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Maladie à corps de Lewy : des clés pour améliorer le diagnostic
Pathologie neurodégénérative complexe, la maladie à corps de Lewy associe troubles cognitifs, troubles moteurs semblables à ceux de la maladie de Parkinson et troubles psychiatriques. Comment poser le diagnostic ? Quelles sont les avancées de la recherche ? Le point avec la Pre Claire Paquet, cheffe du service de neurologie cognitive du GHU AP-HP Nord Lariboisière-Fernand-Widal, directrice scientifique de l’IHU reConnect, vice-doyenne de l’UFR de médecine Université Paris Cité.
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Egora.fr : Au vu des formes multiples de la maladie à corps de Lewy et de sa variabilité au fil du temps, comment poser le diagnostic ?
Pre Claire Paquet : La maladie associe plusieurs symptômes : des troubles cognitifs (fonctions exécutives, concentration…), des troubles moteurs et des troubles psychiatriques (anxiété, hallucinations…). Établir le diagnostic n’est pas facile, surtout au stade débutant. Deux clés pour le médecin généraliste : rechercher au-delà d’un seul symptôme. À un patient consultant pour des troubles cognitifs, il peut faire passer le test MemScreen, appli gratuite et validée. Si l’atteinte cognitive est confirmée, il est important de rechercher des troubles moteurs, des troubles psychiatriques et du sommeil. À l’inverse, si le patient présente des troubles moteurs évoquant une maladie de Parkinson, rechercher systématiquement une atteinte cognitive. Par ailleurs, un premier événement psychiatrique significatif chez une personne de 50 ans ou plus et hors événement de vie (deuil…) doit faire évoquer une maladie à corps de Lewy.
Egora.fr : Si le patient répond aux critères cliniques dits de McKeith, quels seront les examens à prescrire ?
Pre Claire Paquet : En présence de plusieurs symptômes, il faudra réaliser au moins une IRM cérébrale (ou un scanner en cas de contre-indication) et un bilan biologique selon les recommandations de la Haute Autorité de santé. S’il n’y a pas tous les arguments, des examens complémentaires devront être conduits : DaTscan (scintigraphie cérébrale à l’ioflupane) ou TEP-Dopa, enregistrement polysomnographique et test RT-QuIC (Real-Time Quaking-Induced Conversion). Puis, en fonction du tableau, un traitement sera initié.
Egora.fr : Quels sont les traitements médicamenteux ? Est-il possible d’améliorer un symptôme sans en aggraver un autre ?
Pre Claire Paquet : Les symptômes sont extrêmement variables chez un même patient et d’un patient à l’autre. La sensibilité au traitement aussi. D’où une forte errance diagnostique et la nécessité de s’adapter à chaque personne et de procéder à une réévaluation régulière.
Seuls les symptômes cliniquement significatifs sont traités. Les neuroleptiques de première génération sont contre-indiqués. Les anticholinestérasiques (rivastigmine, donépézil) sont très efficaces pour améliorer la concentration et la mémoire au début de la maladie et diminuer, voire supprimer, les hallucinations. Ils sont malheureusement déremboursés en France.
Pour les troubles moteurs, les agonistes dopaminergiques ne doivent pas être utilisés car ils peuvent aggraver l’état cognitif et psychiatrique. Une dopathérapie doit être tentée à doses progressives.
Pour la dépression et l’anxiété, on prescrira des antidépresseurs et des anxiolytiques. Pour les hallucinations, il convient d’éliminer au préalable les facteurs déclenchants comme la dopa, les opioïdes… Et en l’absence de contre-indication, les anticholinestérasiques sont le premier traitement à essayer. En l’absence de réponse et en cas d’hallucinations invalidantes, les neuroleptiques de dernière génération pourront être utilisés. Pour le sommeil, le traitement doit être adapté au type de troubles : insomnie, troubles du comportement en sommeil paradoxal…
Les patients souffrent également de dysautonomie, qui entraîne une grande variabilité des fréquences cardiaque et respiratoire, de la tension, l’existence de troubles urinaires… qui doivent être traités.
Egora.fr : Quelles sont les découvertes récentes dans le domaine du diagnostic ?
Pre Claire Paquet : Le RT-QuIC alpha-synucléine est le seul biomarqueur permettant de confirmer la présence de cette protéine anormale dans le liquide cérébro-spinal à partir d’une ponction lombaire. À l’avenir, une combinaison de marqueurs sanguins identifiant le profil protéomique et des analyses algorithmiques des électroencéphalogrammes permettront un diagnostic et un suivi thérapeutique plus fins.
Egora.fr : Où en sont les recherches sur de nouveaux traitements ?
Pre Claire Paquet : Il y a peu de développements, contrairement à la maladie d’Alzheimer et à la maladie de Parkinson. Une étude de phase II porte sur l’anti-inflammatoire néflamapimod pour ralentir la progression de la maladie. Une étude de phase III est en cours d’inclusion à l’hôpital Lariboisière, à Strasbourg, à Nîmes et à Lyon sur la pimavansérine, autorisée dans d’autres pays, pour gérer les troubles du comportement. Un protocole de soins est initié à Strasbourg sur la stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) pour diminuer les fluctuations. Et à l’hôpital Lariboisière, nous menons plusieurs protocoles de recherche, dont une étude pilote sur la luminothérapie quotidienne contre les troubles du sommeil.
*La Pre Paquet déclare participer ou avoir participé à des interventions ponctuelles pour Lilly, Eisai, Roche, Fujirebio, Biogen, EIP, GSK…
- Beckett NS, et al. N Engl J Med 2008;358:1887-98.
- Benetos A, et al. JAMA Intern Med 2015;175:989-95.
- Benetos A, et al. The New Engl J Med 2025;393:1990-2000.
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Références :
Sources : D’après un entretien avec la Pre Claire Paquet*, cheffe du service de neurologie cognitive du GHU AP-HP Nord Lariboisière-Fernand-Widal, directrice scientifique de l’IHU reConnect, vice-doyenne de l’UFR de médecine Université Paris Cité.
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