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Une hypersensibilité aux compléments alimentaires sous-estimée
Insuffisamment explorés en consultation, les compléments alimentaires peuvent causer des réactions d’hypersensibilité parfois sévères.
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Plantes, vitamines, probiotiques, huiles de poisson, échinacées… Les compléments alimentaires (CA) occupent une place croissante dans les pratiques de santé des patients. "Y compris chez les patients allergiques souffrant de rhinite, d’asthme, d’eczéma et même d’allergies alimentaires. Pourtant, ils restent insuffisamment explorés en consultation. Des enquêtes montrent que la majorité des médecins ne questionnent pas systématiquement leur usage", déclare la Dre Martine Morisset, pneumo-allergologue (CHU d’Angers).
Les CA sont des denrées alimentaires constituant une source de nutriments ou d’autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique, seuls ou combinés. Contrairement aux médicaments, ils ne disposent pas d’AMM et ne peuvent revendiquer d’effet thérapeutique. En France, une liste recense les ingrédients autorisés ou interdits, complétée par une sélection de plantes autorisées avec des conditions d’emploi strictes selon qu’il s’agit de racines, de feuilles, de fleurs ou de graines. "Le problème est que la grande majorité des CA est commandée sur internet, ce qui rend le contrôle difficile", souligne la spécialiste.
En 2025, près de deux tiers des Français en consomment, selon les données d’Elite Pharma. Les catégories phares concernent notamment les vitamines et minéraux, les probiotiques, les omégas 3, 6, 9, les produits de la ruche et les produits marins.
Outre une potentielle hypersensibilité chez certains patients, les CA peuvent aussi exposer à des toxicités parfois graves (hépatotoxicité, atteintes rénales, cardiaques ou pulmonaires). La FDA et l’Agence européenne des médicaments avaient alerté sur certains CA vendus notamment pour maigrir, se muscler, stimuler les activités sexuelles ou booster l’énergie, avec des étiquetages parfois trompeurs (sildénafil, sibutramine, stéroïdes anabolisants…).
Les produits particulièrement impliqués
En France, le groupe nutrivigilance de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) collecte et identifie les effets indésirables des CA et émet des recommandations. Les professionnels de santé peuvent y déclarer les cas suspects. Ce dispositif a déjà conduit à des alertes sur le soja, la levure de riz rouge, la mélatonine ou Garcinia cambogia.
Des réactions immédiates sont décrites avec le ginseng, le millepertuis, le Ginkgo biloba, l’ortie ou des échinacées. "En Australie, Andrographis paniculata a fait l’objet d’alertes récentes après plusieurs cas d’angio-œdèmes et d’anaphylaxie. Les échinacées sont souvent utilisées, notamment pour leur propriété de prévention des maladies allergiques, au même titre que des astéracées, comme le pissenlit, l’armoise ou le tournesol. Des risques sont également reportés concernant des extraits d’ortie utilisés pour le traitement des rhinites, et le cumin noir, pour celui de l’asthme", complète la Dre Morisset. De son côté, le Ginkgo biloba peut induire toxidermies ou réactivation de dermatite de contact (l’acide ginkgolique étant structurellement proche de l’urushiol, connu pour son activité allergisante). Par ailleurs, des manifestations cutanées souvent liées à des peptides ou extraits animaux impliquant fréquemment les collagènes de poisson, de porc ou de poulet ont été recensées par le Japon. "Concernant les probiotiques, plusieurs études ont observé des anaphylaxies chez des sujets allergiques au lait de vache après ingestion de CA contaminés par des traces de lactose. Des réactions ont aussi été rapportées avec des compléments à base de lactase, souvent produite par Aspergillus oryzae", ajoute-t-elle.
Chez certains patients, les produits de la ruche (gelée royale, propolis, pollen) peuvent être pourvoyeurs de réactions sévères. En 2022, le Réseau d’allergo-vigilance avait publié les cas de 32 anaphylaxies, chez les adultes principalement, avec parfois des cas très sévères de grade 3. Pour la pneumo-allergologue, "les patients polliniques semblent particulièrement exposés par réactivité croisée. Des dermites de contact, des œdèmes laryngés et des anaphylaxies ont été rapportés avec la propolis. Ces anaphylaxies surviennent très souvent chez des sujets asthmatiques et/ou atopiques. Et la cause sous-jacente est probablement la présence d’allergènes de pollen ou de venin d’abeille ou de gelée royale, qui ont été identifiées dans la propolis brute. La prévalence d’allergie à la propolis augmente du fait de son utilisation croissante dans les cosmétiques, dans les traitements locaux et dans les CA", détaille-t-elle.
Enfin, des œdèmes laryngés ont été décrits avec des produits "minceur" enrichis en soja chez des sujets sensibilisés aux pollens de bouleau. D’autres cas concernent les graines de lin, la poudre d’orge vert, l’acérola, le lactosérum de jument ou le champignon Hericium erinaceus.
Au sommaire de ce dossier :
- Dermatite atopique : Les traitements locaux gardent leur rôle central
- Eczéma chronique des mains : les stratégies thérapeutiques évoluent
- Urticaire chronique : distinguer les urticaires spontanées et inductibles
- Asthme sévère : bientôt de nouvelles recommandations
- Toxidermies : une démarche diagnostique affinée
Références :
21ème Congrès francophone d'allergologie (CFA), Paris, 21 au 24 avril. D’après la session "Réseau d’allergo-vigilance : les allergènes jouent à cache-cache".
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