Santé mentale de la femme : briser les tabous
Cette semaine Egora consacre un dossier dédié à la santé de la femme. Le premier article est consacré à la santé mentale, grande cause nationale de 2025, mais aussi de 2026. Dans ce contexte, plusieurs initiatives visant à mettre en avant une approche genrée du sujet ont émergé. Et notamment une commission internationale sur la santé des femmes, à l’initiative de la revue scientifique The Lancet Psychiatry, qui a vu le jour en octobre dernier. Les explications de la Pre Marion Leboyer*, psychiatre, directrice de la Fondation FondaMental et membre de la commission.
Si la santé mentale des femmes constitue encore largement un continent inexploré, "elles sont pourtant environ deux fois plus susceptibles de développer un trouble anxieux ou un trouble dépressif que les hommes. La santé mentale des femmes est un sujet encore très invisible, notamment lorsqu’on sait qu’environ 80 % des femmes déprimées ne sont pas soignées dans de très nombreuses régions du monde ! On en parle encore trop peu, même en France", déplore la Pre Marion Leboyer, psychiatre, directrice de la Fondation FondaMental.
Des éléments biologiques et sociaux
La surexposition des femmes aux troubles anxieux et dépressifs relève "d’une combinaison d’éléments biologiques et sociaux de transition au changement, qui constituent des facteurs de risque et qui ont un impact significatif sur leur bien-être psychologique et leur accès aux soins", expose la spécialiste. En effet, la vie des femmes est jalonnée d’étapes de vie comme la puberté, la périménopause, la ménopause, la grossesse ou le post-partum, qui sont autant de moments où leur santé mentale est particulièrement vulnérable.
La plus grande exposition des femmes à la violence (qu’elle soit physique, psychologique ou sexuelle), leur sur-représentation à la tête de familles monoparentales et la précarité constituent d’autres déterminants et peuvent expliquer des difficultés d’accès aux soins. "L’insuffisante prise en charge de ces troubles peut aussi se justifier par l’absence de prise en compte spécifique et spécialisée, des dispositifs de prévention et d’accompagnement qui demeurent insuffisamment genrés et donc inadaptés aux besoins spécifiques des femmes. Pourtant, des informations précises sur le sujet permettraient d’alerter la population générale mais aussi les médecins sur ces périodes à risque", souligne la spécialiste.
Le poids des fausses représentations
La période périnatale en est un exemple emblématique, puisqu’elle constitue certainement la période à laquelle le risque de développer un trouble de l’humeur est le plus élevé. "Si on se représente généralement la périnatalité comme une période heureuse, parce que les femmes viennent d’avoir un bébé, les chiffres montrent le contraire. En effet, le suicide est la première cause de mortalité en période périnatale ! Il faut donc informer, lutter contre la stigmatisation, prévenir, identifier précocement, orienter et soutenir les familles concernées. D’autant plus que ces troubles restent encore majoritairement non repérés et donc non traités", explique la Pre Leboyer. Cette "maternité positive forcée" constitue un tabou persistant et continue de décourager les femmes à verbaliser leur mal-être.
Une commission internationale pour explorer les défis uniques auxquels les femmes font face
La revue scientifique The Lancet Psychiatry a été à l’initiative de la création, en octobre dernier, d’une commission sur ce sujet, dirigée par la Pre Livia de Picker (Belgique). Cette commission "réunit des spécialistes internationaux chargés de faire la synthèse de toute la littérature médicale sur le sujet de la santé mentale des femmes, et ce pendant les trois années à venir. Un document qui s’articulera autour des périodes à risque. Plusieurs expertes internationales ont été nommées, sur des thématiques spécifiques, afin d’assurer une couverture mondiale du sujet et produire de l’information, choisir les outils d’auto-évaluation et formuler des recommandations concrètes en réponse à chaque problématique identifiée", détaille Marion Leboyer, représentante française de la commission.
"En parallèle du document de synthèse scientifique, The Lancet Psychiatry nous a également missionné pour réaliser des actions pratiques permettant de relayer ces informations à la population générale. C’est dans ce contexte que la Fondation FondaMental a été missionnée pour réunir les fonds afin de créer une plateforme (Mia-Mental) qui va être déployée dans dix langues, pour que les travaux de la commission soient accessibles à tout le monde", ajoute la représentante. La plateforme devrait être accessible courant février et sera alimentée au fur et à mesure de l’état d’avancement des travaux.
Des ressources déjà disponibles
Mia-Mental donnera aussi accès à des outils créés par la Fondation Fondamental. La plateforme Lena, lancée en 2025, est déjà disponible, tandis que sa version mobile et l’application BAE (Before Anyone Else) seront déployées courant 2026. "La première est dédiée à la santé mentale périnatale, combinant prévention, accompagnement thérapeutique et formation des professionnels, et la seconde est destinée aux jeunes de 10 à 18 ans et propose un plan d’action personnalisé pour prévenir les idées suicidaires, qui ont fortement progressé dans cette tranche d’âge depuis la pandémie, particulièrement chez les jeunes filles", conclut Marion Leboyer.
*Le Pr Leboyer déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.
Références :
Sources : D’après un entretien avec la Pre Marion Leboyer (Fondation FondaMental).
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