Depression_Marco_AdobeStock

@Marco - stock.adobe.com

Médecine : 1 étudiant sur 5 a eu des idées suicidaires au cours de l'année

L’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF), vient de publier son premier baromètre national relatif à la qualité de vie des étudiants en médecine. État dépressif, idées suicidaires, violences sexistes et sexuelles… Les résultats sont alarmants.

21/05/2026 Par Alexis Vignais
Vie étudiante
Depression_Marco_AdobeStock

@Marco - stock.adobe.com

Un rapport qui tire la sonnette d’alarme. L’Association nationale des étudiants en médecine (Anemf) vient de publier son premier baromètre concernant la qualité de la vie étudiante. Et c’est peu dire que celui-ci est plus qu’inquiétant. Les données ont été récoltées par formulaire, entre le 15 février et le 15 mars 2026, au sein des 38 UFR de santé. C’est au total plus de 6000 carabins (6663 précisément) qui y ont répondu, soit environ 12% de la population étudiante en médecine en France. 

"Depuis maintenant plusieurs années, les questions tournant autour de la santé et de la qualité de vie des étudiantes et étudiants en médecine s'imposent comme un enjeu majeur dans leur quotidien", constate le rapport. "Entre la surcharge de travail, le stress constant, les violences, l’inactivité physique ou les difficultés financières, les conséquences sont nombreuses en termes de santé qu’elle soit mentale ou physique." Un véritable phénomène qui "reste largement sous-estimé par le grand public et les différentes institutions." 

Le constat du baromètre est sans appel : la santé globale des étudiants en médecine est dégradée, notamment leur santé mentale. Lors de cette enquête, 52% des répondants indiquent présenter un état anxieux. À noter que ces états anxieux concernent davantage les femmes (57%) et augmentent durant le second cycle (58% contre 45% lors du premier cycle).  

"Des chiffres excessivement élevé d’idées suicidaires"

Les étudiants en médecine ne sont pas épargnés par les phases dépressives. 13% d’entre eux en font état. "De la même manière que pour les états anxieux, le 2ème cycle des études médicales est associé à une hausse de la prévalence des états dépressifs", note le baromètre. Des problèmes de santé mentale pouvant amener à penser au pire. En effet, 20% des étudiantes et étudiants interrogés ont eu des idées suicidaires au cours des douze derniers mois. En comparaison, "seulement" 4,2% de la population générale y serait confrontée, selon le baromètre Santé Publique France de 2021 et 2024.  

Le lien avec les études semble, par ailleurs, évident. 76% de ces derniers identifient la scolarité comme une des raisons pouvant expliquer leurs idées suicidaires. Il s’agit du facteur le plus important largement devant le contexte sentimental ou familial. Et plus les études avancent, plus ces idées suicidaires sont présentes. Au total, un externe en médecine sur quatre a pensé à se suicider au cours des 12 derniers mois. "Cela montre donc que le chiffre excessivement élevé d’idées suicidaires au sein de la population étudiante n’est pas dû à de la vulnérabilité individuelle, mais bien à un facteur de stress lié aux études, et donc à un problème systémique", analyse l’Anemf dans son baromètre.  

Une santé mentale dégradée associée à des conditions de vie difficiles, peut aggraver les conséquences. En effet, 28% des étudiants ayant répondu à l’enquête ont des symptômes de troubles comportement alimentaire et un étudiant sur 3 fait au moins une insomnie par semaine, dont 73% en raison du stress. Ces troubles peuvent aussi s’entremêler avec des comportements addictifs. Parmi les étudiants consommant de l’alcool (70%), 60 % ont une consommation d’alcool à risque. Si les étudiants fument moins que la population générale (4% contre 20%), 20% des étudiantes et étudiants consomment du poppers au moins une fois par mois et 6% du protoxyde d’azote.  

60 heures semaine

Concernant l’activité physique, le constat est à nouveau mauvais. Près d’un étudiant sur deux est sédentaire "au regard des seuils recommandés par l’OMS". Une nouvelle fois, les études de médecine semblent avoir eu un impact majeur. Trois étudiants sur quatre ont été contraints de diminuer leur pratique d’activité physique en raison de leurs études.  

Plus largement, l’observatoire a mesuré le temps consacré aux études de la part des étudiants en médecine. Deux étudiants sur trois consacrent plus de 45 heures par semaine à leurs études, dont 35% y consacrent plus de 60 heures par semaine. L’externat semble être une période particulièrement difficile (sachant que le troisième cycle n’a pas été évalué ici). Ainsi, 8 externes sur 10 considèrent la charge de travail trop importante et 9 externes sur 10 sont angoissés par les EDN / ECOS. L’accompagnement, ou plutôt son manque, est aussi pointé du doigt. 38% des répondants ne se sentent pas bien encadrés et accompagnés pendant les stages. Face à ces épreuves, l’étudiant en médecine se retrouve, souvent, seul. Le baromètre montre qu’un étudiant sur deux est isolé socialement.  

Malgré la charge de travail évoquée précédemment, 49% des étudiantes et étudiants exercent une activité rémunérée en parallèle pour subvenir à leurs besoins. Une précarité financière qui se traduit, pour 19% des étudiants, par le saut d'un repas plusieurs fois par mois pour des raisons financières.  

Enfin, l’observatoire a étudié l’exposition des étudiants en médecine aux violences sexistes et sexuelles. Concernant les stages, 20% des étudiantes et étudiants ont subi des outrages sexistes en stage, 13% ont subi du harcèlement sexuel et 3% ont été victimes d’une agression sexuelle. Si la grande majorité des auteurs sont “des supérieurs hiérarchiques”, indique l’enquête, seulement 21% des victimes de VSS en stage les ont signalé. Concernant la vie étudiante, 8 % ont été victime d’agressions sexuelles, dont plus de 80% lors d’événements festifs. On note également qu’un étudiant sur deux a déjà vécu une situation de discrimination.  

Mon soutien psy et numéro de prévention 

Face à toutes ces problématiques, l’observatoire montre que les concernés méconnaissent fortement les ressources existantes. Ainsi, 33% des étudiants en médecine ne connaissent pas le numéro national de prévention au suicide (3114) ou 56% ne connaissent pas le dispositif Mon soutien psy. Pour mieux faire connaître ces dispositifs, l’Anemf encourage d'œuvrer pour une meilleure lisibilité des ressources. Une recommandation qui figure parmi 21 autres.  

L’Association nationale des étudiants en médecine (Anemf) recommande, par exemple, d'intégrer un module obligatoire de sensibilisation à la santé mentale dans le cursus médical ou encore de mettre en place, dans chaque faculté, des ateliers de gestion du stress accessibles à la population étudiante en médecine. Concernant spécifiquement les VSS, l’association pousse pour que le dispositif de signalement ainsi que ses modalités de saisine soient présentées à chaque rentrée universitaire. Elle plaide aussi pour que l'efficacité et la transparence des procédures disciplinaires soient améliorées.  

Parmi les autres recommandations, on relève la revalorisation de la rémunération des étudiantes et étudiants hospitaliers ou encore la réduction du volume de connaissances exigibles aux Épreuves Nationales. “Les constats présentés dans ce rapport, quelle que soit la thématique, sont alarmants et appellent à des changements”, conclut l’Anemf.

Faut-il instaurer une attestation d'honorabilité pour tous les médecins ?

FRANCOIS CORDIER

FRANCOIS CORDIER

Non

La prestation de serment par chaque médecin devant le conseil de l'Ordre et son honorable aréopage ne suffirait-elle plus désormai... Lire plus

4 débatteurs en ligne4 en ligne
 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

Histoire
De jeune médecin inconnu à bourreau… Un historien retrace le parcours de Mengele, "l'Ange de la mort"
07/05/2026
0
Témoignage
Après la leucémie de son fils, elle se lance dans des études de médecine : "J'ai voulu redonner ce qu’on m...
05/05/2026
3
Témoignage
"Ma concentration ne dépassait pas les 30 minutes" : médecin généraliste, elle raconte "l'enfer" de son burn...
15/04/2026
22
Enquête Gynécologie-Obstétrique
Mal payés, épuisés, trop exposés : les gynécologues désertent les maternités
02/04/2026
16
Maladies rares
Qu’est-ce que le syndrome de Moersch-Woltman, dont est atteinte Céline Dion ?
01/04/2026
14
Chirurgie
Grands brûlés : les défis de la reconstruction cutanée
06/03/2026
3
La Revue du Praticien
Diabétologie
HbA1c : attention aux pièges !
06/12/2024
2