Test grossesse négatif

La médecine génomique pour comprendre les causes de l’infertilité

Outre l’âge parental, le mode de vie et l’environnement, l’infertilité peut s’expliquer par des causes génétiques. Le séquençage génomique ouvre la voie à la médecine de précision dans ce domaine. Les explications de la Pre Micheline Misrahi-Abadou*, professeure émérite de biochimie et biologie moléculaire à la faculté de médecine Paris-Saclay, créatrice de la plateforme de génétique moléculaire des infertilités de l’hôpital Bicêtre (AP-HP, Val-de-Marne).

06/03/2026 Par Muriel Pulicani
Gynécologie-Obstétrique
Test grossesse négatif

Quelle est la prévalence de l’infertilité en France aujourd’hui ?

Pre Micheline Misrahi-Abadou : L’infertilité concernera 1 couple sur 4 au cours de sa vie. Elle augmente de 0,3 % par an. La cause peut être féminine (un tiers des cas), masculine (un tiers) ou impliquer les deux partenaires (un tiers). L’infertilité se définit comme l’absence de grossesse après un an de rapports sexuels non protégés. Mais de nombreux couples peuvent obtenir une grossesse avec un délai supplémentaire : 90 % au bout de deux ans.

Quelles sont les principales causes connues d’infertilité ?

Pre Micheline Misrahi-Abadou : L’âge est très important. Ainsi que les antécédents personnels ou familiaux : troubles des règles, endométriose, ovaires polykystiques, malformation utérine, fausses couches, pathologie chronique, maladie de système, maladie hormonale, ménopause précoce, insuffisance ovarienne prématurée… qui touche 4 % des femmes avant 40 ans.

Comment définir l’insuffisance ovarienne prématurée (IOP) ?

Pre Micheline Misrahi-Abadou : Elle répond à trois critères : arrêt des menstruations ou espacement de plus de quatre mois, avant l’âge de 40 ans, taux d’hormone de stimulation folliculaire supérieur à 25 UI/l et faible taux d’estradiol. C’est une anomalie périphérique qui peut être due à des toxiques, une chimiothérapie, une chirurgie ovarienne, une infection virale, une maladie auto-immune, une maladie de système ou une maladie hormonale. Elle est d’origine familiale dans 30 % des cas.

L’objectif est d’en identifier les causes, grâce à un examen clinique, un dosage hormonal, une imagerie... Si l’on ne trouve pas, on réalisera un caryotype pour étudier une mutation du gène FMR1, responsable du syndrome de l’X fragile et également de l’IOP dans 3 à 5 % des cas. Pour les patientes en errance diagnostique, on procédera à une étude du génome complet.

Qu’apporte la médecine génomique dans ce domaine ?

Pre Micheline Misrahi-Abadou : Elle permet des progrès exponentiels pour le diagnostic et le développement de nouveaux traitements dans toutes les spécialités (maladies rares, cancers…). Nous avons fait introduire le séquençage de nouvelle génération dans la routine diagnostique de l’IOP, qui est une pathologie préférentielle du plan France médecine génomique. Le séquençage génomique est accessible à tous les praticiens.

Quelles peuvent être les causes génétiques de l’IOP ?

Pre Micheline Misrahi-Abadou : Il y a sûrement plusieurs centaines, voire un millier, de gènes impliqués. Nous en avons déjà identifié une centaine. À 40 %, il s’agit de gènes responsables de la protection et de la réparation de l’ADN de l’ovocyte, aussi impliqués dans la méiose. Un tiers sont des gènes participant à la croissance folliculaire. Et, enfin, des gènes régulant le métabolisme et les fonctions mitochondriales.

Connaître la cause a un triple intérêt : poser un diagnostic – dans 30 % des cas –, avoir une idée de la réserve ovarienne et pronostiquer la fertilité, et évaluer le risque de pathologies associées : maladies cardiovasculaires, maladies neurologiques, tumeurs… Il y a une susceptibilité accrue aux cancers quand l’IOP est due aux gènes impliqués dans la réparation de l’ADN. Nous avons mis au point un test diagnostique performant, qui vise à prévenir ou traiter les comorbidités.

Quel parcours de soins le médecin généraliste peut-il proposer ?

Pre Micheline Misrahi-Abadou : Le médecin généraliste est au premier plan pour mettre en place une prévention de l’infertilité chez toute jeune femme, quel que soit le motif de consultation. Cela passe par l’interrogatoire sur ses antécédents reproductifs personnels ou familiaux : âge de la ménopause de la mère (85 % de concordance mère-fille), sachant que la contraception orale en masque tous les signes, troubles des règles, endométriose, ovaires polykystiques, cancer du sein, retard mental chez le garçon dans la famille (syndrome de l’X fragile), pathologie cardiovasculaire, pathologie neurologique… 

En cas d’antécédent familial, le médecin délivrera un conseil et proposera une préservation de la fertilité (congélation ovarienne ou ovocytaire) à la patiente et à ses sœurs plus jeunes. Pour un couple infertile, il devra confirmer le diagnostic, rechercher une cause, des pathologies d’autres organes, des facteurs favorisants : travail, environnement, tabagisme…

Cependant, 60 % des femmes atteintes d’IOP ont une réserve ovarienne et ne sont donc pas ménopausées. 20 % auront une reprise spontanée des règles et 5 % une grossesse spontanée. Sinon, le médecin adressera la patiente à un gynécologue ou un médecin de la reproduction, qui fera le bilan gynécologique.

*La Pre Micheline Misrahi-Abadou déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.

Retrouvez les précédents articles sur la santé de la femme publiés cette semaine :

Santé mentale de la femme : briser les tabous

Alcool, drogues : repérer les psychotraumatismes antérieurs chez la femme

Grossesse : renforcer l’intégration de la vaccination au suivi prénatal

Prise de poids gestationnelle : des recommandations à repenser à l’ère des nouvelles réalités

Références :

Sources : D’après un entretien avec la Pre Micheline Misrahi-Abadou, professeure émérite de biochimie et biologie moléculaire à la faculté de médecine Paris-Saclay, créatrice de la plateforme de génétique moléculaire des infertilités de l’hôpital Bicêtre (AP-HP, Val-de-Marne).

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