Lettre ouverte

"Je vous demande de me donner le choix de mourir accompagné quand je le déciderai"… La lettre ouverte d'un médecin "malade condamné"

Dans une lettre ouverte, écrite avec l'aide de son frère journaliste indépendant et collaborateur de Mediapart, le Dr Christophe Pauron, médecin urgentiste de 52 ans explique être atteint d'un cancer généralisé incurable. Il s'adresse aux parlementaires et leur demande de lui laisser le "choix de mourir accompagné" quand il le décidera.  

20/02/2026 Par Sandy Bonin
Fin de vie
Lettre ouverte

"J’ai 52 ans. J’ai une vie de famille qui m’épanouit. Il y a un peu plus de six mois, je faisais des heures à la toque [beaucoup d’heures – ndlr] à l’hôpital public, du sport, des travaux… Puis, des maux de tête, un scanner et la sanction est tombée, brutale : cancer généralisé, avec des atteintes cérébrales multiples importantes. J’ai su d’emblée sur quelle route je m’engageais. Paradoxe des pensées en situation de crise, je me suis senti soulagé de savoir que je ne ferais plus d’heures supplémentaires à outrance, et de gardes de nuit…", écrit le Dr Christophe Pauron dans une lettre ouverte adressée aux parlementaires et publiée par Mediapart.  

"Je pensais pouvoir maîtriser le timing final"

De sa chambre d'hôpital le médecin regarde une chaîne d'information et y apprend que les sénateurs ont rejeté la loi sur l’aide à mourir. "Je pensais avoir le luxe et la sérénité de pouvoir maîtriser le timing final. Mais, dans cette chambre d’hôpital, ce 22 janvier 2026, devant la télé, j’ai explosé", raconte-t-il dans son texte.

"Dès le départ, la question de ma fin de vie avait été discutée avec mon médecin traitant. Je lui avais exprimé mon souhait de décider quand demander l’assistance pour finir mon parcours. Je souhaite le faire tant que j’ai encore assez de lucidité pour exprimer mon trop-plein de souffrance, ou mon refus de la dégradation physique ou mentale qui ferait de moi un autre que ce que je suis. J’étais alors persuadé que j’aurais la main sur la qualité et la durée de mon "reste à vivre"", confie Christophe Pauron qui espérait "qu’un pays comme le nôtre, malgré son chaos politique, trouverait un consensus pour adopter cette loi préservant la dignité humaine de celui qui souffre".

"Cette liberté, destinée à quelques patients, comme moi, ayant une maladie incurable, douloureuse, à l’issue fatale, vous la refusez au nom de quel concept ?", interroge-t-il les sénateurs. "Je suis médecin. Mon métier m’a souvent conduit à danser avec la mort de mes patients. (…) J’ai eu un patient avec qui il a fallu construire ce chemin en un quart d’heure, sur un brancard, au milieu du service des urgences, avec sa femme et sa fille de 4 ans à ses côtés. Le diagnostic était terrifiant : une tumeur dans le cœur lui grignotait et lui bouchait ses valves. Ce qui lui laissait peu de temps pour dire les choses à sa famille. Je me rappelle sa dignité, notre discussion et cette promesse que je lui avais faite de le "soulager" quand le moment viendrait", se souvient le soignant malade.

"Messieurs les députés et sénateurs, je fais partie de ces personnes qui savent soulager, et qui savent accompagner. Je sais poser la question, les yeux dans les yeux, à ceux qui souffrent et qui sont à la fin de leur vie : « Voulez-vous dormir ? » Sous-entendu : « Et ne pas vous réveiller ? » Quand je pose cette question, on se comprend et on sait en parler. D’être humain à être humain. On sait qu’au bout du chemin il y a « la mort » ou, plutôt, un départ de ce monde pour nous emmener vers autre chose. Plusieurs fois, mes patients savaient, tout comme moi, qu’ils dormiraient définitivement après l’injection d’un produit sédatif, même à petite dose. Et c’est de l’apaisement que j’ai lu sur leur visage. Car ils étaient prêts. Leur chemin était fait'" écrit-il estimant faire désormais "partie de ces personnes à qui est destinée cette loi". 

"J’ai réussi à construire un chemin avec les miens sur lequel la vie est toujours aussi belle. Ce chemin, et même au-delà, c’est à nous de le construire, avec les soignants qui nous entourent et nous prennent en charge. Et il m’appartient de décider jusqu’où il est encore valable de le vivre", tranche-t-il.

"Il m’appartient de décider jusqu’où il est encore valable de vivre"

"Messieurs et mesdames les parlementaires, quel est ce manque de confiance envers nos métiers et nos compétences qui vous pousse à vider de toute substance cette loi qui ne fait que finaliser l’accès à la liberté (cadrée) de choisir ? (…) Messieurs et mesdames les parlementaires, après une convention citoyenne en 2023, alors qu’une très grande majorité des Français sont favorables à une loi sur l’aide à mourir et après de multiples concertations auprès des plus grands professionnels (également majoritairement favorables), en quoi votre mandat vous octroie-t-il, sur ce sujet, le droit de décider de ma fin sans prendre en considération mon souhait ?", s'indigne Christophe Pauron.

"En tant que médecin, je vais continuer à m’interroger sur vos motivations. En tant que patient en fin de vie, je suis inquiet en vous regardant débattre de la liberté de choix que vous m’accorderez. J’ai pour ma part la connaissance et la technicité pour faire le choix de « pousser » les produits sédatifs si je le décide. Mais je vous le demande : accordez ce choix à tous les autres citoyens et citoyennes", conclut-il. 

[Avec Mediapart.fr

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5 débatteurs en ligne5 en ligne
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Michel Rivoal
12,3 k points
Débatteur Passionné
Anesthésie-réanimation
il y a 1 mois
Je lis la lettre ouverte du Dr Christophe Pauron, médecin urgentiste, condamné par un cancer généralisé et qui mettait ses espoirs dans la loi Falorni sur le droit à être accompagné dans son choix sur la fin de sa vie. J'ai donné mon avis ailleurs alors qu'il me semblait que les réponses n'étaient pas ouvertes ici Cette lettre est pleine de dignité mais aussi d'une certaine amertume envers les parlementaires qui font obstacle à cette proposition de loi "Falorni" complément de la loi Claeys-Léonetti. Je souhaite que cette loi passe le plus vite possible dans des termes qui n'altèrent pas la convention citoyenne et l'esprit qu'en avait gardé la première mouture de l'assemblée nationale. Je souhaite, comme pour beaucoup de malades semblables, qu'il puisse exercer son choix et obtenir l'aide qu'il mérite pour profiter de ses dernières semaines ou derniers mois sereinement avec ses proches comme il l'avait projeté. Je souhaite qu'on en termine avec les déformations des intentions, le remplacement des mots, l'opposition des soins palliatifs et de l'aide à mourir. Avec toute mon admiration et ma solidarité!
 
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