Yvan Tourjansky

Crédit : AIUF

ROR : dans ce répertoire de l'offre de soins, un médecin peut "montrer ce qu’il fait et ce vers quoi il s’est orienté"

Le Répertoire de l’offre et des ressources en santé et accompagnement médico-social (ROR) doit être déployé à l’échelle nationale d'ici la fin de l'année. Yvan Tourjansky, kinésithérapeute, président de l’URPS-kiné d’Île-de-France et président de l’Association interprofessionnelle des URPS franciliennes (AIUF), dénonce la lenteur de ce déploiement, le manque d’investissement de l’État et le non-accompagnement des professionnels - notamment libéraux, qui pour beaucoup ne se sont pas saisis de cet outil pour décrire leur activité. Interview.

01/05/2026 Par Mathilde Gendron
Interview
Yvan Tourjansky

Crédit : AIUF

Egora : Vous portez ce projet de ROR depuis 2014. En quoi est-il important ?

Yvan Tourjansky : L’État n’avait pas les ressources suffisantes pour avoir une description de l’ensemble de l’offre sanitaire, sociale, médico-sociale, et libérale. Le rôle du ROR est de répertorier tous les acteurs de santé. Il permet ainsi la reconnaissance des parcours et de toutes les professions.

Dans une logique de parcours patients et face aux limites territoriales et régionales, cette nationalisation va permettre d’apporter l’information de "quel professionnel fait quoi" ou "tel établissement fait quoi"… en dehors d’une région précise.

 

Dans une tribune du 23 mars, vous dénoncez pourtant ce déploiement. Pourquoi ?

Ce qu’on dénonce, c’est le temps de reconnaissance particulièrement long de cette expérimentation, qui fonctionne pourtant à l’échelle régionale. La généralisation était annoncée pour 2026 et on nous dit qu’en Île-de-France, ce sera finalement 2027. Aujourd’hui, on est sur un système où on dit toujours "[il faudra attendre] l’année prochaine et l’année suivante...". On a une annonce qui permet de faire du lien entre ville et hôpital, entre sanitaire et médico-social, mais on a une progression lente.

Les URPS s’engagent vis-à-vis des pouvoirs publics pour mettre en œuvre des solutions qui arrangent tout le monde, aussi bien les professionnels que les patients. Pour ça, on promeut des produits de l’État qui sont gratuits, sécurisés, mais personne ne les connaît, personne ne les utilise.

L’outil informatique date aussi des années 2010 et a une ergonomie désastreuse. Le Grades et l’ARS Île-de-France nous disent que cet outil n’est pas mis à jour parce qu’il va y avoir un ROR national et une interface qui sera meilleure. Mais ça fait déjà plusieurs années qu’on nous le dit. On fait la promotion de l’outil auprès des professionnels et des établissements mais comme l’interface n’est pas extraordinaire, elle bloque l’engouement. Il faut se mettre au goût du jour et ne pas rester avec un outil qui a été pensé il y a 20 ans.

On dénonce aussi le non-accompagnement stratégique de l’État vis-à-vis du ROR. Pour Mon espace santé ou le DMP, il y a une stratégie nationale, aussi bien financière que de communication. Par exemple, si les libéraux renseignent leur description sur le ROR, ils pourraient avoir une aide de l’Assurance maladie, comme s’ils devaient ouvrir le DMP ou utiliser un logiciel agréé. Il faut montrer l’intérêt du produit aux professionnels, mais on n’a pas de stratégie conjointe entre l’État, l’Assurance maladie et les établissements. Le ROR avait pourtant été mis en avant dans la stratégie nationale du numérique en 2022. On se demande pourquoi l’État ne met pas le paquet pour fluidifier tous les parcours et résoudre l’accès aux soins.

 

Dans cette tribune, vous évoquez les cabinets libéraux, majoritairement absents du ROR. En quoi est-ce un problème ?

Oui, le ROR n’est pas un outil à déclaration obligatoire. C’est un répertoire basé sur le RPPS mais aujourd’hui un libéral n’est pas égal à un libéral. Un généraliste peut faire des choses supplémentaires à la médecine générale. Quand on a la description de base, on n’a pas toutes ces informations. Le ROR permet, comme pour les établissements hospitaliers, de dire ici il y a un service de neurologie, d’orthopédie, de gériatrie… Pour les libéraux, même si on a un diplôme généraliste, on a des spécificités d’exercice. Mais, elles ne sont pas notées et c’est tout le sujet.

Il faut un cadre réglementaire avec des incitations à encourager les descriptions et une volonté de l’État de dire aux ordres professionnels de contacter toutes les professions en expliquant : "vous pouvez décrire votre activité dans le ROR".

Pendant le Covid, l’État avait fait pression sur les établissements pour qu’ils inscrivent leurs lits ouverts en neurologie, en gériatrie..., pour mieux orienter leurs patients. Pour les libéraux, il n’y a pas eu cette volonté. Aujourd’hui, Doctolib ou d’autres plateformes proposent de mettre en avant ces spécificités. Mais la nomenclature qui est décrite dans le ROR est celle par laquelle les libéraux peuvent se décrire en accord avec les ordres, les collèges nationaux professionnels, l’État… et pas une nomenclature dans laquelle Doctolib trouve un intérêt.

 

Combien de libéraux sont aujourd’hui absents du ROR ?

Je pense que tous les médecins, kinés… sont présents dans le ROR mais avec une description qui ressemble à celle des pages jaunes.

En Île-de-France, on a des équipes de soins spécialisées en ophtalmologie par exemple, qui, au lieu de se décrire dans le ROR, créent un nouveau répertoire parce que la majorité des libéraux ne connaissent pas le ROR.

Quand on dit qu’il faut fluidifier le lien ville-hôpital, il faut que le médecin soit au centre du dispositif pour qu’il puisse orienter vers d’autres. D’autant que les patients attendent d’avoir une orientation notamment si c’est vers un professionnel avec une spécificité…

 

Que diriez-vous à un professionnel de santé qui a une description incomplète sur le ROR ?

Une description complète lui permettrait de montrer ce qu’il fait et ce vers quoi il s’est orienté. Elle le met en valeur sur ce qu’il sait le mieux faire dans la prise en charge de ses patients. Ça lui permet aussi d’avoir des patients mieux orientés vers lui. Et s’il ne se sent pas capable de prendre en charge telle personne parce qu’il n’a pas fait telle formation, il peut l’orienter dans les meilleurs délais.

Il peut aussi avoir des correspondants hospitaliers. Sur le ROR, il y a des contacts réservés aux professionnels de santé. Ça lui évitera de se retrouver dans une situation où il ne donne pas de solution d’orientation à son patient.

Faut-il supprimer les ARS ?

Marie GILARDI

Marie GILARDI

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Leur communication est opaque Ils ne comprennent rien au terrain Ils ont une logique comptable Ils ont et ont participé à la... Lire plus

 
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