Crédit : Mila Bonté.
"Je cherche juste à être évaluée équitablement" : étudiante en LAS et en situation de handicap, elle dénonce des irrégularités lors de ses examens
Lucie Caumeil, étudiante en situation de handicap, souhaite repasser plusieurs épreuves qu’elle estime avoir été entachées d'irrégularités, notamment en lien avec l’accompagnement dont elle est censée bénéficier. Après avoir été déboutée par le tribunal administratif de Nantes, elle porte l’affaire devant le Conseil d'État. La jeune femme espère que son action aidera à une meilleure prise en compte des élèves en situation de handicap, dont le parcours étudiant peut s'avérer être encore semé d'embûches.
Crédit : Mila Bonté.
"Je suis épuisée, fatiguée." L’amertume se mêle à la lassitude dans la voix de Lucie Caumeil. Depuis plusieurs semaines, cette étudiante en LAS, mineure psychologie, se bat pour pouvoir repasser plusieurs épreuves comptant pour intégrer la fameuse deuxième année d'études en santé. Elle dénonce, avec son avocat Maître Romain Bernier, des irrégularités concernant certaines évaluations qu'elle a passées au sein de l'Université d’Angers. De quoi doucher ses espoirs de toucher du doigt le métier qu'elle convoite depuis "toute petite".
L'année passée, ce sont les notes qui ont été insuffisantes, malgré "un 14 et demi de moyenne". Mais face à cet échec, l'étudiante n'abandonne pas. La volonté de devenir médecin, et notamment de faire de la recherche liée à des environnements extrêmes, la guide. Sa "capacité de résilience" face au handicap qui la touche, aussi. "J'ai une paralysie cérébrale, qui est liée à une prématurité. Je suis née à cinq mois et demi et ça a altéré la partie moteur de mon cerveau", détaille la jeune femme.
Une situation qui nécessite que son quotidien à l'université soit aménagé, et, en premier lieu, ces épreuves. En janvier dernier, Lucie Caumeil se rend à son évaluation de neuropsychologie, mais au moment de découvrir le sujet, l'intéressée se rend compte que le sujet n'est pas le bon. L’erreur est signalée, mais celle-ci, n'est pas corrigée, selon Lucie Caumeil, qui est la seule élève dans la salle, en raison de son aménagement.
"Lucie, tu n'as pas eu le bon sujet"
Désespérée, l'étudiante en vient à jeter un œil à ses cours. Elle avouera finalement sa faute à la fin de l’épreuve, mais comprendra, suite à un échange avec sa professeure, qu'elle avait bien raison. Face à cette situation, l’épreuve est donc neutralisée et ce sont les notes de la première épreuve qui sont prises en compte. Un point est également ajouté à sa note. "Or, cette première épreuve était aussi entachée d’irrégularités", souligne Me Romain Bernier qui représente Lucie Caumeil dans cette affaire.
"Je n’ai pas eu mon aménagement puisque je n’avais pas mon ordinateur", poursuit-elle. Or, l’épreuve en question, qui s’était déroulée en octobre, était une épreuve de… rédaction. Conséquence, malgré son handicap pouvant rendre difficile cette tâche, l’étudiante a réalisé une partie de son évaluation manuellement. "À un moment donné, vu que je suis fatiguée, je lui ai demandé de prendre la main [Lucie Caumeil étant accompagnée d’une secrétaire d’examen l’aidant lors des épreuves, NDLR]. Sauf que c'était un peu plus compliqué, comme j'avais commencé à écrire à la main, j'étais un peu perdue au moment de passer à l'oral." Elle obtiendra finalement la note de 5,5/10.
Le lendemain de l’épreuve de neuropsychologie de janvier, place à l’épreuve de statistiques. "J’avais envoyé un mail en disant que je ne venais pas au vu de ce qui s'était passé en neuro car je trouvais ça inadmissible." La requête est acceptée et Lucie Caumeil passe l’épreuve un peu plus tard. Mais une énième problématique survient. La secrétaire d’examen est une étudiante en deuxième année de langue.
"C'est compliqué parce que les stats, c'est une matière qui est quand même très scientifique, qui demande d’avoir des bases", explique l’intéressée. "En rédaction statistique, [...] on doit respecter des symboles, des formules, Il y a tellement d'éléments spécifiques, et il fallait lui expliquer chaque détail." De longues minutes à reformuler et à réexpliquer qui se paient au moment de rendre la copie. "Forcément, j’ai fait un truc bâclé." Si lors des deux premières épreuves de cette matière, Lucie Caumeil a survolé l’exercice, en obtenant à chaque fois la note de 20/20, elle obtient la note de 3/20 cette fois-ci.
"Les étudiants en situation de handicap ne demandent pas des privilèges"
Un secrétaire n’ayant pas "les connaissances correspondant au champ disciplinaire de l'épreuve" ni "un niveau adapté à celui de l'examen ou du concours" aurait également été attribué lors de deux autres épreuves, selon Maître Romain Bernier. Lors d’une épreuve de culture numérique, Lucie Caumeil, ainsi que son avocat, dénoncent le fait que l’étudiante n’a pas pu "bénéficier d’un tiers temps".
Au total, l'étudiante obtient le rang de classement d’admissibilité pour les épreuves orales de 299/350. Pas de quoi ambitionner une entrée en deuxième année en études de santé, au grand désespoir de Lucie Caumeil. "Je suis épuisée, je suis fatiguée en fait", déplore-t-elle. "Ça devrait être permis à chacun de partir avec des chances qui sont réellement comparables. Les étudiants en situation de handicap ne demandent pas des privilèges, mais simplement de pouvoir étudier, de passer leur examen et de construire leur avenir dans des conditions qui sont justes." "Je cherche juste à être évaluée de manière équitable."
En plus de ces épreuves, Lucie Caumeil dénonce des difficultés d'accessibilité quotidiennes. "Au-delà des examens, il y a la question plus large de l’accessibilité quotidienne : des salles qui ne devraient pas m’être attribuées et qui le sont quand même, des cours placés dans des bâtiments qui ne respectent pas les conditions prévues par mes aménagements, des portes qui ne sont pas adaptées [...] À plusieurs reprises, je n’ai pas pu assister correctement à des cours parce qu’ils avaient lieu dans des espaces qui n'étaient pas compatibles avec ma situation", énumère l’étudiante.
Lucie Caumeil et son avocat ont lancé une procédure devant le tribunal administratif de Nantes. Objectif : "faire repasser les épreuves qui se sont vraiment les plus mal déroulées", synthétise Maître Romain Bernier. Mais le recours sera finalement rejeté par une ordonnance du 10 avril 2026, qu'Egora a pu consulter. Le tribunal estimant ainsi, à propos du tiers temps, que la requérante n'apporte "aucun élément à l’appui de ses allégations susceptible de leur conférer un caractère sérieux de vraisemblance", et que "l’université a tenu compte de ce dysfonctionnement dans les modalités d’évaluation", à propos du sujet erroné.
Par ailleurs, le tribunal estime, concernant le secrétariat d’examen, qu’il "n’est pas établi, par les pièces produites, que la nature des épreuves, la spécificité des exercices ou leur libellé impliquaient nécessairement l’assistance d’une personne bénéficiant de compétences particulières dans le champ disciplinaire concerné". Enfin, à propos de l’ordinateur, "cette seule circonstance, pour regrettable qu’elle soit, ne révèle pas une carence caractérisée de l’autorité administrative", estime le tribunal. Ces deux derniers points sont vivement contestés par Maître Romain Bernier, s’appuyant notamment sur une circulaire qui "prévoit que le secrétaire ait des compétences particulières".
Face à ce revers, Lucie Caumeil et son représentant ne baissent pas les bras. Un recours auprès du Conseil d'État a été déposé. Sa décision déterminera, en partie, si Lucie Caumeil sera au départ des épreuves orales, qui démarrent au mois de juin prochain. Au-delà de ces décisions judiciaires, l'étudiante, se réjouit "d'avoir porté la voix de beaucoup d'autres étudiants", et espère que son combat "aidera" à une meilleure prise en compte des personnes en situation de handicap.
Contactée, l'Université d’Angers n'a pas répondu, au moment de la parution de cet article, à nos sollicitations.
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