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Syndrome de hikikomori : quand l’isolement des jeunes devient pathologique
Apparu au Japon dans les années 1990, le syndrome de hikikomori se caractérise par un retrait social et une réclusion à domicile. Un phénomène qui émerge désormais aux quatre coins du monde et qui interroge. La Dre Marie-Jeanne Guedj-Bourdiau*, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne (Paris) et présidente de l’Association francophone pour l’étude et la recherche sur les hikikomori (Afhiki), explique les contours de ce trouble ainsi que les stratégies de prise en charge.
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Qu’est-ce que le syndrome de hikikomori ?
Le terme japonais hikikomori désigne un adolescent ou un jeune adulte (entre 15 et 29 ans), de sexe masculin dans près de 80 % des cas, passant la quasi-totalité de son temps au domicile de ses parents et en retrait de la vie sociale, relationnelle et professionnelle depuis au moins six mois. Par ailleurs, les hikikomori sont généralement issus de milieux sociaux aisés, pour la simple et bonne raison qu’ils s’enferment dans leur propre chambre avec des écrans. Si près de 1,5 million de personnes vivraient recluses au Japon, selon une étude du gouvernement nippon, l’ampleur réelle du phénomène en France reste difficile à évaluer et nous ne disposons d’aucune étude de prévalence sur le sujet à l’heure actuelle. Toutefois, on rapproche les hikikomori des Neet (Not in education, employment or training), ces jeunes qui ne s’inscrivent dans aucune démarche d’études, de stages ou d’emploi, qui sont particulièrement nombreux dans notre pays (12,5 % des 15-29 ans) et dont on sait que 400 000 échappent à tous les radars. Aujourd’hui, la durée moyenne de l’isolement observée varie entre deux et sept ans.
Des facteurs de risque ont-ils été identifiés ?
Les causes du syndrome de hikikomori peuvent être multiples et variées. Pour autant, on retrouve des notions de harcèlement ou d’échec scolaire et d’abus dans la sphère privée durant l’enfance dans environ un cas sur deux. En outre, un diagnostic associé de troubles du spectre autistique (TSA) n’est pas rare non plus, avec cette dimension d’absence d’intérêt dans la relation à l’autre. Enfin, il demeure d’autres situations sans aucun facteur de risque ou cause identifiés. Malgré tout, la question de la mésestime de soi est centrale et commune dans les cas de hikikomori et constitue le socle du refus d’affronter un nouvel échec.
Une étude menée au Japon après la pandémie de Covid-19 a révélé une augmentation de près de 350 000 cas de hikikomori. Et ce sont des antécédents plutôt positifs qui sont devenus des facteurs de risque : socialisation très importante, haute compétitivité ou encore haute estime de soi. C’est parce que ces jeunes ont été déçus de toutes ces dimensions très fortes durant la pandémie qu’ils ne s’en sont pas remis. Ils n’ont pas supporté d’être arrêtés dans leur élan.
Les psychiatres distinguent deux types de hikikomori. Quels sont-ils ?
La question est de savoir si le retrait social est associé ou non à une pathologie psychiatrique, pour adapter la prise en charge. Le type primaire n’est pas expliqué par une incapacité physique ou une pathologie psychiatrique et représente approximativement la moitié des cas. Le type secondaire s’inscrit, en revanche, dans le cadre d’une pathologie (dépression ou troubles anxieux) et doit être traité en parallèle de la remise en route de schémas relationnels.
Quelles sont les stratégies de prise en charge actuellement ?
Selon les recommandations japonaises, il y a quatre degrés de prise en charge, qui débutent par l’accueil de la famille qui est en souffrance, pour ensuite tenter d’aborder la thérapeutique individuelle du jeune, puis la thérapeutique en groupe, et enfin traiter l’abord social. En France, la prise en charge est similaire et répond aux principes de la psychiatrie de secteur. Elle doit débuter par la guidance parentale en répondant notamment aux demandes d’aide et de conseils des parents qui se sentent mis en cause. Ce n’est que dans un second temps qu’on essaie de rencontrer le jeune en vue d’initier une prise en charge adéquate et en temps voulu au cas par cas. La plupart de mes patients refusent d’aborder l’aspect psychologique de leur trouble. Il faut donc essayer de les « accrocher » par le biais de groupes de parole, de médiations artistiques ou de cours de langue pour susciter un intérêt chez eux, les aider à sortir de leur chambre pour se sociabiliser peu à peu de nouveau. La dimension psychologique de la prise en charge viendra par la suite.
Le médecin généraliste a-t-il un rôle à jouer dans la prévention ou du moins le signalement de ce trouble ?
C’est seulement à l’occasion de consultations à domicile qu’il leur arrive de se rendre compte de quelque chose. J’ai souvent travaillé avec SOS Médecins, et la plupart des praticiens me semblent sensibilisés à ce trouble et doivent faire confiance à leur intuition. Ils sont généralement appelés pour un autre membre de la famille et observent, par exemple, un plateau-repas devant la porte de la chambre. Des perturbations de type métabolique ont été observées dans de nombreux cas de hikikomori, notamment diabète et cholestérol, même chez les sujets non obèses, en raison du manque d’activité physique et d’une alimentation très déséquilibrée. La question de prescrire un bilan peut être ici intéressante et le suivi constitue alors une porte d’entrée pour accepter de sortir pour consulter son médecin généraliste.
* La Pre Marie-Jeanne Guedj-Bourdiau déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.
Références :
D’après un entretien avec la Pre Marie-Jeanne Guedj-Bourdiau
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