Poumons

La dyspnée, à la croisée du poumon et du cerveau

Comme la douleur, la dyspnée est aussi affaire de ressenti, et diffère donc d’un patient à l’autre. Lors du CPLF, des experts se sont penchés sur les liens complexes entre asthme et cerveau, une dimension à mieux intégrer dans la prise en charge.

19/03/2026 Par Romain Loury
CPLF 2026
Poumons

Chez l’adulte comme chez l’enfant, l’asthme est, certes, avant tout une maladie inflammatoire pulmonaire, mais le cerveau a aussi son mot à dire. Exemple, la dyspnée, ou sensation d’essoufflement, qui s’exprime de manière très variable d’un patient à l’autre, sans être forcément associée à la sévérité de l’asthme. "Les pneumologues évaluent les symptômes de l’asthme, les exacerbations, les traitements mais assez peu la dyspnée, car c’est un élément subjectif, donc plus complexe à analyser. C’est un peu comme la douleur : elle n’est pas ressentie de la même façon d’une personne à l’autre", constate le Pr Gilles Garcia, chef du service de pneumologie du centre hospitalier de Versailles.

Au-delà de l’asthme, la dyspnée peut survenir dans bien d’autres maladies, dont les troubles fonctionnels respiratoires, tels que le syndrome d’hyperventilation, mais peut aussi être le symptôme de troubles anxieux. Selon une analyse de la cohorte française Constances, présentée au CPLF, 23,8 % de la population âgée de 18 à 69 ans souffrirait de dyspnée chronique (11,9 % à un niveau invalidant), avec un risque multiplié par 2,68 chez les femmes par rapport aux hommes.

Quand la dyspnée cache un mal-être

Dans l’asthme, la dyspnée fait ainsi le lien entre poumon et cerveau, entre soma et psyché. "L’asthme n’est pas qu’une inflammation bronchique, et la perception centrale des symptômes joue un rôle majeur. Le cerveau reçoit tous ces éléments mais aussi d’autres informations, tels que l’anxiété, l’oppression thoracique, l’anticipation d’une crise, le stress", explique le Dr Mathieu Pellan, du service de pneumologie et allergologie pédiatriques de l’hôpital Necker-Enfants malades (Paris). Autant de signaux qui, par action du cerveau, auront pour effet de perturber la respiration, parfois sans cause organique sous-jacente.

Ce phénomène peut conduire à des "décalages" entre le résultat des explorations fonctionnelles respiratoires et la sévérité des symptômes, lorsque ceux-ci ne concordent pas. Selon le pneumopédiatre, "ce qui se passe dans la tête n’est pas forcément imaginaire, mais nécessite, au contraire, une attention toute particulière lors de nos consultations". Notamment parce que la dyspnée peut cacher un mal-être, exprimé de manière organique.

Dès lors, il est parfois difficile de démêler, chez un patient, ce qui relève d’une maladie bronchique ou d’un mal psychologique. D’autant que, parmi les patients souffrant d’un syndrome d’hyperventilation, 20 à 40 % présentent en outre de l’asthme. Dans les autres cas, le syndrome d’hyperventilation, qui constitue le plus fréquent des troubles fonctionnels respiratoires, survient en l’absence d’atteintes bronchiques.

Pour Mathieu Pellan, « le “faux-asthme” est assez fréquent chez l’enfant, et il est cause d’errance médicale. Face à une gêne respiratoire, on peut facilement diagnostiquer un asthme, car il en est la principale cause. Dans les cas de “faux asthme”, on est confronté à des symptômes qui ne collent pas vraiment avec des examens normaux. Pourtant, ces symptômes ne sont pas simulés et peuvent altérer la qualité de vie du patient".

Selon le pneumopédiatre, "il ne faut pas hésiter à mettre les pieds dans le plat, et à parler de santé mentale. Le sujet est de mieux en mieux accepté par les enfants et les parents, qui y sont désormais bien sensibilisés, notamment par la question du harcèlement scolaire. De plus, ce diagnostic peut aussi être rassurant : il est moins grave qu’une maladie organique, et on va pouvoir travailler sur le volet psychologique, sans besoin d’effectuer de nombreux examens".

Anxiété et dépression, fréquentes dans l’asthme

Chez l’adulte, santé mentale et respiration entretiennent aussi des liens étroits. Ainsi, la dépression et les troubles anxieux sont bien plus fréquents chez les sujets asthmatiques, même s’ils demeurent largement sous-diagnostiqués. Dans la cohorte française Ramses, portant sur 2 046 asthmatiques sévères, 39,4 % souffraient de troubles anxieux et 21,7 % de dépression, bien que seuls 15,6 % avaient été diagnostiqués, de l’un ou de l’autre, avant leur inclusion dans l’étude, rappelle la Pre Cindy Barnig, du service de pneumologie du CHU de Besançon (1).

Entre asthme et santé mentale, les relations sont "bidirectionnelles", explique-t-elle : la dépression et le trouble anxieux renforcent la sévérité de l’asthme, tandis que celui-ci accroît le risque de maladie mentale. Dès lors, le traitement de l’un peut-il bénéficier à l’autre ? Bien contrôler l’asthme a généralement un effet positif sur la maladie mentale : lors d’une étude espagnole publiée en 2018, la hausse du score Asthma Control Test était liée à une amélioration des symptômes anxieux, plus nette qu’avec les symptômes dépressifs (2).

À l’inverse, l’effet des antidépresseurs semble limité en termes de contrôle de l’asthme, selon les rares études menées à ce sujet (3). D’autres travaux suggèrent, en revanche, l’efficacité des thérapies comportementales et cognitives, en particulier sur l’anxiété liée à la maladie, sur la qualité de vie et sur le contrôle de l’asthme (4).

  1. Perotin JM, et al. ERJ Open Research, 22 avril 2024.
  2. Sastre J, et al. Journal of Allergy and Clinical Immunology : In Practice, 15 février 2018.
  3. Tran L, et al. Journal of Asthma, 27 février 2020.
  4. Kew KM, et al. Cochrane Database of Systematic Reviews, 21 septembre 2016.

Références :

Sources : Congrès de pneumologie de langue française (CPLF, 30 janvier-1er février). D’après la session "Le cerveau de l’asthmatique" (31 janvier) et le poster n° 247 "Prévalence et caractérisation de la dyspnée en population générale française : la cohorte Constances". 

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