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"J'ai vu des gens faire les poubelles" : des étudiants en médecine témoignent après les accusations de triche aux Ecos

Plus d'une semaine après la diffusion d'une lettre anonyme dénonçant de la triche lors des derniers Ecos, les témoignages d'étudiants continuent d'affluer sur les réseaux sociaux. Au-delà des fuites, les carabins pointent de nombreuses iniquités dans l'organisation de ces épreuves et demandent des réponses. Certains se sont même tournés vers la justice. 

23/09/2026 Par Chloé Subileau
Ecos Externat Internat
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"L'année dernière déjà, il y a des gens qui ont eu des sujets à l'avance. Ce sont des amis qui me l'ont dit", assure Lina*. Comme plus de 10 000 autres carabins, elle a passé les Examens cliniques objectifs et structurés (Ecos) en juin. Plus d'une semaine après la diffusion d'une lettre anonyme dénonçant des irrégularités et fraudes lors de ces épreuves orales, l'étudiante l'assure : ces accusations sont "très plausibles". "Ce n'est pas tiré par les cheveux", estime la future gynécologue. 

Le courrier, largement relayé sur les réseaux sociaux, dépeint pourtant des faits graves lors de ces épreuves, durant lesquelles les apprentis médecins sont évalués sur dix mises en situation – appelées stations. L'auteur de ce document, qui se présente comme un étudiant en médecine, pointe notamment des comportements "particulièrement inadaptés" d'examinateurs (sur leur téléphone, posant des questions pour orienter les étudiants…) ou des informations erronées données par des patients ou professionnels de santé standardisés. Surtout, il déplore l'existence d'un groupe Telegram** sur lequel aurait été diffusé des "sujets" et "indices" en amont des épreuves. 

Avant la diffusion de cette lettre, Lina n'avait jamais entendu parler ce groupe. L'étudiante, qui a réussi à obtenir la spécialité dont elle rêvait, affirme toutefois avoir été témoin d'irrégularités durant la préparation des Ecos. Alors qu'elle s'entraînait avec d'autres camarades dans les locaux de son université, l'apprentie médecin est passée devant une salle où était placardée sur la porte l'inscription "Réunion – formation Ecos". "C'était une réunion avec les grandes têtes qui dirigent les Ecos", avance l'étudiante parisienne. A l'issue de ce rendez-vous, "la salle est restée ouverte le temps que les services de nettoyage passent" et "des gros sacs poubelles traînaient" avec des documents de travail. "Est-ce qu'il y avait des sujets ou des grilles [de correction, NDLR] dedans ? Je ne sais pas, je n'ai pas été faire les poubelles. Mais des gens l'ont fait", soutient Lina. 

Autre irrégularité soulevée par l'étudiante : la formation de patients ou professionnels standardisés – qui participent à certaines stations – dans les mêmes locaux où révisent les étudiants. "J'ai eu des échos selon lesquels des patients standardisés étaient en train de s'entraîner dans des salles du campus", rapporte la jeune femme, qui n'était pas présente ce jour-là. "Soyons un peu cohérents, vous avez des étudiants qui sont stressés, qui vont passer une épreuve qui vaut pour un tiers de leur classement final*** et qui voient une grande porte dans un édifice un petit peu vétuste – où les portes ne sont pas insonorisées – où il y a marqué 'répétition Ecos, ne pas déranger' dessus. Est-ce que vous tendriez l'oreille ?", lance-t-elle. "A partir de là, c'est une course aux fuites", insiste l'apprentie gynécologue, pour qui cette situation n'est "pas normale". "Ça constitue déjà une rupture d'équité." 

Des fuites dans les amphithéâtres

A Bordeaux, Manon n'avait pas eu vent de fuites avant de passer les Ecos. Le premier jour de ces épreuves pourtant, alors qu'elle attend dans l'amphithéâtre de rétention "quelqu'un crie : 'Demain, on tombera sur la pemphigoïde bulleuse'". "Je ne savais pas de la bouche de qui ça sortait" et "pour moi, il n'y avait aucune raison [que nous tombions sur cette station plus que sur une autre]", explique l'étudiante qui passait les Ecos pour la deuxième fois, après les avoir invalidés en 2025. "C'est quand même très particulier comme sujet, ce n'est pas forcément ce qui nous vient en premier quand on se demande sur quelles stations on va tomber."

Pourtant le lendemain, comme tous les autres étudiants en sixième année, c'est bien sur ce sujet qu'elle est interrogée. "Je me suis dit que ce n'était pas possible. Comme j'ai eu peur de me tromper, je n'ai rien dit", raconte la future psychiatre, qui assure que des publications d'étudiants évoquant de possibles fuites ont été postées sur Facebook bien avant la diffusion de la lettre. Parmi ces témoignages, le commentaire anonyme d'un étudiant affirmant qu'une personne en charge des Ecos dans une faculté aurait donné des conseils aux carabins réunis dans un amphithéâtre avant qu'ils ne passent ces épreuves. 

Face à ces soupçons, des étudiants ont décidé de saisir la justice. Parmi eux, Sacha*, qui a perdu entre 1500 et 2000 places suite aux Ecos. "Je m'attendais soit à me maintenir, soit à gagner un peu de places, mais pas à en perdre trop", se souvient-il. 

S'il s'est d'abord "remis en question", l'étudiant cherche à comprendre ses résultats. Il se tourne alors vers le Centre national de gestion (CNG), qui organise ces examens, pour obtenir ses grilles de notation ; il n'obtient pas de réponse. Le carabin contacte donc sa faculté, qui ne peut lui fournir ces documents faute d'accord du CNG. "Je me suis retrouvé un peu dans l'incompréhension", se rappelle l'étudiant, qui visait une spécialité "assez demandée". 

"On s'est dit qu'il y avait un problème"

"J'ai regardé les différents commentaires" publiés sur Facebook après la diffusion des résultats, poursuit Sacha. Il tombe alors sur un commentaire parlant d'une "lettre un peu troublante" et réussi, avec un petit groupe d'étudiants, à en obtenir une copie en juillet. Ce courrier est celui qui, quelques semaines plus tard, mettra le feu aux poudres sur les réseaux sociaux. "On s'est dit qu'il y avait un problème" avec, au-delà des accusations de tricherie, "des disparités assez folles" entre les facultés, détaille Sacha.  

La petite dizaine d'étudiants se rapprochent donc d'un avocat – qui leur conseille de ne pas rendre publique la lettre, dont ils ne connaissent pas l'auteur - et engagent un recours en référé-suspension auprès du tribunal de Cergy-Pontoise. Le petit groupe réunit alors de nombreux témoignages pointant "des disparités, selon nous, très graves entre les facultés", insiste Sacha. "Par exemple, il y a des facs qui donnaient accès aux supports de révision pendant l'attente avant de passer les stations, et d'autres qui ne le permettaient pas […]  On a aussi des attestations d'étudiants qui nous disent qu'ils pouvaient croiser des personnes qui sortaient de leur station alors qu'eux allaient aux toilettes", développe-t-il. Leur recours est finalement rejeté le 28 août, le juge estimant que la condition d'urgence n'est pas remplie. Les étudiants décident d'en engager un second, lui aussi balayé par le juge le 10 septembre

Le groupe de carabins prend alors la décision d'arrêter. "Ça commençait à devenir trop pour nous sur le plan financier", avoue Sacha. Surtout qu'à cette date, la procédure d'appariement des néo-internes venait de prendre fin. "On avait une affectation et on a commencé un peu à fatiguer, ça nous a pris beaucoup d'énergie." Le futur interne a finalement obtenu la spécialité dont il rêvait mais "pas dans la ville qu'[il] souhaitai[t]". "Je suis plutôt chanceux", reconnaît-il.

Depuis, d'autres étudiants ont décidé de saisir la justice. Une plainte contre X a en effet été déposée auprès du parquet de Paris suite à la diffusion mi-septembre de la lettre sur Facebook, via un post anonyme. Pour l'heure, six plaignants s'y sont associés. 

Manon, qui avait eu vent de l'existence d'un tel courrier, n'a "pas été surprise" lorsqu'il a été rendu public : "Je me suis dit : 'enfin ça bouge, il y a quelque chose qui se passe'." Si elle le trouve "particulièrement mal écrit", elle croit les accusations qui y sont écrites. "Je ne vois pas comment on peut douter que ce soit facile de sortir des sujets, il y a sûrement des centaines de personnes qui les ont avant les épreuves", avance Manon, qui pense notamment aux patients standardisés, aux PU-PH, aux chefs de clinique, aux doyens… 

En voyant la lettre, Lina, elle, a d'abord été "contente". "Je me suis dit que c'était un pas de plus pour garantir des modalités d'examen plus justes. J'étais contente que ça prenne les proportions que ça a pris", confesse l'étudiante. "J'étais aussi dégoutée, nuance-t-elle, parce que les 400 places que j'ai perdues [après les Ecos] dans le groupe de spécialités que je visais m'ont coûté la ville où je voulais être […] Forcément, il y a une petite voix dans ma tête qui me dit : 'Et si ces 400 places, c'était un effet domino de 50 personnes qui ont triché ?'"

Une mission qui arrive "trop tard"

Pour elle, comme pour Manon, la réponse apportée par le CNG après la diffusion de la lettre n'est pas entendable. L'instance affirme en effet qu'aucune "fraude caractérisée" n'a pour l'heure été mise en évidence. Elle se base notamment sur l'absence de "progressions anormales" d'étudiants dans les classements entre les EDN et les Ecos sur les trois dernières années. "On peut très bien tricher juste pour maintenir son rang. Gagner 6 000 places, ce n'est pas [forcément] le but de beaucoup d'étudiants", répond notamment Manon. "Ils se retrouvent à faire trois calculs de pourcentage et à dire : 'On a vérifié, les accusations sont fausses'", s'agace Sacha, pour qui un audit du CNG est nécessaire.

Si une mission flash a été lancée par le Gouvernement pour faire la lumière sur cette affaire, ses conclusions sont attendues le 15 octobre. "Trop tard" pour les carabins de la dernière promotion. "Les affectations sont données, les gens commencent à chercher des appartements, à s'inscrire à la fac…", souffle Sacha. L'étudiant pense aussi aux candidats qui doivent passer les EDN, épreuves écrites, en octobre : "Ils doivent être très perturbés par cette histoire" "Je pense que si, à un mois des EDN, une telle déflagration avait eu lieu au sujet de mes études, ça m'aurait fait remettre beaucoup de choses en question", acquiesce Lina. 

Face aux craintes d'iniquité et de fraude, certains étudiants appellent donc à rendre les Ecos uniquement validants et non plus classants. Une position soutenue par l'Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf). Manon, elle, plaide pour une suspension des Ecos jusqu'à trouver un système "plus pertinent". 

*Prénom d'emprunt.

**Application de messagerie instantanée sécurisée.

***Les Ecos comptent pour 30% dans la note finale pour classer les étudiants, les EDN pour 60% et le parcours de l'étudiant pour 10%. 

Les oraux ont-ils leur place dans les examens de médecine ?

Suzanne 42

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Les oraux CLASSANTS n'ont pas leur place à mon avis car, si imparfaites que puissent être les épreuves écrites, celles-ci demeuren... Lire plus

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