"De gré ou de force, on lui arrachera" : les internes en grève pour faire plier Véran sur le temps de travail | egora.fr
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"De gré ou de force, on lui arrachera" : les internes en grève pour faire plier Véran sur le temps de travail

Aujourd’hui et demain, à l’appel de l’InterSyndicale nationale des internes (Isni), tous les internes en médecine de France sont invités à raccrocher leurs blouses dans l’optique d’obtenir enfin un décompte des heures de travail et que soit respectée la loi sur le temps de travail hebdomadaire. Une manifestation aura aussi lieu demain à 13 h à Paris au départ de l’hôpital la Pitié-Salpêtrière. Retour sur les éléments du conflit avec Gaetan Casanova, président de l’Intersyndicale.
 

“La demande est simple : uniquement - ni plus ni moins - faire respecter la loi. Jamais de ma vie je n’aurais pensé avoir une revendication aussi démentielle, devoir me battre comme un chien nuit et jour contre un ministre pour faire respecter la loi”, peste Gaetan Casanova, président de l’interSyndicale nationale des internes qui a appelé à la grève et à la manifestation ces 18 et 19 juin, pour obtenir le respect du temps de travail. Ce que dit la loi à ce sujet ? “Elle est claire comme de l’eau de roche”, commente-t-il : le temps de travail hebdomadaire maximum des internes en médecine, comme pour tout autre travailleur, est de 48 h, “et basta”.

Or on est loin de ce cadre légal aujourd’hui, car selon une enquête sur le temps de travail réalisée par l’Isni en 2020 - soit pré-crise du Covid-19, la situation n’a pas dû s’améliorer depuis -, la moyenne hebdomadaire serait en réalité de 58,4 h... Dans 7 spécialités, elle dépasserait les 80 h, comme en neurochirurgie. Et pourtant, lors d’une de ses allocutions durant l’épidémie, le président Emmanuel Macron a demandé un : “effort supplémentaire” “des soignants d’abord”. D’en faire plus. “Le problème, c’est qu’on n’est pas dans le ‘plus’, on est dans le ‘trop’”, tonne le syndicaliste. Pour lui alors, c’est la goutte d’eau, d’autant que la profession est confrontée à plusieurs suicides d’internes depuis le début de l’année. Il réfléchit à une mobilisation, centrée sur l’épuisement professionnel.

Cette question, c’est l’un des trois gros sujets monitorés par l’Isni, avec ceux du harcèlement et des violences et de la rigidité des cursus, dans le cadre de son mouvement #ProtegeTonInterne, lancé depuis mars pour sensibiliser au mal-être des internes. Pour le syndicat, “la première des violences, c’est celle du temps de travail”. Car travailler trop, “c’est transformer un hôpital qui soigne en hôpital qui tue”. Qui tue des soignants, via des burnouts, des accidents vasculaires cérébraux, des suicides, des accidents de la route…, liste l’Isni, études à l’appui. Mais aussi des patients, “en favorisant les erreurs médicales”. “En fin de garde, on n’arrive pas à faire des phrases sujet-verbe-complément. Comment imaginer qu’on puisse soigner correctement les patients ? La réalité c’est - les études le prouvent - que quand on est fatigué, “spoiler alert” : on fait des conneries, c’est-à-dire qu’on va éventuellement créer des complications et, parfois, dans des cas extrêmes, cela peut littéralement tuer des gens”.

 

“La volonté politique n’y est pas”

Afin de protéger la santé des soignants et des patients, l’Isni demande un décompte du temps de travail des internes en France. Car pour pouvoir respecter les 48 h hebdomadaires fixées par la loi, encore faut-il qu’il existe un moyen de contrôler. “Aujourd’hui, on est décomptés en demi-journées, sauf que les demi-journées ne sont pas bornées. Elles peuvent faire 4 h, 12 h… Chacun y va de son interprétation”, déplore le représentant syndical.

Problème : jusqu’à présent, le ministère est resté sourd aux arguments de l’intersyndicale à ce sujet, selon son président. Olivier Véran, pourtant ancien représentant de l’Isni, refuserait...

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