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Toxidermies : une démarche diagnostique affinée
Prochainement publiées, les nouvelles recommandations internationales de l’European Academy of Allergy & Clinical Immunology présenteront de nouveaux algorithmes d’exploration, notamment en matière de tests cutanés et de stratégies de réintroduction.
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De présentations cliniques variées, les toxidermies médicamenteuses sont majoritairement liées à des mécanismes d’hypersensibilité retardée. L’identification des formes bénignes peuvent relever d’un test de provocation direct et le repérage des signes de gravité impose une orientation spécialisée. L’enjeu est non seulement de sécuriser le diagnostic mais aussi d’épargner des évictions médicamenteuses injustifiées.
"Dans l’exploration des toxidermies, la place des tests cutanés reste centrale. Malgré leur variabilité de sensibilité, les patch-tests sont indispensables dans certaines indications ciblées. Ils évoluent avec une recommandation de dilution des médicaments à 30 % dans la vaseline (contre 20 % auparavant). Les prick-tests peuvent être utilisés avec lectures retardées en cas de suspicion d’hypersensibilité retardée et de patch tests négatifs. Les intradermoréactions (IDR) s’imposent désormais comme une méthode de référence. Le volume injecté doit être de 0,02 ml avec des lectures retardées à vingt-quatre à quarante-huit heures", informe la Pre Annick Barbaud, cheffe du service de dermatologie et allergologie (hôpital Tenon), qui présentait les nouvelles recommandations de l’European Academy of Allergy & Clinical Immunology, actuellement en cours de finalisation. Celles-ci définissent également des concentrations non irritantes distinctes selon qu’il s’agit d’explorer une hypersensibilité immédiate ou retardée.
Toxidermies localisées ou généralisées : des approches différentes
Certaines toxidermies localisées nécessitent des stratégies spécifiques. Concernant les réactions aux héparines, les IDR sont privilégiées, avec des lectures prolongées jusqu’à J3, voire une semaine. Pour les toxidermies flexurales (c’est-à-dire localisées dans les plis telles que le symmetrical drug-related intertriginous and flexural exanthema), les tests ont une faible sensibilité (< 30 %), ce qui limite leur intérêt. Lors d’une photosensibilisation, les photopatch-tests sont indispensables car le patch-test standard est souvent négatif. En cas d’érythème pigmenté fixe (EPF), les patch-tests sont réalisés in situ, suivis si besoin d’un test d’application répétée, puis d’un test de provocation. Cette approche permet d’identifier le médicament responsable dans la majorité des cas. En revanche, le test de provocation dans les EPF bulleux généralisés est contre-indiqué. Dans les exanthèmes maculopapuleux, la stratification selon la gravité est nécessaire. Pour les exanthèmes légers (durée de moins de 7 jours, < 50 % de surface, absence de symptômes systémiques), le test de provocation directe peut être envisagé sans test préalable. Pour les exanthèmes modérés (durée de plus de 7 jours, > 50 % de surface, recours aux corticoïdes), des tests cutanés (patch-test et IDR) sont réalisés, suivis d’un test de provocation s’ils sont négatifs.
Toxidermies graves : une orientation spécialisée
Les formes graves (syndrome d’hypersensibilité médicamenteuse [Dress], pustulose exanthématique aiguë généralisée [Peag], nécrolyses épidermiques toxiques) nécessitent une prise en charge spécialisée. Concernant le Dress, les patch-tests présentent une bonne sensibilité (environ 57 %) et permettent d’identifier des multisensibilisations fréquentes (excepté pour l’allopurinol et la salazopyrine). Les IDR sont désormais autorisées, principalement pour tester des médicaments de substitution. Les réintroductions sont possibles sous conditions (tests négatifs, délai après le Dress supérieur à six mois, doses spécifiques), mais elles comportent un risque de rechute.
Pour la Peag, les patch-tests sont sensibles (environ 56 %). Les IDR peuvent également être réalisées. Les stratégies de réintroduction sont fondées sur celles du Dress.
Enfin, concernant les nécrolyses épidermiques toxiques (dont le syndrome de Lyell), les tests cutanés ont une faible sensibilité (< 20 %). Les tests de provocation avec le médicament responsable sont contre-indiqués. Les réintroductions ne concernent que des molécules non suspectes pour prouver leur tolérance ou pour des médicaments de substitution.
Ainsi, les tests de provocation médicamenteuse restent l’outil diagnostique de référence, mais leur utilisation dépend du type de toxidermie.
Au sommaire de ce dossier :
- Dermatite atopique : Les traitements locaux gardent leur rôle central
- Eczéma chronique des mains : les stratégies thérapeutiques évoluent
- Urticaire chronique : distinguer les urticaires spontanées et inductibles
- Asthme sévère : bientôt de nouvelles recommandations
- Une hypersensibilité aux compléments alimentaires sous-estimée
Références :
21ème Congrès francophone d'allergologie (CFA), Paris, 21 au 24 avril. D’après la session "Actualités dans les hypersensibilités retardées médicamenteuses".
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