2028

@photo for everything/ stock.adobe.com/ photo for everything / généré par IA

Les doyens demandent un report de la réforme Pass / LAS : "Les facs et les universités sont à genoux"

Depuis plusieurs mois, des discussions réunissent les acteurs politiques et universitaires pour tenter de réformer l’accès aux études de santé. Si un modèle commence à pointer le bout de son nez, des points de divergence sont toujours bien présents. Le calendrier de la réforme, avec une entrée en vigueur prévue en septembre 2027 par le gouvernement, pose également question. 

07/04/2026 Par Alexis Vignais
PASS/LAS
2028

@photo for everything/ stock.adobe.com/ photo for everything / généré par IA

En octobre dernier, la nouvelle est rendue officielle. Le ministère de la Santé, accompagné de celui de l’enseignement supérieur, publient un communiqué de presse pour annoncer ce que certains appellent déjà "une réforme de la réforme". On parle ici du projet d’évolution des modalités d’accès aux études de médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie et kinésithérapie (MMOPK), qui a connu plusieurs évolutions ces dernières années. Il y a donc environ six mois démarraient des consultations pour changer, à nouveau, un modèle vertement critiqué depuis sa mise en place.

Rembobinons. En 2020, le modèle Pass/LAS entre en vigueur. Une réforme nécessaire selon pléthore d’acteurs, notamment en raison de l’absence de "marche en avant" avec la Paces. "Certains étudiants ne passaient pas en santé, faisaient deux ans puis n'avaient rien. [...] On voulait une réforme, parce qu'on était bien conscient du gâchis humain que ça engendrait", rappelle Marion Da Ros Poli, présidente de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf). Un mode de fonctionnement que la représentante étudiante considérait d’ailleurs comme "très élitiste" et ouvrant peu la voie à une diversification des profils.

Un nouveau système naît donc, mais "la mise en place est un peu catastrophique", se remémore l’intéressée, évoquant une réforme "précipitée", "sans forcément de moyens alloués aux universités", tout cela dans une période où le Covid-19 était toujours bien présent. Du côté du Gouvernement, on présente toutefois les avantages de cette évolution. "Cette réforme a permis de réduire les redoublements et d’apporter une diversification des profils des étudiants accédant aux filières médicales, pharmaceutiques et odontologiques", écrivaient les deux ministères, le 20 octobre dernier. Cela tout en ajoutant que "le nombre de places offertes a été significativement augmenté par rapport à la période antérieure, notamment en médecine (+25 % par rapport à avant 2017)."

Un "constat d’échec"

Mais du côté de l’ANEMF, on nuance cette fameuse diversification. "Les profils diversifiés allaient plutôt en LAS, [...] qui, pour le coup, n'était pas forcément une voie où les étudiants réussissaient bien parce qu'on voyait, en arrivant en deuxième année, qu’il y avait quand même certaines lacunes du fait de ne pas avoir eu une majorité de santé", rappelle Marion Da Ros Poli. La Cour des comptes, dans un rapport publié en 2024, parle, elle, carrément "d’un constat d’échec". "Dans les faits, la pression accrue pour accéder aux Pass sur Parcoursup a accentué l’homogénéité des profils des étudiants en Pass par rapport à la Paces, et par conséquent l’homogénéité des étudiants en MMOP, ces derniers étant principalement issus d’un Pass", peut-on y lire.

La "marche en avant" enclenchée par la réforme est toutefois saluée par l’Anemf comme par les doyens qui soulignent aussi "l'augmentation de la réussite étudiante", mais tous les acteurs s’accordent à dire que ce fonctionnement est complexe, voire illisible. "La complexité actuelle du dispositif PASS-LAS constitue un obstacle pour les étudiants et nécessite un ajustement afin de garantir équité et cohérence sur l’ensemble du territoire", confirme-t-on du côté des ministères.

Pour améliorer les choses, pendant plusieurs mois, les représentants des filières (maïeutique, médecine, odontologie, pharmacie, kinésithérapie), des universités et du Gouvernement se sont donc vus, régulièrement. Cinq groupes de travail ont planché sur cinq thématiques différentes. Et des grandes réunions plénières ont permis de faire le point. Si les arbitrages n’ont pas encore été rendus publics, quelques éléments de la future réforme pointent le bout de leur nez. A commencer par l’instauration d’une voie unique pour accéder aux filières MMOPK, défendue par plusieurs acteurs.

"On pense qu'il faut une entrée unique, effectivement", plaide Isabelle Laffont, présidente de la conférence des doyennes et des doyens, qui souhaite également que cette voie unique "soit plutôt portée par les UFR santé". Même son de cloche du côté de l’Anemf qui s’est même risqué, avec toutes les autres fédérations étudiantes à proposer un système de répartition des ECTS.

Faire un mix entre la Pass et la LAS

Dans ce document, consulté par Egora, le modèle proposé est celui d’une licence. La santé est majoritaire en première année (40 ECTS) mais le "hors santé" est aussi bien présent (20 ECTS). "On peut dire que c’est un mix entre la Pass et la LAS", synthétise Marion Da Ros Poli.

Si l’étudiant n’est pas parvenu à rentrer en deuxième année MMOPK, il accède à une deuxième année de licence où la santé devient minoritaire, avant de disparaître en licence 3. Deux chances seraient accordées aux étudiants pour tenter de passer en filière MMOPK. Les organisations étudiantes souhaitent également la mise en place d’un "seuil" minimum à atteindre pour pouvoir tenter sa chance.  "Car ce qu'on voit typiquement en Pass dans les facultés où la mineure (hors santé) n'est pas validante, où on n'est pas obligé de la valider pour passer en deuxième année, les étudiants la délaissent complètement", justifie Marion Da Ros Poli. Toutefois, seules les notes concernant les matières "santé" seraient prises en compte pour l’évaluation.

Du côté des doyens, on pousse également pour "une validation de l’ensemble des ECTS" pour passer en deuxième année et une sélection basée sur les enseignements santé pour l’admission en filière MMOPK. Toutefois, quelques différences notables sont visibles, à commencer par la manière dont seront évalués les candidats lors de la "deuxième chance".

"On avait proposé comme méthodologie de sélection des étudiants pour rentrer dans les filières MMOP, de se baser sur le bloc santé de la première année", précise la présidente de la conférence des doyennes et des doyens. "Là, où nous considérons qu'il faut refaire des examens de santé en deuxième année sur d'autres modules parce que sinon ce n’est pas une deuxième chance", avance la représentante de l’Anemf. Un sujet que les ministères devront donc trancher.

Tout comme le sujet brûlant du redoublement. Les doyens y sont défavorables, contrairement aux fédérations étudiantes. Ces dernières se défendent toutefois de vouloir retourner au modèle Paces, car il n’y aurait pas de possibilité d’accès aux filières MMOPK sur cette année de redoublement. "C’était la dérive majeure qu'on y voyait, [...] si on a des personnes qui redoublent et qui peuvent retenter au même titre que ceux qui arrivent, en fait on retourne sur la Paces où ce sont les doublants qui prennent des places des primants", souligne Marion Da Ros Poli.

Une "ligne rouge"

Autre point à arbitrer, et pas des moindres, les oraux. "Il faut absolument qu'il y ait des oraux en première année et c'est vraiment un point de discordance majeur avec les autres interlocuteurs qui nous disent qu'ils n’ont pas les moyens de le faire", avance la représentante étudiante qui parle même d’une "ligne rouge". Pour les doyens, faire passer des oraux "est un bon principe". "C’est normal pour entrer dans une filière de santé qu'on évalue le savoir-être des étudiants et les compétences relationnelles [...] La difficulté, c'est que techniquement, c'est très difficile à mettre en œuvre pour le faire de façon juste et équitable", justifie Isabelle Laffont. "Il y a un grand nombre d'étudiants à faire passer à l'oral. Dans les UFR, ça représente une quantité de travail, d'examinateurs à mobiliser, un temps à consacrer, qui, pour des grosses universités, est quasiment non soutenable." Le système de "grand admis", désignant, dans le fonctionnement actuel, les étudiants ayant eu une note suffisante pour ne pas passer d’oraux, est quant à lui, jugé peu équitable par les deux partis.

La part d’enseignements en santé, lors de cette première année, fait aussi partie des points à définir avec les ministères, même si doyens et fédérations étudiantes poussent pour qu’ils soient majoritaires.

Mais si l’avenir de l’accès aux études de santé se discute dans les salles de réunion, il s’est aussi déjà joué… dans l'hémicycle. En effet, une proposition de loi, portée par la sénatrice Corinne Imbert, et distincte de celle dont nous parlons depuis le début de cet article, a déjà été portée au vote du Sénat. Si les propositions portées par le texte semblent correspondre aux attentes, avec une voie unique d'accès aux filières santé et, en première année, une majorité d'enseignements en santé, certaines parties du texte sont critiquées. "Il y a vraiment des choses qui sont, à mon sens, dangereuses, et notamment la première année de pharmacie en accès direct. Même si ça ne nous concerne pas trop, pour nous, ce serait vraiment dramatique parce que ça va encore plus enclaver les formations au lieu de les ouvrir", s’alarme la présidente de l’Anemf.

La volonté de mettre en place une première année d'accès aux études de santé dans chaque département fait aussi débat. Une proposition, techniquement "pas faisable", selon les doyens qui se ferait "au détriment de la réussite étudiante". Cela ayant pour conséquence, notamment dans les zones éloignées des métropoles, des "enseignements essentiellement en visio", "pas de tutorat étudiant" et des difficultés pour animer les TP/TD.

La proposition de loi a, toutefois, été adoptée au Sénat le 20 octobre dernier, et doit désormais être débattue par les députés.

Côté calendrier, la réforme de l’accès aux études de santé, portée par le gouvernement et co-construite avec tous les acteurs, elle, est censée être "mise en place au plus tard à la rentrée 2027", selon le communiqué des ministères. Un délai difficilement tenable pour les doyens qui évoquent un "rétro-planning ultra serré" et un besoin d’échange encore nécessaire : "On a eu 5 mois de discussions et on pense que ce n'est pas suffisant. Il y a des choses sur lesquelles on s'est alignés [...] mais il y a beaucoup de choses qui sont soit non abouties, soit non consensuelles."

Des éléments qui s’ajoutent à la succession de réformes qui ont touché les universités ces dernières années. "Les facs et les universités sont à genoux", tonne Isabelle Laffont. La conférence des doyennes et des doyens demande ainsi une mise en place de cette réforme à la rentrée 2028. À voir si les ministères écouteront cet appel. 

 

Les kinés militent pour ne pas être oubliés  :

Ils souhaitent ne pas être mis de côté. La fédération nationale des étudiants en kinésithérapie (FNEK), pousse pour que la filière kiné soit aussi accessible via une voie commune, en première année d’études de santé. "À l’échelle nationale, 80 % des étudiants en kiné entrent via Pass/LAS et 20 % par les voies STAPS ou biologiques qui existent encore dans certaines universités pour rentrer en kiné", précise Lucas Chauvel, président de la FNEK. Si la fédération participe aux discussions, la réforme est souvent présentée comme MMOP, au grand dam de la FNEK.

Une différence qui se voit également dans les textes. "La filière kinésithérapie n’est pas présente au sein de l’arrêté du 4 novembre 2019 qui cadre la réforme d’entrée en études de santé, mais y est seulement rattachée indirectement par l’arrêté du 17 janvier 2020 qui définit les modalités d’entrée dans les instituts de kinésithérapie", rappellent les organisations étudiantes. Ainsi, la FNEK souhaiterait que le prochain arrêté de cadrage ajoute un "K" à "MMOP", afin de "considérer pleinement la kiné."

Faut-il réformer l'Ordre des médecins ?

Pascal LIGIER

Pascal LIGIER

Non

Comme dans toute organisation professionnelle, qu'elle soit syndicale ou autre, on trouvera toujours des abus avec des notes de fr... Lire plus

4 débatteurs en ligne4 en ligne
 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

Assurance maladie / Mutuelles
Un généraliste déclaré à tort en cessation d'activité par l'Assurance maladie : "J'ai perdu toute ma...
24/03/2026
13
Déontologie
"On m'a sali alors que je n'ai fait que rendre service" : un médecin retraité jugé pour avoir continué à...
10/03/2026
0
Chirurgie
Grands brûlés : les défis de la reconstruction cutanée
06/03/2026
3
Podcast Histoire
Son association a sauvé plus de 5000 enfants : découvrez l'histoire de Francine Leca, pionnière de la...
13/03/2026
0
Décryptage Déontologie
Dépassements d’honoraires des médecins : "le tact et la mesure" à l’épreuve des abus
05/02/2026
29
La Revue du Praticien
Diabétologie
HbA1c : attention aux pièges !
06/12/2024
2