@Manuella Ferreira et son fils
Après la leucémie de son fils, elle se lance dans des études de médecine : "J'ai voulu redonner ce qu’on m’avait donné"
Manuella Ferreira a repris les études pour devenir médecin généraliste à l’âge de 37 ans. Une envie de longue date renforcée par la volonté de rendre la pareille au personnel médical qui l’a accompagné durant la maladie de son fils, atteint d’une leucémie à l’âge de cinq ans.
@Manuella Ferreira et son fils
Devenir médecin a toujours trotté dans un coin de la tête de Manuella Ferreira. Mais ce n’est qu’à l’âge de 37 ans que la mère de quatre enfants décide finalement de sauter le pas. "J'ai toujours eu cette envie-là depuis que je suis enfant", retrace l'intéressée. Mais la nécessité de travailler pour remplir le frigo prend le dessus, combiner médecine avec un job n’étant "pas du tout faisable". Post-bac, l’habitante de la commune du Pont-de-l’Arche, dans l’Eure, se tourne donc vers un IUT génie biologique, tout en travaillant à Décathlon.
Diplôme en poche, Manuella Ferreira valide ensuite une licence puis un master, tous les deux teintés de recherche. "En deuxième année d’IUT, j’ai fait un stage au Gram, le groupe de recherche sur les antimicrobiens et les micro-organismes, et je suis devenue passionnée", précise celle qui se spécialise en microbiologie. Après avoir décroché une bourse ministérielle, Manuella Ferreira lâche son job et devient doctorante au CNRS, avant d’y entamer un post-doctorat en virologie.
Un parcours brillant, qui semblait tout tracé, mais qui sera percuté en 2018. Luis, son fils de cinq ans, montre des symptômes inquiétants. "Il dormait très mal, il se plaignait toujours qu'il avait mal aux jambes, il maigrissait… Je voyais bien que ça n'allait pas", raconte la mère de famille. Malgré des premières consultations, les diagnostics ne détectent pas la gravité de la situation. "Je l'ai emmené aux urgences et on m'a dit qu'il avait une entorse."
"On m’a dit qu’il ne passerait pas la nuit"
Mais au bout de quelques jours, la situation empire. "L'école m'appelle en me disant : "On a couché votre fils pour la sieste et il ne se réveille plus." J'ai lâché le téléphone, j'ai couru à l'école, je l'ai attrapé dans les bras, c'était une poupée de chiffon. Je l'ai mis dans la voiture et j'ai été aux urgences pédiatriques de Rouen." Les examens révéleront cette fois-ci un diagnostic beaucoup plus grave. Luis est atteint d’une leucémie aiguë lymphoblastique de type B. "On m’a dit qu’il ne passerait pas la nuit." Mais le jeune garçon trouve finalement les forces suffisantes pour lutter et entame une corticothérapie intensive avant de commencer une chimiothérapie.
Face à cette épreuve, Manuella Ferreira décide de cesser toute activité professionnelle pour veiller sur son fils. Ce dernier, après trois mois à l'hôpital, alterne les phases en chambre aseptique hospitalière, son système immunitaire étant très affaibli, et les phases à domicile. "Il y avait les surchaussures, la charlotte, la blouse, de quoi se désinfecter les mains, tout était fait comme à l'hôpital." En parallèle, de nombreuses règles sont établies pour préserver la santé du jeune garçon : "pas de plantes vertes, pas d'animaux dans la maison, pas de tapis, pas de moquette, pas le droit d’ouvrir les fenêtres…"
Après dix-huit mois, deux pancréatites aiguës et une appendicite en plus, Luis entrevoit la guérison. "On m’a dit "il est en rémission, vous pouvez reprendre votre vie normale", mais pour moi, ma vie d'avant, elle n'existait plus, c'était fini", se souvient Manuella Ferreira. Les difficultés traversées par son fils ont fait renaître la vocation endormie de sa mère. Alors que Luis est toujours "en chimio",elle construit un dossier pour faire une demande de passerelle auprès de la faculté de médecine de Reims.
"On va m'envoyer bouler, je suis trop vieille"
"C’est une décision difficile. J’ai beaucoup réfléchi." Mais la volonté de "redonner ce qu’on m’avait donné" est plus forte. "On a été suivies par une équipe formidable, que ce soit les aides-soignantes, les infirmières et même les médecins. Ils ont tous été vraiment aux petits soins avec nous", retrace l’intéressée qui souhaite désormais rendre la pareille. "Je me suis dit on va m’envoyer bouler, je suis trop vieille, mon parcours est trop difficile", pense alors Manuella Ferreira mais la réponse est finalement positive. En 2019, à 37 ans, elle rentre donc en deuxième année de médecine.
Le bonheur de ce nouveau défi est toutefois contrebalancé par la maladie de Luis qui est toujours présente, à travers "une chimiothérapie d’entretien". "C'était compliqué. [...] Parfois, je dormais à l'hôpital avec lui, je partais tôt le matin, mon mari ou ma belle-mère me remplaçait dans la chambre, pendant que j'allais à mon cours puis je revenais", se souvient-elle.
À cela s’ajoutent les difficultés liées à la nécessité de se replacer dans la posture d’une étudiante. "J’avais énormément de mal à retenir les connaissances médicales, j’ai dû vraiment me faire violence. Il fallait que je revoie au moins trois fois le même chapitre pour l'intégrer." Même si elle passe des "18, 19 sur 20" aux "10, 12 de moyenne", la nouvelle étudiante réussit ses examens.
Covid-19 et Alexa
Pour tenir le coup, Manuella Ferreira a toutefois pu compter sur le soutien… d’autres mères de famille. "Il y avait deux autres mamans en passerelle dans ma promo, on a créé un groupe de soutien", explique la mère de quatre enfants. "On se soutenait les unes, les autres [...] On se remontait le moral." Pour régler le quotidien, Manuella Ferreira a également bénéficiée de l’aide précieuse de ses proches. "Mon mari a un métier qui lui prend du temps aussi parce qu'il est cadre à l'usine Renault de Cléon. [...] On a été énormément soutenus par nos familles quand il y avait des enfants malades, les mercredis, ou quand je faisais des gardes."
Certaines périodes étaient toutefois plus simples que d’autres comme celle du… Covid-19. "En deuxième année, il y a eu le confinement, donc les cours étaient à distance, ça m'a énormément aidé, retrace la mère de famille. En plus, ils étaient pré-enregistrés, donc je m'occupais des enfants et de la maison toute la journée, et la nuit je visionnais mes cours."
Le retour au présentiel et l’avancement dans les études rend plus fréquentes les absences, notamment nocturnes. Pour y faire face, la quadragénaire a notamment misé sur la technologie. "J'ai une maison connectée, il y a Alexa qui sonne en disant "Paul (le nom de son troisième fils, NDLR), c'est l'heure d'aller te laver les dents, Paul, c'est l'heure de mettre tes chaussures pour aller à l'école" et ma voisine passe ensuite le prendre pour l’emmener."
"On a tapé dans nos économies"
Si l’équilibre semble trouvé pour mêler réussite étudiante et gestion familiale, il a aussi fallu imaginer un moyen de remplir le compte en banque. "On a tapé dans nos économies et elles se sont affaiblies", souligne l’interne qui a également vendu sa voiture pour financer ses études. En quatrième année, Manuella Ferreira accepte de signer un contrat d’engagement de service public (CESP), lui donnant accès à une allocation mensuelle de 1200 € si elle accepte d’exercer dans un désert médical.
Ce sera "la campagne euroise” pour la future médecin. “Je vois la difficulté des habitants à se faire soigner, à être suivis sur le long terme et la plupart ont déjà même plus de médecin traitant, ils sont tous partis à la retraite. Je pourrais être beaucoup plus utile là-bas." L’occasion, également, pour celle qui commence à s’habituer au surnom de "superwoman" de continuer à s’engager en tant qu'élue locale ou au sein de l’association dont elle a participé à la création "La vérité pour nos enfants". Il faudra toutefois attendre pour les futurs patients car la Normande a pris un léger retard dans ses études. Pour cause, elle est actuellement en congé maternité après avoir accouché de son quatrième fils, en décembre dernier.
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