BPCO : entre sous-dépistage et diagnostics erronés
Face au recours insuffisant à la spirométrie en médecine générale, les experts plaident pour une détection plus ciblée afin d’éviter erreurs et pertes de chance.
Face au profond sous-diagnostic de la BPCO, y aurait-il lieu de proposer un dépistage en population générale ? Pour les experts, la réponse est clairement non. Plusieurs travaux ont, en effet, montré que cette approche, consistant à proposer un test de spirométrie à l’ensemble de la population à risque, indépendamment de la présence de symptômes, était sans grand bénéfice sanitaire et peu coût-efficace (1).
À ce jour, c’est donc la détection précoce qui est recommandée pour la BPCO, avec un test de spirométrie proposé sur la base de facteurs de risque et de symptômes évocateurs. Afin de déterminer les candidats à la spirométrie, divers scores ont vu le jour. En France, l’autoquestionnaire de la Haute Autorité de santé (HAS) comporte cinq questions relatives à la présence de toux, d’expectorations, d’essoufflement, à l’âge (plus ou moins de 40 ans), au tabagisme présent ou passé. En cas de réponse positive à au moins trois d’entre elles, il est recommandé de pratiquer une mesure du souffle par spirométrie ou d’adresser le patient à un pneumologue. Or ce questionnaire HAS repose lui-même sur un outil élaboré par la Global Initiative for Chronic Obstructive Lung Disease (Gold) qui, lors d’une étude publiée en 2023, s’est avéré le moins performant des cinq scores analysés (2).
Malgré de premiers résultats prometteurs, le score Capture s’est quant à lui révélé décevant lors d’une étude menée auprès de généralistes américains. En termes de décision médicale, le recours à ce score ne faisait guère mieux qu’une simple sensibilisation des médecins (3). En France, une récente traduction du score Capture s’est, elle aussi, avérée peu performante, avec une sensibilité de seulement 21,2 %.
La spirométrie, un outil négligé
Au-delà des outils à disposition des médecins, le problème majeur résulte peut-être dans le faible intérêt accordé à la question du souffle, qui semble encore considérée comme une chasse gardée du pneumologue. En 2018, seuls 3,3 % des médecins généralistes français avaient pratiqué au moins une spirométrie dans l’année, et seulement 0,5 % plus de 60 fois (4).
Comment expliquer ce faible appétit des généralistes pour la mesure du souffle ? Selon le Pr Bruno Degano, chef du service de pneumologie-physiologie du CHU Grenoble Alpes, "ils sont peu sensibilisés à ce sujet et en ont souvent peur, pour de mauvaises raisons. Beaucoup de collègues pensent que la spirométrie est un exercice difficile".
Parmi les contraintes, la question du matériel, dont les modalités d’utilisation diffèrent d’un produit à l’autre – les plus coûteux étant ceux ne nécessitant pas d’étalonnage. Selon Bruno Degano, "c’est à nous, pneumologues, de démystifier le sujet auprès des généralistes, d’expliquer l’intérêt de mesurer le souffle, l’absence de difficulté majeure à le faire correctement".
Autre frein, la question de la rémunération et du temps médical. La situation est-elle sur le point de changer ? Depuis le 1er janvier, les généralistes ont la possibilité, à raison d’une fois par an et par patient, de cumuler l’acte de spirométrie avec la consultation, dans le cadre d’un dépistage de BPCO et sous couvert d’une formation. Sont concernés les patients de plus de 40 ans ayant fumé plus de 20 paquets-année, détectés à risque selon le questionnaire de la HAS.
Chez les fumeurs, le risque du diagnostic erroné
Si la BPCO reste largement associée à un sous-diagnostic, se pose aussi, de manière paradoxale, un problème de surdiagnostic, ou plutôt de diagnostics erronés, chez des patients symptomatiques et étiquetés BPCO bien que souffrant d’autres maladies pulmonaires. Les troubles ventilatoires obstructifs "ne sont pas toujours synonymes de BPCO, ils peuvent aussi survenir dans la bronchite chronique, l’asthme ou encore l’emphysème", rappelle Bruno Degano.
Selon lui, "le surdiagnostic se retrouve typiquement chez le patient fumeur symptomatique, par exemple le sujet de 45 ans qui tousse, crache, est essoufflé. C’est régulièrement une maladie coronarienne, une insuffisance cardiaque, parfois un cancer. Autre cas, la personne tabagique obèse, chez qui il y a une hypoventilation, un taux de gaz carbonique un peu élevé, qui peut favoriser une insuffisance cardiaque aiguë".
"Lorsqu’on pose un diagnostic de BPCO à un fumeur, uniquement sur des critères cliniques, on a une chance sur deux de se tromper. En présence de symptômes dont la cause n’est pas encore connue, il est donc essentiel d’effectuer une spirométrie", ajoute Bruno Degano. D’autant que, chez les patients diagnostiqués à tort d’une BPCO, le prix à payer peut être élevé : "Ils peuvent endurer les effets indésirables de traitements qui ne servent à rien, sans prise en charge des raisons pour lesquelles ils sont symptomatiques."
Selon une étude américaine publiée en 2018, les patients diagnostiqués à tort d’une BPCO auraient ainsi 89 % plus de risques d’être hospitalisés et 42 % plus de risques d’être admis aux urgences que des personnes non-BPCO(5). Un sort encore moins enviable que celui de patients atteints de BPCO légère (stade Gold I) non diagnostiquée, chez lesquels les chercheurs n’ont pas observé de sur-risque significatif.
- Mangione CM, et al. JAMA, 10 mai 2022.
- Bastidas AR, et al. Canadian Respiratory Journal, 24 novembre 2023.
- Martinez FJ, et al. American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine, 1er mai 2025.
- Chapron A, et al., NPJ Primary Care Respiratory Medicine, 30 septembre 2023.
- Gershon AS, et al. Chest, 6 février 2018.
Références :
Sources : Congrès de pneumologie de langue française (CPLF, 30 janvier-1er février). D’après les sessions "Cours de perfectionnement BPCO" (30 janvier) et "Diagnostic précoce dans la BPCO" (1er février).
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