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Antibiothérapie et pneumonie : au minimum 3 jours de traitement, mais sans dépasser 7

Au minimum trois jours de traitement antibiotique, mais sans dépasser sept. Dans leurs recommandations de prise en charge des pneumonies aiguës communautaires, la Société de pathologie infectieuse de langue française et la Société de pneumologie de langue française appellent à raccourcir l’antibiothérapie.

19/03/2026 Par Romain Loury
CPLF 2026 Pneumologie
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"Lors des précédentes recommandations, celles de 2010, la durée de traitement d’une pneumonie aiguë communautaire [PAC] était comprise entre sept et dix jours, et il n’y avait aucune place pour des traitements plus courts", rappelle le Dr Damien Basille, du service de pneumologie du CHU Amiens-Picardie, coordinateur des nouvelles recommandations publiées début 2025(1,2). "Au contraire, il y avait même possibilité de traitements plus longs, en particulier pour les bactéries atypiques et certains pathogènes particuliers, comme la légionelle, pour lesquels on montait volontiers à quatorze, voire 21 jours."

"Ces nouvelles recommandations constituent un véritable changement", estime le pneumologue, qui en a présenté les grandes lignes lors du CPLF. Pour les PAC sans gravité (en ambulatoire) ou modérément sévères (hospitalisation, hors soins critiques), il est désormais préconisé de réévaluer le patient à trois jours, puis d’arrêter le traitement si l’ensemble des critères de stabilité clinique sont atteints. Ces derniers incluent une température inférieure à 37,8 °C, une pression artérielle systolique de plus de 90 mmHg, une fréquence cardiaque de moins de 100 batt/min, une fréquence respiratoire de moins de 24 cycles/min ainsi qu’une saturation en oxygène supérieure à 90 % – ou une pression artérielle en oxygène de plus de 60 mmHg.

Si la stabilité clinique n’est pas atteinte, l’antibiothérapie doit être prolongée jusqu’à cinq jours. Un nouvel examen permet alors d’évaluer s’il y a lieu d’arrêter ou de poursuivre le traitement, au maximum jusqu’à sept jours. Au-delà de ce délai, les experts estiment qu’"un traitement (…) doit être justifié par la présence d’une complication, telle qu’un abcès pulmonaire ou un épanchement pleural liquidien significatif". À noter que ces recommandations ne s’appliquent pas aux PAC sévères et que le traitement doit être individualisé selon les éventuelles comorbidités du patient.

La non infériorité confirmée par plusieurs études

Hormis les complications infectieuses, et sauf erreur diagnostique ou bactérie résistante, un traitement d’une durée supérieure à sept jours "est excessif et soulage essentiellement l’anxiété du prescripteur", sans bénéfice significatif pour le patient, juge Damien Basille. C’est ce qu’ont montré plusieurs études ayant évalué, en milieu hospitalier, l’efficacité de traitements antibiotiques identiques mais administrés selon des durées différentes.

Ainsi, une étude comparant cinq et dix jours de ceftriaxone n’a pas révélé de différence significative quant à l’atteinte du critère primaire, à savoir apyrexie et non-reprise d’un traitement antibiotique chez des patients traités pour une PAC (3). Idem lors de travaux menés avec l’amoxicilline, comparant des durées de trois et huit jours (4). En 2021, une autre étude révélait que l’association amoxicilline-acide clavulanique était aussi efficace, qu’elle soit administrée pendant trois ou huit jours (5). Enfin, une méta-analyse publiée en 2023 concluait à la non infériorité de traitements de trois à cinq jours, et ce pour divers antibiotiques (6).

De nouvelles attitudes face à l’antibiorésistance

Au-delà des recommandations françaises, d’autres sociétés savantes, dont l’American Thoracic Society (ATS) depuis juillet 2025, s’orientent aussi vers des antibiothérapies plus courtes (7). 

Comment expliquer cette évolution ? Peu après l’arrivée sur le marché des premiers antibiotiques, "les patients étaient fréquemment traités à raison d’un à deux jours, et le taux d’échec était faible. Ils étaient guéris et en bonne santé avec des durées d’utilisation extrêmement courtes", observe Damien Basille. "Par la suite, les pratiques ont progressivement évolué vers des antibiothérapies plus longues, mais sans preuve scientifique justifiant cet allongement." En toile de fond, la crainte de l’antibiorésistance : "On s’est longtemps dit qu’il valait mieux traiter longtemps, afin d’éviter de laisser une bactérie repartir à la hausse et devenir résistante. Or, c’est le contraire qui se produit : plus la population bactérienne est exposée aux antibiotiques, plus elle génère de l’antibiorésistance", explique le pneumologue amiénois.

En pratique, les durées de traitement demeurent souvent plus longues que celles préconisées. Lors de travaux américains menés sur des patients hospitalisés pour une PAC, 67,8 % d’entre eux étaient traités bien au-delà de la durée nécessaire à l’atteinte de la stabilité clinique (8). "Globalement, les pratiques françaises sont probablement très proches, avec un traitement souvent compris entre sept et dix jours", constate Damien Basille.

L’application de ces recommandations soulève toutefois des défis pratiques, en particulier concernant la réévaluation du patient à trois et cinq jours. S’il se dit "bien convaincu" des contraintes inhérentes à la médecine de ville, Damien Basille ne les juge pas insurmontables. "Dans l’immense majorité des cas, les patients non hospitalisés ont, après un jour de traitement, atteint les critères de stabilité clinique, à l’exception de la température. Le médecin pourrait fixer une échéance à cinq jours et proposer au patient d’appeler au bout de trois jours s’il ne va pas mieux."

 

  1. Dinh A, et al. Revue des maladies respiratoires, 25 février 2025.
  2. Dinh A, et al., Infectious Diseases Now, 30 juillet 2025.
  3. Léophonte P, et al. Médecine et maladies infectieuses, 9 mai 2002.
  4. El Moussaoui R, et al. BMJ, 10 juin 2006.
  5. Dinh A, et al. Lancet, 27 mars 2021.
  6. Furukawa Y, et al. BMJ Open, 22 mars 2023.
  7. Jones BE, et al. American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine, 18 juillet 2025.
  8. Vaughn VM, et al. Annals of Internal Medicine, 9 juillet 2019.

 

Au sommaire :

Références :

Congrès de pneumologie de langue française (CPLF, 30 janvier-1er février). D’après la session "Infections respiratoires : faire mieux avec moins ?" (30 janvier).

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il y a 2 mois
Je pense qu'une partie de l'antibioresistance vient du packaging (boîte pour 5j de TT, alors que l'on prescrit 3j-pivmé/cystite) Il serait temps d'imposer aux pharmaciens, en tout cas pour les antibiotiques et les corticoides, de délivrer la dose prescrite ! Qui n'a pas eu de patient autraité avec les 4 comprimés restants de la fois d'avant ? Je comprends, c'est casse pieds... Mais c'est pour le bien de l'écosystème et les finances de la SS, elle ne paye que ce qui est prescrit !
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Médecins (CNOM)
il y a 2 mois
Qui pourrait m'expliquer pourquoi une angine reste à 6j d'amox, alors que pour une PAC on peut descendre à 3-5j? De mémoire la diffusion amygdalienne de l'amox est excellente, et même supérieur à celle du poumons (expliquant le delta en durée de TT, du coup des anciennes recos) c'est ce que m'a enseigner (il y a longtemps😊) un chef de service à ma question de novice (externe) : "même microbe, même antibiotique, pourquoi les durées de traitements ne sont jamais les mêmes ?" De nouvelles recos de la part des ORL ?
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Michel Rivoal
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Débatteur Passionné
Anesthésie-réanimation
il y a 2 mois
L’efficacité C’est la dose unitaire/journalière rapportée au poids du malade, éventuellement corrigée en cas d’obésité. C’est la fréquence des prises. certains AB ont une efficacité temps dépendant d’autres dose dépendante. L’antibio-résistance C’est aussi le suivi des recommandations des sociétés savantes. C’est le renseignement sur l’écologie bactérienne dans le territoire. C’est l’usage des TROD ou des ECBU quand c’est possible: otites, angines, infections urinaires à répétition. C’est la délivrance des médicaments à la dose prescrite pour éviter le mésusage par les patients. Ce sont les campagnes grand public. Malheureusement si c’est possible en médecine humaine, c’est un cauchemar dans les élevages intensifs d’animaux de boucherie. Bref, il y a des méthodes qui dépendent des médecins, des patients, et d’autres des pouvoirs publics
 
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