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Dentistes dans la rue : "On va continuer à perdre de l'argent sur 80% de nos actes"

En grève depuis près de deux mois, les étudiants en chirurgie dentaire rejoindront ce vendredi les rangs d'une mobilisation à l'appel des syndicats. Ensemble, ils appellent au retrait du règlement arbitral né de l'échec des négociations d'un avenant conventionnel. Ils dénoncent une décision autoritaire, politique et dangereuse pour l'équilibre des cabinets dentaires.

Ils ont bloqué les lignes de tram à Nantes, se sont enchaînés devant l'ARS à Clermont-Ferrand, ont organisé des rassemblements à Reims, Paris, Toulouse… Les étudiants en chirurgie-dentaire sont en grève depuis le 13 janvier et tentent par tous les moyens de se faire entendre. Ce vendredi, ils viendront grossir les rangs du grand rassemblement prévu à 13 heures sous les fenêtres du ministère de la Santé.

"On est inquiets de ce qu'on va pouvoir proposer à nos patients demain", souligne une étudiante en 6ème année à Paris-Descartes. A la fin de l'année, elle sera diplômée et se dit préoccupée par son exercice futur. "Je vais commencer par faire des remplacements. Ouvrir un cabinet est un investissement financier important, rappelle la jeune femme. Moi, je n'ai jamais envisagé d'aller à l'étranger, mais d'autres en parlent. Le système est plus attractif."

65% de charges

Comme beaucoup d'étudiants, elle a suivi avec attention les négociations qui se sont tenues à l'automne dernier entre les syndicats et l'Assurance maladie. Les discussions, qui devaient permettre de signer un avenant à la convention des chirurgiens-dentistes, se sont soldées par un échec le 1er février. L'enjeu était de revaloriser les consultations de prévention et les soins précoces, dont les tarifs sont gelés depuis 1988, contre un plafonnement des actes plus lourds, tels que les prothèses, pour lesquels il existe aujourd'hui une liberté tarifaire que les praticiens jugent indispensable à leur équilibre financier. "Les Français disent qu'ils ne se font pas soigner parce que c'est trop cher. Mais 80% de notre activité est remboursée à 100% par l'Assurance maladie et les complémentaires, glisse Catherine Mojaïsky, présidente de la Confédération nationale des syndicats dentaires (CNSD). En revanche, les 20% restants, qui représentent 80% de nos honoraires, ne sont pas du tout pris en charge."

L'Assurance maladie avait porté à 806 millions d'euros sur quatre ans l'enveloppe consacrée à la revalorisation des actes de prévention. Une enveloppe à laquelle les complémentaires auraient participé à hauteur de 168 millions. Une somme largement insuffisante aux yeux des syndicats. "Pour remettre à niveau des actes négligés pendant 30 à 40 ans, il aurait fallu 2,5 milliards. Avec 800 millions, on est loin de ce qu'il faudrait pour redonner une cohérence aux cabinets dentaires, déplore Catherine Mojaïsky. Nous avons fait nos calculs. Aujourd'hui, soigner une carie, c'est entre 19 et 40 euros. C'est le tarif opposable. Mais le juste tarif se situe plutôt entre 40 et 80 euros. Sinon, on va continuer à perdre de l'argent sur ces actes." La présidente de la CNSD rappelle que les chirurgiens-dentistes sont la profession avec le taux de charge le plus élevé, avoisinant les 65%.

L'autre enjeu de la négociation portait sur la reconnaissance de nouveaux soins, de techniques modernes. Une prise en charge au cœur des attentes des jeunes dentistes notamment. "L'Assurance maladie ne considère pas les nouvelles techniques, déplore une étudiante parisienne. Beaucoup d'actes ne sont pas pris en charge. Par exemple, la fluoration permet d'empêcher les caries de se développer. C'est un acte de conservation, mais ça n'est pas pris en charge. Et pourtant, c'est ce qu'on apprend à la fac aujourd'hui."

"Une volonté de mettre fin au système conventionnel"

Avec l'équilibre qui se dessine, les étudiants qui entament leur septième semaine de grève redoutent la mise en place d'un système à trois niveaux, où les plus démunis s'orienteraient vers l'hôpital, où la majorité des patients seraient dirigés vers des centres mutualistes qui salarient des dentistes ou des cabinets conventionnés avec les mutuelles, et où une dernière partie, la plus aisée, aurait accès à des soins de qualité proposés par des dentistes non conventionnés qui pourraient se permette d'acheter du matériel de pointe.

En se rassemblant place Vauban, à deux pas du ministère de la Santé, mais aussi dans plusieurs villes de France, les dentistes rêvent d'un retrait du règlement arbitral né de l'échec des négociations. Dans quelques jours, Bertrand Fragonard devra remettre un texte issu des dernières discussions, qui s'imposera et qui a toutes les chances d'être moins favorable aux praticiens.

Le Centre national des professions de santé (CNPS) a dénoncé une "prise d'otage du système conventionnel". "Le précédent inédit que constitue le cas des chirurgiens-dentistes marque la volonté de mettre fin au système conventionnel et la reprise en main des conventions par l’Etat, comme l’a d’ailleurs récemment confirmé la baisse d’autorité des tarifs des radiologues libéraux", ajoute le CNPS.

"Juste à temps pour que Marisol Touraine puisse dire qu'elle a résolu le problème"

Parmi les dentistes, nombreux sont ceux qui voient là une stratégie très politique. "Le règlement arrive un mois avant les élections, note Catherine Mojaïsky. Juste à temps pour que Marisol Touraine puisse dire qu'elle a résolu le problème de l'accès aux soins dentaires, ce qui est d'ailleurs une fausse information. En fait, Marisol Touraine n'a pas voulu donner à la profession la chance de négocier.

 

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