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"Le système nous broie" : une étude alerte sur les conditions d'exercice des kinés

La faible rémunération des actes est "une source essentielle de mal-être" pour les kinésithérapeutes libéraux, constate une étude commandée par le CNOMK. Pour se dégager des revenus décents, certains kinés exercent jusqu'à 70 heures par semaine.  

20/07/2026 Par Louise Claereboudt
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Après une première étude nationale menée en 2018 par le Pr Didier Truchot au sein de l'université Marie et Louis Pasteur de Besançon, le Conseil national de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes (CNOMK) a souhaité renouveler cette enquête "afin de mesurer l'évolution des conditions d'exercice et de la santé psychologique des kinésithérapeutes", quel que soit leur exercice.  

Confiée à la même équipe, "cette nouvelle étude, à laquelle ont répondu plus de 9 000 kinésithérapeutes libéraux et salariés [via des questionnaires, NDLR], dresse un état des lieux actualisé des facteurs de tension auxquels la profession est confrontée et de leurs conséquences sur le bien-être des professionnels". Les résultats, publiés jeudi 16 juillet, montrent "une progression de certains indicateurs de mal-être" par rapport à 2018.  

"Cette nouvelle étude est particulièrement préoccupante. Elle démontre les conséquences physiques et psychiques des dégradations continues des conditions de l’exercice libéral et salarié, malgré un fort engagement des professionnels", alerte la présidente de l'instance, Pascale Mathieu, dans un communiqué accompagnant les résultats de l'étude. "La santé mentale des MK est donc en déclin", résume ainsi l'étude. 

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Celle-ci fait état d'un "score moyen d'épuisement professionnel significativement supérieur à celui observé en 2018". Cet épuisement professionnel est caractérisé par "le sentiment d'être vidé nerveusement, de ne plus être motivé par son travail". Il est davantage ressenti par les femmes kinés que les hommes. Les jeunes apparaissent par ailleurs plus exposés au burn out que leurs aînés. 

Douze "stresseurs" – événements ou situations jugés plus ou moins menaçants – ont été identifiés par les auteurs de l'étude : "la charge de travail élevée", "l'agressivité des patients", "les incivilités", "les relations et communications problématiques avec des collègues extérieurs" (médecins par exemple), la "peur de mal faire son travail auprès du patient", "les difficultés financières" et les "revenus trop faibles", la "charge administrative" ou encore "les menaces de poursuite" (judiciarisation).  

Il existe par ailleurs des "corrélations entre ces facteurs de stress", mises en avant dans le rapport. Notamment, "la charge de travail est associée le plus fortement aux difficultés financières". Cela est d'autant plus vrai pour les kinés exerçant en libéral. L'étude montre en effet qu'une rémunération jugée faible pousse les kinés à travailler "souvent 50-60 heures par semaine" voire "70 heures" pour "maintenir un niveau de vie décent". Cela entraîne de fait un "épuisement et des risques de burn-out".  

"Le problème principal d'où découle presque tout le reste est la bien trop faible rémunération des séances ! Ce qui impose un rythme et une amplitude horaire inacceptable, pour avoir un revenu décent", témoigne un kiné. "La rémunération des actes est une honte avec un tarif moyen de 16 euros pour 30 minutes, ce qui pousse à faire beaucoup d'heures pour un revenu dérisoire, et cela impacte la qualité des soins", indique un autre.  

"Pour bien travailler et prendre tout en considération, il faut du temps et vu nos honoraires, nous vivons de moins en moins bien. Donc soit on a un cabinet usine pour gagner décemment sa vie, soit on croule sous les journées à rallonge pour une misère, source d'épuisement physique mais surtout moral", déplore un autre kiné ayant répondu au questionnaire.  

Cette insuffisance des revenus est davantage perçue par les femmes comparativement aux hommes. "Ces résultats concordent avec la plus faible amplitude horaire observées chez les femmes", note l'étude. De même, les jeunes apparaissent moins satisfaits. 

Cette "précarité financière" est également souvent associée "au débordement de la vie professionnelle sur la vie privée". "J'enchaîne les patients à un rythme infernal pour me sortir un salaire qui me permette de boucler les fins de mois. Je m'épuise pour payer mon loyer, mes charges et m'offrir une semaine de vacances en mobil home. Ma collègue qui sort de congé maternité n'a pas pris de vacances cet été car financièrement elle ne pouvait pas, elle est épuisée elle aussi. Le système nous broie", lit-on.  

"Je dissuade tous les jeunes que je rencontre de s'engager vers notre profession"

Comme ce kiné, de nombreux autres témoignent prendre peu de congés. "Je dissuade tous les jeunes que je rencontre de s'engager vers notre profession où l'on nous pousse tous les jours à soit mal travailler soit trop travailler pour espérer payer les factures et peut être 2 fois par an prendre une semaine de vacances", lance l'un d'eux, désabusé.  

Cette "stagnation" voire "baisse" de leur pouvoir d'achat est particulièrement mal vécue par les kinés sondés qui soulignent leur "investissement considérable en formation, en matériel et en temps consacré à leur pratique et à leurs patients". D'autant que "les demandes des patients débordent largement les compétences et le rôle inhérents à leur statut professionnel", poursuit l'étude, qui observe une "insatisfaction profonde et généralisée". 

"Il n'y a pas d’autres solutions que d'augmenter le prix de l'acte mais avec un encadrement très strict de contrôles pour éviter les abus. Cela empêcherait les cabinets usines et remettrait de la valorisation dans notre profession. Si les kinés ne se sentent pas bien c'est qu'ils sont dévalorisés autant par l'aspect financier que par l'aspect de reconnaissance, on ne peut faire du bon travail que si l'on est bien dans son propre travail", avance un kiné.  

"À ces contraintes structurelles s'ajoutent des relations avec les patients de plus en plus difficiles, marquées par les incivilités, le manque de reconnaissance et un sentiment d'injustice croissant, qui érodent la motivation et l'identité professionnelle", ajoute l'étude du Pr Truchot. Selon le CNOMK, les violences ont concerné près d'un kinésithérapeute libéral sur cinq et plus d'un salarié sur quatre au cours des six derniers mois précédant l'enquête. "Plus rares", les violences physiques "restent une réalité pour une partie de la profession". 

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