Musculation_Flamingo Images_Adobe Stock
Coloproctologie : des pathologies ou complications fréquentes mais souvent tues
Encore tabous, les atteintes et troubles anopérinéaux concernent pourtant bon nombre de patients, en particulier les sportifs qui, en
s’adonnant à une pratique intensive, n’échappent pas au risque.
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La pratique sportive est en plein essor et, avec elle, le risque de complications anopérinéales augmente. "Il ne faut donc pas hésiter à informer les sportifs, qui connaissent souvent le risque d’incontinence urinaire mais bien moins celui d’incontinence anale", a résumé le Dr Jean-Michel Didelot (service d’hépato-gastroentérologie et transplantation, CHU de Montpellier). Il faut donc insister auprès d’eux sur la prévention (renforcement, verrouillage périnéal…) et savoir reconnaître les profils et sports à risque.
Concernant le risque hémorroïdaire, les données de la littérature sont contradictoires : certaines décrivent un recours à la chirurgie hémorroïdaire plus fréquent chez les sportifs et une fréquence des problèmes hémorroïdaires croissante avec l’avancée en âge. D’autres écartent un lien entre sport et hémorroïdes, voire concluent à une réduction du risque de récidive chez ceux ayant des antécédents. Les recommandations françaises ou internationales sur la maladie n’évoquent pas le sport comme contre-indication. Aussi, "il n’y a pas de consensus sur le risque ou le bénéfice du sport dans ce domaine. On peut a minima mettre en garde contre les sports impliquant des efforts intenses, comme le bodybuilding...".
Incontinences
L’effet du sport sur le plancher pelvien dépend de l’impact et de la composante dynamique ou isométrique du sport pratiqué. Les complications anopérinéales pourraient s’expliquer par le renforcement du plancher pelvien et, progressivement, par une hypertrophie et un raccourcissement musculaires favorisant l’incontinence urinaire, anale et le prolapsus utérin. Elles pourraient aussi résulter d’un affaiblissement du plancher sous une pression intra-abdominale accrue secondaire au port de charges ou à une composante dynamique forte.
Plusieurs sports en vogue sont sur la sellette : la musculation notamment. Certaines études rapportent une prévalence de l’incontinence anale (principalement aux gaz) concernant jusqu’à 80 % des haltérophiles femmes et 62 % des hommes. D’autres rapportent aussi un risque d’incontinence urinaire et de prolapsus utérin.
La course à pied et le CrossFit, eux, mettent à mal le périnée, notamment lorsqu’ils sont pratiqués sur route. Des accidents d’incontinence ou de saignement anal sont rapportés dans les deux sexes à la suite de courses de longue distance. La pratique constituerait aussi un facteur de risque d’incontinence anale chez les femmes d’autant plus que l’intensité et l’impact du sport sont élevés. Cependant, certaines études limitent ce risque aux seules femmes non nullipares.
Enfin, le cyclisme, s’il est un sport à faible risque périnéal, comme la marche nordique, la randonnée, la natation, le golf, expose à d’autres risques : intertrigo, acné mécanique liée à la friction, induration nodulaire périnéale, bursite ischiatique. Chez certains pratiquants, il existe un risque de neuropathie pudendale et une ischémie à risque démyélinisant si l’épisode dure trop longtemps. Le choix de la selle peut aider à prévenir certaines de ces complications.
Escalade, rugby, équitation, gymnastique… Tous exposent à des risques qui sont parfois décrits dans la littérature, souvent associés à l’assiduité et l’intensité de la pratique. Restent les risques traumatiques, accidentels : les chutes à ski nautique et à jet-ski engendrent des complications parfois lourdes. Pour les premières, une rectosigmoïdite liée à une entrée brusque dans l’eau, dont les symptômes et les lésions sont généralement résolutifs. Pour les secondes, des traumatismes anorectaux et périnéaux importants et des séquelles fonctionnelles parfois définitives, qui ont conduit à imposer le port d'un équipement en néoprène lors de la pratique.
Les troubles coloproctologiques du sujet obèse
Il n’existe pas de lien clair entre l’obésité et la constipation, même si toutes deux partagent des facteurs communs. En revanche, 16 à 68 % des patients consultant pour chirurgie bariatrique seraient concernés par l’incontinence fécale, tandis qu’un tiers des sujets de cohortes souffrant d’incontinence fécale seraient des sujets obèses, suggérant un lien entre les deux.
Dans cette situation, "l’incontinence se manifeste plutôt par des impériosités liées à des selles liquides, découlant à la fois d’une pression abdominale accrue sur le périnée, à des troubles de la sensibilité rectale, du transit et parfois à des anomalies du sphincter anal interne", a résumé la Dre Charlène Brochard (service d’explorations fonctionnelles digestives, CHU de Rennes). Malheureusement, si les données de la littérature montrent que l’incontinence urinaire peut s’améliorer après chirurgie bariatrique, c’est moins souvent le cas pour l’incontinence anale. La procédure par bypass semble toutefois plus favorable que la sleeve gastrectomie. Le fait d’être une femme et d’avoir des selles consistantes favoriserait cette réversibilité. Mais la chirurgie bariatrique n’améliorerait pas, voire aggraverait, dans certains cas, la constipation.
Restent deux spécificités de la statique rectale fréquentes chez les sujets en situation d’obésité : le rectocèle et le prolapsus rectal. Là-dessus, les données sont peu nombreuses mais suggèrent une amélioration des symptômes associés.
Au sommaire :
- Premier épisode de rectite : Mici ou IST ?
- Hépatites B, delta, E : des nouveautés épidémiologiques et thérapeutiques
- Mici : individualiser les parcours
- Nausées, vomissements et douleurs abdominales : et si c’était le cannabis ?
- Helicobacter pylori : le traitement orienté pour éviter la résistance et la carcinogenèse
- Prévention du cancer colorectal : quelle place pour l’aspirine ?
Références :
Sources : Journées francophones d’hépato-gastroentérologie et d’oncologie digestive (Paris, 19 au 22 mars). D’après la session "Coloproctologie".
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