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Allergie à la pénicilline : une très forte surévaluation

L’allergie à la pénicilline prive chaque année des milliers de patients des antibiotiques les plus efficaces. En première ligne, les généralistes disposent pourtant des moyens de lever la majorité de ces étiquettes injustifiées.

08/01/2026 Par Michèle Reboul
Journées dermatologiques de Paris 2025 Dermatologie
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Entre 5 et 15 % des habitants des pays développés sont déclarés allergiques aux bêtalactamines. Pourtant, les données convergent : seulement 10 % d’entre eux présentent une véritable allergie (1,2). De son côté, le réseau national de dermato-allergologie Fisard, soutenu par la Société française de dermatologie (SFD), a mené un travail chez 541 adultes déclarés allergiques (sans signe de gravité) aux bêtalactamines depuis l’enfance (3). Résultat : 99,6 % ont été désétiquetés, confirmant qu’une allergie authentique est exceptionnelle dans les réactions non graves de l’enfant. Cette surévaluation, lourde de conséquences en termes de choix thérapeutiques et de résistance bactérienne, pourrait être en grande partie corrigée par les médecins généralistes, en première ligne pour vérifier ou lever cette étiquette.

Trois causes principales expliquent ces diagnostics erronés. "Chez le petit enfant, tout d’abord, un exanthème survenant sous pénicilline est souvent attribué à tort à une allergie. En réalité, dans le contexte d’une primo-infection virale, une éruption cutanée survient dans 10 % des cas sous antibiotique. Il s’agit d’une rupture transitoire de tolérance, non allergique", indique la Pre Annick Barbaud, cheffe du service de dermatologie et d’allergologie à l’hôpital Tenon, à Paris. 

Autre cas : chez l’adulte, les mycoses vaginales, diarrhées et nausées sont fréquentes sous antibiotiques, mais ne sont pas des manifestations allergiques. "Cette confusion aboutit à l’apposition durable d’étiquettes injustifiées. Enfin, certains patients affirment que de nombreuses personnes, dans leur famille, sont allergiques à la pénicilline. Cela ne doit pas conduire à interdire ces antibiotiques chez un patient qui n’y a jamais réagi", assure la Pre Barbaud.

L’interrogatoire en première ligne

L’étiquette "allergique à la pénicilline" peut tuer. De fait, être privé d’amoxicilline, d’Augmentin ou de céphalosporines peut conduire à des traitements moins efficaces, plus toxiques, favorisant l’antibiorésistance. "Dans les septicémies, les pneumonies sévères et les infections ostéo-articulaires, les bêtalactamines restent les antibiotiques les plus efficaces", confirme la Pre Barbaud. Dans ces conditions, comment vérifier si les patients sont allergiques ou non à la pénicilline ? "Le généraliste doit interroger le patient : clarifier le contexte dans lequel l’allergie a été notifiée (4). Était-ce lié à un problème digestif ? Était-ce un exanthème viral ? Y a-t-il eu d’autres prises depuis, tolérées ? Le simple interrogatoire permet de lever 60 à 70 % des étiquettes", souligne la Pre Barbaud.

Si le patient rapporte des signes compatibles avec une allergie (urticaire, œdème, malaise…), le généraliste doit lui faire préciser cette information : quels symptômes a-t-il eu ? Dans quel délai après la prise ? Y a-t-il eu de la fièvre, des muqueuses atteintes, une hospitalisation ? "Dans ces cas-là, le dossier doit alors être étudié avec attention pour confirmer ou infirmer le risque. Un exanthème isolé, sans fièvre, sans atteinte muqueuse, limité, survenu souvent en contexte viral ne nécessite pas de tests allergologiques. La bonne conduite est la réintroduction directe de la pénicilline, à l’hôpital, idéalement un mois après l’épisode initial."

Des tests allergiques en cas de signes graves

Si l’allergie remonte à l’enfance, le généraliste doit revoir l’histoire avec le pédiatre lorsque cela est possible. Dans la majorité des cas, l’allergie peut être levée après analyse de l’épisode initial. "Des tests allergologiques (prick-tests avec solutions de bêtalactamines, intradermoréactions ou patch-tests) doivent être effectués uniquement si le patient rapporte des signes graves : urticaire immédiate, œdème, bronchospasme ; choc anaphylactique ; exanthème étendu avec fièvre ; toxidermies sévères. Chez l’enfant, les tests doivent être réalisés rapidement après l’accident, dans un délai de quelques semaines. Si les tests sont négatifs, le patient doit recevoir une réintroduction contrôlée de l’antibiotique, en milieu hospitalier dans un premier temps, afin de confirmer l’absence de réaction. Une fois validée, l’étiquette “allergique” doit être définitivement retirée du dossier", insiste la Pre Barbaud.

Et si les tests sont positifs ? "Il est en réalité très rare d’être allergique à toutes les bêtalactamines. Les causes les plus fréquentes concernent l’amoxicilline et l’amoxicilline-acide clavulanique. Chez un patient avec ce type d’antécédent, il est raisonnable d’exclure toutes les pénicillines. En revanche, il est impératif d’éviter aussi les céphalosporines de première génération. Pour les autres céphalosporines, le risque de réaction croisée est faible. Mais pour un patient donné, ce risque est toujours soit nul, soit total. Le médecin généraliste, qui ne peut pas surveiller une éventuelle réaction sévère, ne doit pas les prescrire en ambulatoire. À l’hôpital, en revanche, il est possible de réadministrer ces céphalosporines dans un cadre sécurisé et trouver une solution alternative dans cette classe médicamenteuse très utile", conclut la Pre Barbaud. 

 

  1. Staicu ML, et al. Penicillin Allergy Delabeling. J Allergy Clin Immunol Pract 2020;8:2858-68.
  2. Romano A, et al. Diagnosis of β-lactam hypersensitivity: EAACI Position Paper. Allergy 2020;75:1300-15.
  3. Sapin J, et al. Étude Erdre : Réintroduction directe après réaction aux pénicillines chez l’enfant. Gerda, Lyon, 17 octobre 2025.
  4. Barbaud A, et al. EAACI/Enda Position Paper on Drug Provocation Testing. Allergy 2024;79:565-79.

 

Les autres articles de ce dossier :

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Références :

D’après la session des Journées dermatologiques de Paris "FMCO11, 'Docteur je suis allergique aux pénicillines' : comment s’en sortir face à cette étiquette encombrante ?" lors des Journées dermatologiques de Paris (2-6 décembre 2025), la conférence de presse de la SFD (19 novembre) et un entretien avec la Pre Annick Barbaud (hôpital Tenon, Paris).

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