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"Un jet lag social" ou la difficulté à mener des projets personnels pendant ses études de médecine
Une étude présentée au congrès Wonca Europe,le 1er juillet, décrit les difficultés pour les internes en médecine générale à réaliser des projets personnels pendant leur formation. Entre ambition et réalité, l’équilibre semble précaire, d’autant plus à l’aube de la mise en place de la quatrième année d’internat de médecine générale.
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"L’intérêt de ce travail, mené par Anthony de Azevedo et Anaïs Esteve et dont je co-dirige la thèse, était de faire le point sur la perception pro-perso des internes en médecine générale, avance Maxime Pautrat, professeur universitaire de médecine générale à l’université de Tours. On a quantifié la différence entre l’intention et la réalisation des grandes étapes de la vie." Parmi elles, se marier, avoir un enfant, voyager, devenir propriétaire : autant de projets personnels qui se réalisent le plus souvent aux alentours de la trentaine.
Or, pour les internes en médecine générale dont les études duraient jusqu’à présent neuf ans (sans redoublement), difficile de mener de front vie à l’hôpital et ambitions personnelles. "La santé mentale des internes se détériore du fait de nombreux facteurs comme la surcharge de travail (en moyenne, 50 heures par semaine en médecine générale, ndlr). On a donc essayé de décrire le niveau de satisfaction des étudiants en comparant les objectifs personnels avec la réalisation réelle de ces objectifs." Résultat : l’internat pousse bel et bien les étudiants à repousser certains projets les laissant dans une sorte de "jet lag social".
Des projets parfois empêchés par l’internat
D’après l’étude quantitative, contrairement à ce qu’envisageaient les internes interrogés (à six mois de la diplomation ou 6 mois après la diplomation), le mariage intervient finalement après l’internat. En revanche, il semblerait que le statut d’interne n’ait aucune prise sur l’achat d’un bien immobilier ou sur la volonté d’avoir un enfant : "Peut-être parce que ça ne dépend pas que de nous, que dans les deux cas, ce peut être plus long que prévu aussi", rétorque Maxime Pautrat.
Au contraire, seule la réalisation d’un voyage n’est pas "empêchée" par l’internat. "On peut se dire que l’internat empêche certains projets comme le mariage qui est mis en pause mais au contraire, les internes n’hésitent pas à faire un tour du monde." Pour le professeur des universités, rien d’étonnant car de plus en plus d’internes semblent enclins à demander une disponibilité, vue comme "une aération ".
Des étudiants « mariés » à leur métier
Sans pour autant "noircir le tableau vis-à-vis d’un mal-être extraordinaire des internes", l’équilibre semble difficile à trouver. "C’est un moi 2.0 qu’il faut trouver, un équilibre qui permet de se réinventer", résume Maxime Pautrat. Entre le rythme des gardes, des stages qui changent tous les six mois, il est difficile pour les internes de s’investir dans un club sportif ou d’entretenir des relations. C’est en tout cas ce que démontre l’étude qualitative.
"On a donc trouvé l’idée du jet lag social pour l’expliquer : comme si les internes se mariaient à leur profession pour le meilleur et pour le pire. Certains regrettent d’avoir laissé certains projets en suspens et tous expriment le besoin d’un meilleur équilibre pro-perso pour qu’émerge la meilleure version d’eux-mêmes."
Un décalage social accentué avec la réforme de l’internat ?
"Je ne suis pas sûre de comprendre, réagit Johanna Ruus, médecin généraliste en Estonie. Votre ministre de la Santé semblait ravie de la mise en place d’une quatrième année d’internat. Quel est le lien entre cette réforme et l’équilibre pro-perso ?" Une question qui fait sourire la salle. "Sachant que les internes décrivent déjà des souffrances, l’allongement de la durée de l’internat avec un DES en quatre ans peut être anxiogène, on peut donc craindre que leur santé mentale soit altérée », précise Maxime Pautrat.
Le professeur universitaire estime qu’une autre étude devrait être envisagée dans les années à venir pour mesurer si les étudiants expriment plus de sacrifices ou d’accomplissement avec cette année supplémentaire d’études. "Ne préjugeons rien, laissons-nous surprendre : peut-être que faire un stage d’un an dans un même lieu sera bénéfique, que cela leur permettra de se sentir heureux et de se projeter. C’est ce que l’on espère pour eux en tant qu’enseignement mais cette quatrième année rajoute quand même un couche supplémentaire à des étudiants déjà sous l’eau et il ne faut pas le minimiser."
En attendant, selon Maxime Pautrat, à l’heure où l’on sait par différentes études que la profession est particulièrement exposée au burn-out, "c’est important de prendre conscience de ce que l’on peut faire auprès de nos étudiants pour qu’ils soient épanouis."
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