Les médecins généralistes auront-ils des docteurs juniors pour Noël 2026 ?
[DOSSIER ENJEUX 2026] En médecine générale, l'accueil prochain des 3700 docteurs juniors fait l'objet de vives inquiétudes. Alors que la première promotion est attendue dans les cabinets à l'automne 2026, les syndicats ne cessent d’alerter : pour l'instant, rien n’est prêt.
La quatrième année de l’internat de médecine générale, qui fait depuis des années l'objet d'âpres discussions théoriques au sein de la profession, est en train de virer au casse-tête pratico-pratique. Car les premiers docteurs juniors doivent arriver sur le terrain en novembre 2026… et les maîtres de stage doivent, d’ici là, avoir trouvé une organisation matérielle, administrative et financière leur permettant de les accueillir. Le problème, c'est qu’on ne connaît pas encore les règles qui s’appliqueront.
"C'est extrêmement alarmant", prévient Atika Bokhari, présidente de l’Intersyndicale nationale autonome représentative des internes en médecine générale (Isnar-IMG), qui pointe notamment le sujet du paiement des docteurs juniors. "On nous a d’abord proposé un modèle où le docteur junior garderait la part remboursée par les complémentaires pour lui, et où cette part serait déduite de ses émoluments de base réglés par le CHU, détaille-t-elle. C’est extrêmement tordu et précarisant."
Un autre modèle est désormais sur la table : le maître de stage garderait la part complémentaire et le docteur junior serait purement salarié. "On applique un modèle hospitalier à un mode d’exercice ambulatoire", critique Atika Bokhari, pour laquelle des garde-fous "non négociables" doivent absolument être introduits, notamment en termes de volume de consultation. Mais surtout, regrette la représentante des internes, pendant que les discussions portent sur le montage financier, "on ne parle pas du reste", qui n’est pas mieux défini. "Nous n'avons aucun texte sur la permanence des soins, sur la responsabilité, l’autonomie, la carte CPS ou encore l’appariement entre maître de stage et docteur junior…", énumère-t-elle.
Les maîtres de stage dans le brouillard
Et du côté des potentiels maîtres de stage, les choses ne sont pas beaucoup plus claires. "Les départements de médecine générale veulent que les docteurs juniors soient dans un lieu qui dépend directement d’un maître de stage présent, précise le Dr Richard Handschuh, conseiller à l’URPS médecins libéraux Île-de-France. Mais il y a des médecins qui veulent bien mettre à disposition des locaux sans vouloir pour autant être maîtres de stage et, inversement, des maîtres de stage qui n'ont pas les locaux nécessaires… Cela va forcément limiter le nombre d’accueillants." Par ailleurs, le généraliste, installé dans le 20e arrondissement parisien, a fait ses calculs. "Au niveau du financement, si on met toutes les aides bout à bout, la rentabilité pour l’accueillant n’est pas du tout satisfaisante, pointe-t-il. Dans le meilleur des cas, il va rembourser ses frais."
Les perspectives sont donc très sombres, et ce d’autant plus que les procédures choisies par le Gouvernement sont particulièrement lourdes. "Au lieu de passer par la voie réglementaire, comme c’est habituellement le cas pour ce genre de sujet, les dispositions sur les docteurs juniors sont dans la loi de financement de la Sécurité sociale", note Atika Bokhari, qui rappelle que pour modifier une loi, il faut une autre loi, ce qui allongera les délais. "Au lieu d’avoir 4000 docteurs juniors qui vont sortir en ville pour remplacer et s’installer, on en aura 4000 qui resteront à l’hôpital", prévient la présidente de l’Isnar-IMG, qui estime qu’on risque bien de n’avoir d’autre solution que d'organiser la quatrième année de l’internat au sein des établissements. Alors même que les docteurs juniors avaient été présentés par la communication gouvernementale notamment comme l’une des solutions aux déserts médicaux…
Une dérogation pour passer la thèse
Un poids en moins pour les futurs docteurs juniors de médecine générale. Un décret daté du 6 novembre prévoit une dérogation pour les trois premières promotions de la réforme. Ainsi, les étudiants ayant débuté leur internat à la rentrée 2023, 2024 ou 2025 pourront bénéficier d’un délai supplémentaire octroyé par le président de l’université sur proposition du directeur d’UFR, "lorsque l’université rencontre des difficultés matérielles d’organisation des soutenances de thèse en raison du nombre de préparationnaires". Ils pourront ainsi soutenir leur thèse "jusqu’à la fin de la phase de consolidation" (la 4e année du DES), et non avant la fin de la phase d’approfondissement (la 3e année). Ceux ayant débuté leur internat avant 2023 doivent soutenir leur thèse "au plus tard trois ans après la validation" de la phase d’approfondissement, soit dans les trois années ans qui suivent la fin de leur internat, rappelle-t-on. Dans un communiqué en date du 12 novembre, le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) salue une décision qui "prend en compte les difficultés d’encadrement des travaux de thèse rencontrées par les départements universitaires de médecine générale".
Au sommaire de ce dossier :
-Le DMP répondra-t-il (enfin) à ses promesses en 2026 ?
-Les ARS passeront-elles l'année ?
-Le lancement du Réseau France santé va-t-il relancer les négociations MSP et CPTS ?
-Logiciels utilisés par les médecins : le risque de cyberattaque ne faiblit pas
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