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Préserver l’audition pour préserver l’autonomie

L’avancée en âge s’accompagne souvent d’une perte d’audition, source d’isolement et de déclin cognitif. L’Association nationale de l’audition préconise de mieux former les professionnels de santé pour améliorer le dépistage des troubles et leur prise en charge.

28/04/2026 Par Muriel Pulicani
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21 % des Français déclarent souffrir de difficultés auditives, et seule la moitié d’entre eux est équipée d’un appareil, selon un sondage mené auprès de 1 066 personnes par OpinionWay et présenté par l’Association nationale de l’audition lors d’une conférence de presse, le 2 mars. Chez les 65 ans ou plus, 37 % se disent touchés par ces troubles, et parmi eux, moins de deux tiers sont appareillés. "La France est l’un des pays occidentaux qui compte le plus grand nombre de patients appareillés, mais ceux-ci le sont plus tardivement qu’ailleurs, avec des différences en fonction du niveau socio-économique : quinze ans d’intervalle entre l’accès aux soins des CSP- (catégories socio-professionnelles défavorisées) et des CSP+", a précisé le Pr Bernard Fraysse, chef du service ORL du CHU de Toulouse.

Des conséquences multiples

Les aidants d’une personne ayant une déficience auditive (218 répondants) rapportent "un impact très fort" de celle-ci sur la qualité des échanges, la qualité de vie, l’autonomie et le moral de leur proche et sur leur relation. "La littérature scientifique a démontré que la perte d’acuité auditive est associée à un risque majoré de développer des troubles cognitifs, comme la maladie d’Alzheimer, et à un risque majoré de chutes", a signalé le Pr François Puisieux, chef du pôle gérontologie du CHU de Lille et président du gérontopôle des Hauts-de-France. "Si l’on appareille pour limiter la presbyacousie, on réduit ces risques." La perte d’autonomie peut être ainsi retardée, voire évitée, "permettant aux personnes âgées de rester à domicile, ce qu’elles souhaitent." 

Freins financiers et psychologiques

Cependant, l’adoption d’appareils se heurte à certains freins, le principal étant le coût (deux tiers des sujets interrogés) malgré le dispositif "100 % santé", puis l’inconfort et les irritations (43 %), les difficultés de réglage (42 %), l’esthétique (31 %) et les difficultés d’entretien (23 %). S’y ajoutent des problèmes d’acceptabilité par le patient (41 %) et des problèmes d’accès aux professionnels de santé : manque de mobilité, recul du nombre d’ORL... Et la prise en charge, quand elle existe, est souvent tardive, l’appareillage étant prescrit à 74 ans en moyenne. 

"Il faut systématiser le dépistage dès les premiers signes", a plaidé le Pr Jean-Luc Puel, professeur et directeur de Montpellier Audiocampus et président de l’Association nationale de l’audition. Celle-ci a lancé le Plan national Audition et grand âge 2026-2028, visant à sensibiliser, informer et former le grand public et les professionnels de santé. "Notre objectif est de former les équipes soignantes et les aidants à la communication avec une personne malentendante, au repérage des difficultés de compréhension et de la surdité, au dépistage des bouchons de cérumen, à la mise en place et au nettoyage des aides auditives, mais aussi de maintenir le lien social des personnes non appareillées afin de limiter les situations d’isolement", a exposé le Pr Puel. 

Travail en réseau

Les professionnels de santé – médecin généraliste, gériatre, ORL, audioprothésiste, orthophoniste, infirmière, aide-soignante… – sont appelés à travailler ensemble, en réseau. "Il faut créer des parcours de soins par territoire, avec un décloisonnement public-privé", a prôné le Pr Fraysse. Le médecin généraliste joue là un rôle en termes d’accès précoce au dépistage et à la prise en charge. "Il doit interroger le patient ou son aidant sur l’audition, la cognition et la mémoire, l’équilibre, l’isolement. Il ne faut pas séparer ces notions", a recommandé le Pr Fraysse. La démarche s’inscrit dans le cadre du programme Icope (Integrated Care for Older People) de l’Organisation mondiale de la santé, qui vise à évaluer, chez les 60 ans ou plus, autonomes et vivant à domicile, les fonctions essentielles – motricité, état nutritionnel, santé mentale, cognition, facultés sensorielles – grâce à des outils numériques (ici, une appli mobile d’audiométrie vocale simplifiée). Si une fragilité est décelée, une évaluation approfondie sera réalisée et un suivi personnalisé instauré. Le but étant "que les robustes restent robustes et que les fragiles ne deviennent pas dépendants", a souligné le Pr Fraysse. 

Références :

Sources : D’après une conférence de presse de l’Association nationale de l’audition (2 mars).

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