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Santé visuelle chez l'enfant : l'enjeu de la prévention précoce

Devant l'explosion annoncée des troubles visuels, en particulier de la myopie, un dépistage avant 3 ans apparaît fondamental. Le traitement précoce permet, en effet, de freiner l’évolution des petites myopies et de réduire les complications. 

13/04/2026 Par Michèle Reboul
Pédiatrie Ophtalmologie
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Chez l’enfant, en matière de santé visuelle, la prévention précoce reste un enjeu de santé publique majeur. "L’amblyopie mérite une vigilance accrue. Il s’agit d’une pathologie insidieuse. En l’absence de dépistage, elle passe inaperçue", souligne le Dr Christophe Orssaud, responsable de l’unité fonctionnelle d’ophtalmologie du Centre de référence des maladies rares Ophtara à l'Hôpital européen Georges-Pompidou (Paris). De fait, dans la grande majorité des cas, ce trouble visuel évolue de façon silencieuse. Les parents ne peuvent en suspecter l’existence car l’enfant voit bien avec son œil dominant et n’exprime, en général, aucune gêne visuelle.

Or, l’amblyopie est la première cause de malvoyance unilatérale chez l’enfant. Elle résulte le plus souvent d’un trouble réfractif non corrigé (hypermétropie forte, myopie, astigmatisme) ou d’un strabisme. "Sans prise en charge ophtalmologique avant l’âge de 6 ans, la mauvaise vision d’un œil peut devenir irréversible. À l’inverse, un traitement précoce permet la normalisation de la vision", souligne le Dr Orssaud.

Le dépistage : pierre angulaire de la prise en charge

"L’ophtalmologie pédiatrique débute, le plus souvent, par la détection des troubles réfractifs, rappelle le spécialiste. Qu’il s’agisse de repérer une amblyopie, un microstrabisme, une myopie ou une hypermétropie, un dépistage dans la petite enfance est indispensable", précise-t-il. De fait, en l’absence d’anomalie ou de facteur de risque particulier, un premier dépistage est recommandé entre 1 et 3 ans, idéalement vers 3 ans, lorsque l’enfant commence à coopérer. "À cet âge, il peut répondre, participer. L’examen est beaucoup plus fiable : cela évite tout retard de prise en charge, notamment en cas d’amblyopie ou d’autre trouble réfractif", indique le Dr Orssaud.

Le pédiatre (ou le médecin généraliste) joue un rôle déterminant : il doit s’assurer qu’un premier dépistage a été réalisé – en protection maternelle et infantile ou en milieu scolaire – et, le cas échéant, l’initier. "Au moindre doute, l’orientation vers un ophtalmologiste doit être rapide. Lui seul est en mesure d’établir un diagnostic", rappelle-t-il.

Myopie : une progression préoccupante...

Une vigilance d’autant plus cruciale que les troubles visuels, en particulier la myopie, connaissent une progression préoccupante à l’échelle mondiale. D’après l’Organisation mondiale de la santé, à l’horizon 2050, près d’un adulte sur deux pourrait être myope. Une évolution épidémiologique préoccupante, dont les déterminants se jouent dès l’enfance. "Le véritable enjeu réside dans l’augmentation des petites myopies de l’enfant, observe le Dr Orssaud. Une myopie à -2 dioptries à l’âge de 6 ans est bénigne et se corrige aisément, notamment dans les pays à haut niveau de ressources. Toutefois, la progression myopique accompagne la croissance oculaire : un trouble modéré dans l’enfance, s’il n’est pas traité, peut ainsi évoluer vers une myopie forte, de l’ordre de -7 à -8 dioptries à l’âge adulte. Or les myopies fortes exposent à des complications rétiniennes sévères à moyen et long terme : décollement de rétine, hémorragies maculaires, lésions dégénératives périphériques. Elles constituent l’une des causes majeures de malvoyance après 30 ans. L’enjeu est donc d’intervenir tôt afin de ralentir la progression myopique", insiste-t-il.

… et des stratégies pour en freiner l’évolution

Plusieurs stratégies permettent de ralentir la progression de ce trouble visuel. Les verres dits "freinateurs" modifient la focalisation périphérique et limitent l’allongement axial du globe oculaire. "On peut envisager ces verres lorsque l’enfant n’a plus qu’une très faible hypermétropie avant 10 ans, ce qui fait suspecter la survenue d’une myopie évolutive*", indique le Dr Orssaud. Autre traitement : l’orthokératologie. Initialement utilisée pour éviter le port de lunettes, l’orthokératologie retrouve aujourd’hui une indication dans la freination myopique. "Il s’agit de lentilles rigides portées la nuit qui remodèlent temporairement la cornée. Cette option est possible dès 8 ans, à condition que l’enfant et les parents soient très impliqués", explique l’ophtalmologue. Enfin, l’atropine diluée (0,05 % notamment) constitue une autre piste pour freiner la myopie chez l’enfant. Son usage débute en général vers 5 ans. "Le choix entre verres 'freinateurs', orthokératologie et gouttes d’atropine s’effectue au cas par cas", précise le Dr Orssaud.

Lumière naturelle et écrans : les facteurs environnementaux en cause

Plusieurs facteurs seraient à l’origine de l’augmentation de la prévalence de la myopie chez l'enfant : insuffisance d’exposition à la lumière naturelle, temps excessif en vision de près, usage prolongé des écrans... "La lumière solaire a un effet freinateur bénéfique sur la myopie. À l'inverse, le fait de passer des heures à fixer son écran de téléphone ou une tablette à 15-20 cm, sans lever les yeux, est délétère", prévient l’ophtalmologue.

En dehors de la myopie, les principales avancées attendues en ophtalmopédiatrie portent sur des pathologies rares, souvent sévères, pour lesquelles les besoins thérapeutiques demeurent importants. Pour autant, ces progrès ne sauraient reléguer au second plan les fondamentaux de la prévention et de l’organisation des parcours de soins. "Il est essentiel de continuer à structurer le dépistage et de renforcer la sensibilisation des familles aux mesures de prévention environnementale – exposition régulière à la lumière naturelle, respect des règles concernant l’usage des écrans – tout en accompagnant le développement progressif des traitements freinateurs", conclut le Dr Orssaud.

*Une légère hypermétropie est normale chez l’enfant et fait partie du développement de l’œil. 

Références :

D’après un entretien avec le Dr Christophe Orssaud (Hôpital européen Georges-Pompidou, Paris).

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