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La vaccination contre le papillomavirus au collège doit-elle devenir obligatoire en France ?

Le député et généraliste Michel Lauzzana (EPR) a évalué, dans un rapport, la campagne de vaccination des collégiens contre le HPV. Il formule plusieurs recommandations pour lever les "freins", et envisage le passage à l'obligation si la couverture vaccinale restait insuffisante.

22/05/2026 Par Aveline Marques
Santé publique
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Avec 6400 nouveaux cas de cancers chaque année, mais aussi des condylomes et des lésions précancéreuses, le "coût sanitaire du HPV est toujours massif" en France, a rappelé le député Michel Lauzzana, présentant mercredi à la commission des Affaires sociales un rapport sur la campagne gratuite de vaccination mise en place dans les collèges en 2024.

"L'Inca indique qu'à peu près 100 000 personnes voyaient leur vie impactée par ces infections chaque année dans notre pays. Cette situation est d'autant plus inacceptable que les pathologies sont évitables", a déploré le généraliste, rappelant que le vaccin permettait de lutter contre "90% des souches d'origine des pathologies". "Les pays qui ont réussi à atteindre une couverture vaccinale proche de 80 %, comme l'Australie, le Danemark et surtout la Suède, sont en train d'éradiquer le cancer du col de l'utérus", a-t-il salué.

Mais la couverture vaccinale de la France, qui a emprunté "avec 20 ans de retard" la voie de la vaccination scolaire, reste insuffisante malgré un "bond" permis par la première campagne : pour les enfants de 12 ans, elle est passée de 38 à 62 % chez les filles et de 28 à 48 % chez les garçons.

Point positif relevé par le député, ces campagnes permettent de réduire les inégalités de santé : "Les territoires avec la plus faible couverture vaccinale, par exemple la Corse ou la Guyane, sont ceux où l'on vaccine le plus dans les collèges, et l'on enregistre une progression spectaculaire de la couverture vaccinale dans les quartiers prioritaires de la ville, de l'ordre de 40 à 45 % pour les filles".

Par ailleurs, le dispositif est coût-efficace : la campagne de vaccination coûte 45 millions d'euros, un coût "très largement inférieur" à celui du traitement des pathologies induites par le HPV, qui est "d'au moins 250 millions d'euros" par an.

Toutefois, a relevé Michel Lauzzana, une vague de "refus" a été observée lors de la deuxième campagne et les résultats sont "très inégaux selon les territoires, les rectorats, les établissements". "Il semble que cela tienne beaucoup au caractère plus ou moins proactif des chefs d'établissement et des infirmières scolaires, qui jouent évidemment un rôle essentiel", a-t-il pointé.

Le rapport signale des "freins organisationnels" et "institutionnels" : problème de recueil des autorisations parentales, carnet de santé fréquemment oubliés, locaux inadaptés dans les collèges, "manque d'engagement de l'Education nationale, mais aussi des instances nationales de l'enseignement privé sous contrat, et au-delà des professionnels de santé libéraux".

Michel Lauzzana note également "la persistance de freins psychologiques liés à la manière dont la vaccination HPV a été initialement introduite en France". "Si ce vaccin connaît une légitimation croissante, un préjugé persiste sur le fait qu'il est plutôt réservé à certains publics et un doute se maintient sur son importance. On m'a rapporté l'étonnement, par exemple, des collégiens, qui se demandent pourquoi ce vaccin n'est pas obligatoire, s'il est vraiment aussi important, sûr et efficace qu'on le dit."

Le député formule 13 recommandations pour atteindre les 80 % de couverture vaccinale. Il s'agit d'abord de "relancer la communication", recentrée "autour d'un message simple et clair : les pathologies liées au HPV sont graves et concernent tout le monde ; le vaccin est efficace et gratuit pour les collégiens et lycéens ; le plus tôt est le mieux pour se faire vacciner, mais il y a un rattrapage possible jusqu'à 26 ans". "Ce message doit être décliné à l'école, dans la rue et dans les transports, dans les cabinets professionnels médicaux, dans les courriers de la Caisse nationale d'Assurance maladie."

Ouvrir la vaccination dès 9 ans ?

Il faut, ensuite, "fixer des objectifs, mettre en place des tableaux de bord permettant d'évaluer la performance des différents territoires et établissements pour mieux impliquer l'Education nationale dans son ensemble", et "résolument embarquer les établissements privés sous contrat", dans lesquels 20 % des collégiens sont scolarisés. Revenir sur le volontariat de leur participation aux campagnes de vaccination semble légalement difficile, a regretté le député.

"Il faut supprimer toutes les occasions manquées de vacciner, a insisté le généraliste. Cela implique de simplifier drastiquement les formulaires d'autorisation parentale, mais également d'assouplir l'obligation de présenter le carnet de santé : cela ne doit pas être un motif de non-vaccination."

Si malgré tout, le taux de 80 % n'est pas atteint, Michel Lauzzana appelle à réfléchir à l'obligation vaccinale. "Avec madame Buzyn, on a voté l'obligation vaccinale pour 13 vaccins, c'est maintenant rentré complètement dans les mœurs", a-t-il lancé. L'option d'un "consentement inversé" ("on est réputé être absolument pour la vaccination, sauf si on se prononce contre") semble juridiquement plus difficile à mettre en œuvre.

Enfin, le député recommande de "mettre l'accent sur le rattrapage vaccinal pour les 15, 20, 26 ans, et de saisir la HAS pour étudier la possibilité d'ouvrir la vaccination dès 9 ans, c'est là où elle est le plus efficace, et pour une seule dose".

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FRANCOIS CORDIER

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