi à l'officine avec une douleur mictionnelle, le pharmacien n'a d'autres choix que de lui "conseiller de la bruyère", "l'envoyer aux urgences"… ou lui délivrer du monuril "en toute illégalité", déplore le syndicaliste. "Est-ce qu'il y a suffisamment de médecins disponibles sur tout le territoire pour répondre aux soins non programmés ? Tout le monde dit non", rétorque-t-il.

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