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Eczéma chronique des mains : les stratégies thérapeutiques évoluent
L'eczéma chronique des mains bénéficie d'avancées thérapeutiques significatives, avec en particulier l'arrivée d'un premier inhibiteur pan-JAK topique, nécessitant la révision des algorithmes de prise en charge vers une approche plus personnalisée.
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L’eczéma chronique des mains (ECM) est une affection cutanée inflammatoire persistante fréquente avec une forte prévalence professionnelle. Les recommandations européennes (2022) restent une base solide, mais l’émergence récente de nouvelles options thérapeutiques a conduit un groupe de spécialistes français à reconsidérer l’algorithme de traitement dans un avis d’experts (Halioua B, et al. Journal of Allergy and Hypersensitivity Diseases, 2026). La prise en charge de l’ECM repose sur une approche graduée. "La base est l’éducation thérapeutique du patient (éviction des irritants, utilisation d’émollients, protection dans le cadre professionnel). Un bilan allergologique de contact doit être systématiquement envisagé. Parallèlement, la recherche et le traitement d’une surinfection sont essentiels", introduit la Dre Camille Leleu, dermatologue et vénérologue (CHU de Dijon).
Dans les formes légères à modérées, les traitements topiques constituent la première ligne. Les dermocorticoïdes restent le traitement de référence en phase aiguë grâce à leur effet anti-inflammatoire. "Plusieurs classes d’activité de ces traitements (I à IV) et différentes galéniques (crème, lotion, pommade) permettent une utilisation adaptée à la sévérité et au type de lésions (formes suintantes, sèches ou lichénifiées). L’utilisation sous occlusion et les schémas d’entretien de type 'week-end therapy' optimisent leur efficacité", précise-t-elle. Les inhibiteurs de la calcineurine topiques, notamment le tacrolimus, représentent une alternative ou un traitement d’épargne cortisonique.
"La grande actualité est la récente introduction du delgocitinib (disponible en pharmacie de ville depuis février 2026), premier inhibiteur pan-JAK topique indiqué dans l’ECM modéré à sévère en cas d’inadéquation ou d’échec des dermocorticoïdes", annonce la médecin. En inhibant les voies JAK-Stat impliquées dans la sécrétion des cytokines pro-inflammatoires, le delgocitinib agit en amont de la cascade de signalisation. Les études randomisées contre placebo Delta 1 et 2 ont montré qu’environ un quart des patients atteignent un score IGA-CHE de 0 ou 1 (pas de lésion ou presque) à seize semaines, avec une amélioration rapide des symptômes, notamment du prurit dès le premier jour. Par ailleurs, la moitié des patients obtiennent une amélioration d’au moins 75 % du score Hecsi. Les données de tolérance sont par ailleurs "satisfaisantes". L’étude d’extension Delta 3 a confirmé une persistance de l’efficacité à trente-six semaines (un tiers des patients sont contrôlés) et mis en évidence une certaine rémanence après arrêt du traitement, avec maintien de la réponse chez une proportion non négligeable de patients. L’étude comparative Delta Force (2025) a par ailleurs montré la supériorité du delgocitinib par rapport à l’alitrétinoïne en termes d’efficacité clinique et de tolérance, suggérant ainsi une évolution prochaine des recommandations européennes. À noter que la prescription du delgocitinib est réservée aux dermatologues ou aux gynécologues.
En cas d’échec des traitements locaux, les formes modérées à sévères relèvent d’un traitement systémique. L’alitrétinoïne est le seul traitement disposant d’une AMM en France dans cette indication. En l’absence de réponse, d’autres traitements peuvent être envisagés (hors AMM), tels que la ciclosporine (cures courtes), le méthotrexate ou l’azathioprine. Enfin, les biothérapies utilisées dans la dermatite atopique représentent une perspective intéressante ainsi que les inhibiteurs de JAK par voie orale.
Eczéma des mains en milieu professionnel :
"Les dermatoses des mains professionnelles sont majoritairement irritatives (environ 80 %), mais les formes allergiques ou atopiques doivent être recherchées. Pour poser le diagnostic, l’interrogatoire doit être précis et le bilan allergologique exhaustif", indique la Dre Florence Castelain, dermatologue et vénérologue (CHU de Besançon). Les allergènes varient selon les métiers : protéines (farine, œuf) chez les cuisiniers et boulangers, colorants (paraphénylènediamine) et shampooings chez les coiffeurs, gels hydroalcooliques (carbomères), gants et anesthésiques chez les soignants, fluides de coupe dans la métallurgie ou encore le caoutchouc (IPPD, mercaptobenzothiazole). "La prise en charge associe l’éviction des allergènes, la protection cutanée et des mesures préventives adaptées", rappelle-t-elle.
Au sommaire de ce dossier :
- Dermatite atopique : Les traitements locaux gardent leur rôle central
- Urticaire chronique : distinguer les urticaires spontanées et inductibles
- Asthme sévère : bientôt de nouvelles recommandations
- Une hypersensibilité aux compléments alimentaires sous-estimée
- Toxidermies : une démarche diagnostique affinée
Références :
21ème Congrès francophone d'allergologie (CFA), Paris, 21 au 24 avril. D’après la session "Eczéma des mains".
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