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"Ma concentration ne dépassait pas les 30 minutes" : médecin généraliste, elle raconte "l'enfer" de son burn out
Médecin généraliste et mère de deux enfants, la Dre Magalie Milo a été aspirée dans une spirale de travail qui l'a menée au burn out. Elle publie Mon burn out en blouse blanche, aux éditions l'Archipel et y raconte ses trois années de reconstruction, mais aussi les signaux d'alerte qu'elle a refusé d'écouter. Elle appelle à mettre en lumière "l'épidémie de burn out dont sont victimes les médecins dans toute l'Europe".
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Magalie Milo avait 41 ans, deux enfants de 2 et 5 ans, un mari et une carrière choisie de médecin généraliste. Installée dans un centre de santé mutualiste, elle se réjouissait de travailler en équipe. "Pendant 5 à 6 ans, tout allait pour le mieux. Ça a commencé à être dur la 6ème année parce qu'il y a eu des départs. Tout a basculé quand nous sommes passés de 6 généralistes à 3. Les secrétaires se sont mises à surcharger nos plannings. Moi qui voyais entre 20 et 25 patients par jour pour pouvoir prendre le temps, je suis passée à presque 40. Je subissais", confie Magalie Milo à Egora.
Des signaux d'alerte commencent à apparaître mais Magalie Milo refuse de les écouter. "Trois ans avant de basculer dans le burn out, j'ai vu apparaître de l'eczéma, des douleurs abdominales. Moi qui n'étais jamais malade, j'ai enchaîné les pneumopathies, bronchites, gastros…", rembobine la praticienne. "J'étais épuisée et mon système immunitaire était au pied du mur", réalise-t-elle.

Consciente que le rythme devient infernal, Magalie Milo décide de partir à son tour pour se tourner vers un poste salarié dans un autre centre de santé, orienté vers la pédiatrie. "Je me suis dit qu'avec le salariat, je serai protégée, que j'allais peut-être pouvoir lever un peu le pied, mais ça n'a pas été le cas. Il y avait des pénuries partout et donc il fallait que je remplisse mon poste mais aussi que j'aille remplacer les médecins absents ou les postes vacants".
Les mois passent et les symptômes deviennent de plus en plus lourds…

"Je ne voulais pas m'arrêter par crainte d'abandonner mes collègues et mes patients. Je refusais de m'écouter. On ne nous apprend pas à le faire pour nous même, en tant que médecin", déplore Magalie Milo. "S'arrêter c'est se faire passer avant les autres et ça, c'est très compliqué", analyse la généraliste qui souligne le manque d'action de prévention au sujet du burn out. "Ce système fait que le burn out est presque inéluctable", regrette-t-elle.

La professionnelle de santé parvient finalement à obtenir un arrêt de travail. "Ce qui m'a réellement poussée à m'arrêter, ce sont les troubles cognitifs. Je perdais la mémoire, j'avais des troubles de la concentration, j'étais hyper lente. Je voyais que ça se répercutait sur mon travail", se souvent la praticienne.
Ce basculement vers le burn-out marquera pourtant le début d'une lente descente aux enfers. Elle découvre alors que le burn out est méconnu par de nombreux médecins qui la pensent dépressive. On lui prescrit des antidépresseurs, qu'elle ira chercher à la pharmacie "honteuse" mais qu'elle ne prendra pas.

Magalie Milo est finalement prise en charge par une psychiatre et une psychologue qui reconnaissent son état d'épuisement professionnel. Si la HAS a défini le burn out, ce syndrome n'est toujours pas reconnu aux yeux de l'Assurance maladie. "Sur tous mes arrêts il est noté "syndrome dépressif sur mécanisme de type burn out", relève la généraliste. La fatigue et la perte des capacités cognitives sont les éléments marquant de cette période pour Magalie Milo.

Il faudra finalement trois ans à la généraliste pour retrouver l'essentiel de ses capacités cognitives. Près de 7 ans plus tard, Magalie Milo constate avoir gardé quelques séquelles. "Je suis beaucoup plus fatigable qu'avant. Mon temps de concentration est également moins long. Aujourd'hui, 9h-18h est le maximum que je puisse faire", souffle-t-elle.
Pour remonter à la surface, Magalie Milo a fait appel à l'EMDR, mais aussi au yoga et à la méditation de pleine conscience. Des pratiques pourtant très éloignées d'elle mais qui ont été salvatrices.

Aujourd'hui, Magalie Milo a trouvé un nouvel équilibre. Ell vit près de la mer et à repris un poste dans un centre de soins de suite et de réadaptation pédiatrique. "Je suis à 60%, j'ai envisagé de faire plus pour des raisons financières mais ça n'est pas encore possible", constate la généraliste, devenue désormais également auteure.
Elle milite, au travers de son livre, pour une meilleure reconnaissance du burn out et pour une réelle prise en charge des médecins. "Il faudrait un médecin du travail pour les libéraux" propose-t-elle.
Bientôt mise en place par l'Ordre des médecins, le volet 4 de la certification périodique abordera justement la santé des praticiens, avec notamment un auto-questionnaire à remplir sur leur propre santé. Une manière de prévenir, même si beaucoup de chemin reste encore à parcourir.
Mon burn out en blouse blanche, Magalie Milo, éditions L’Archipel
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