@Conférence des doyennes et doyens de médecine
"On n'a pas de preuve de fuite" : la cheffe de file des doyens réagit aux accusations de triche aux Ecos
La Pre Isabelle Laffont, présidente de la Conférence des doyennes et des doyens de médecine, assure qu'il n'y a pour l'heure "aucune preuve" après la diffusion d'une lettre anonyme dénonçant des irrégularités et de la triche lors des derniers Ecos, en juin. L'universitaire indique travailler avec les ministères de la Santé et de l'Enseignement supérieur, ainsi que le Centre national de gestion (CNG), pour faire la lumière sur ces accusations. Interview.
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Egora : Les faits de triche avancés dans cette lettre anonyme, écrite par une personne se présentant comme étudiant en médecine, sont-ils avérés ?
Pre Isabelle Laffont : Il n'y a aucune preuve que les allégations de cet étudiant ou de cette étudiante soient vraies, il n'amène pas de preuve. Les documents qui sont transmis [en annexe de la lettre, NDLR], en particulier les grilles d'évaluation, sont en fait les documents qui sont remis aux examinateurs au moment du début des épreuves, donc le matin de la première demi-journée. Ce ne sont pas des documents qui ont été diffusés en amont du moment où ils ont été édités, c'est-à-dire le mardi [2 juin] au matin à 6h45.
Les étudiants ne sont pourtant pas censés avoir ces documents à disposition, même après les épreuves ?
Tout à fait, ils ne sont pas censés les avoir. Toutes les personnes qui ont eu accès à ces documents ont signé un engagement de confidentialité. Il est possible que des étudiants aient accédé à ces documents, mais pour nous c'est nécessairement après les épreuves. Ça ne peut pas être avant le début des épreuves, parce que cette forme là n'existe pas : les documents ne sont pas édités avant, je crois, 6h45 le matin. Ça c'est le premier point.
Le deuxième point, c'est que dans ce courrier est mis en avant des reclassements d'étudiants et d'étudiantes de 4 000, 5 000 ou 6 000 places. Un communiqué de presse du CNG [Centre national de gestion, en charge de l'organisation des Ecos] qui a été publié hier exprime bien, parce qu'ils ont réanalysé les résultats des Ecos 2026, que 98 % des étudiants et des étudiantes sont reclassés à moins de 2 000 places de différence entre les épreuves écrites seules et les épreuves écrites plus les Ecos. Il y en a très peu qui gagnent plus que 2 000 places. Il y a quelques cas qui ont gagné jusqu'à 3 000-3 500 places, mais pas du tout 5 000 ou 6 000 comme c'est dit dans le courrier. Ça pour le coup c'est une allégation qui ne résiste pas à l'analyse du CNG.
L'enquête qu'il faudrait faire est du ressort des ministères
Du côté de la Conférence, pensez-vous engager une enquête ?
Pour l'instant, nous on est très préoccupés par l'inquiétude étudiante qu'a généré la publication de cette lettre, par le fait qu'elle ait été largement relayée sur les réseaux sociaux alors qu'on n'a aucune preuve de la véracité de leurs dires. Après, l'enquête qu'il faudrait faire est du ressort des ministères [de la Santé et de l'Enseignement supérieur]. Nous, on a des examinateurs qui ont signé un engagement de confidentialité, on a des patients standardisés qui ont également signé un engagement de confidentialité. Donc s'il y a eu, à un moment, une diffusion des grilles – pas en amont mais après les épreuves – c'est très difficile de savoir où ça s'est passé.
C'est comme cela qu'on a travaillé avec les deux ministères. J'ai eu connaissance de ce courrier déjà au début du mois de juillet. On avait eu une première version. J'avais déjà alerté les deux ministères et le CNG. On a à nouveau retravaillé avec les ministères hier, qui sont en train de demander une analyse de la situation à leurs services administratifs.
Cette lettre, et les vives réactions qu'elle suscite, amènent à se poser de nouveau des questions sur des grilles de notation. Les étudiants ne devraient-ils pas y avoir accès après les Ecos ?
La grille de notation est un support écrit qui est donné aux examinateurs pour que tous évaluent la même chose dans la prestation des étudiants et des étudiantes. Ce n'est pas un document où il y a des éléments de correction qui pourraient être utiles pédagogiquement aux étudiants, ce sont juste les choix qui ont été faits dans l'analyse de la prestation des étudiants. C'est un aide-mémoire des examinateurs.
Existe-t-il d'autres documents de correction qui pourraient être éventuellement transmis aux étudiants qui ne comprendraient pas leur notation pour qu'ils puissent s'y référer ?
Par rapport à leur propre prestation, non. Par contre, d'une façon globale à visée pédagogique, après ça dépend des UFR – c'est dans les facs que ça se passe –, il y a très souvent des séances pédagogiques de débriefing pour revenir sur le cas, redonner des réponses aux étudiants s'ils n'ont pas bien compris le cas ou qu'ils n'ont pas l'impression d'avoir eu une prestation de qualité. Il n'y a pas, individuellement pour chaque étudiant, un retour sur là où il a perdu des points. Ce serait très compliqué à mettre en place.
La Conférence a déjà exprimé son souhait de réviser les Ecos, en les simplifiant notamment. Quelle est votre position sur la demande de certains étudiants, dont l'Anemf*, de rendre ces épreuves uniquement validantes et non plus classantes ?
Nous, on a une position qui est adaptable, c'est-à-dire que ce sont des discussions que l'on a déjà eues avec eux et entre nous également. Les Ecos classants, c'est dans la loi. C'est un des articles du Code de l'éducation. Donc pour les changer, c'est compliqué. On n'avait pas le choix en fait au début.
Après qu'on ait une réflexion sur les évolutions des Ecos sur les années à venir, c'est quelque chose qui est très ouvert. On considère que les Ecos ont permis quand même d'évaluer nos étudiants sur les compétences et plus uniquement sur des connaissances avec des systèmes de QCM. On trouve que c'est quand même une évolution très favorable tant sur le plan pédagogique que docimologique en termes d'évaluation. Après faire évoluer cette réforme, c'est tout à fait possible. Les discussions sont déjà en cours. Ce sont des sujets que l'on aborde régulièrement en comité de suivi, et sur lesquels il y a des discussions dans les facs.
On peut travailler plus tard à les faire évoluer bien sûr, mais là le sujet de fond, ce n'est pas ça. La vraie question de cette lettre c'est la suspicion de fraude qui est très préoccupante.
Alors que les réactions fusent ces derniers jours sur les réseaux sociaux, que voulez-vous dire aux étudiants en médecine aujourd'hui ?
Nous, ce qu'on dit c'est que l'on n'a pas de preuve que des fuites aient permis à des étudiants de gagner des points dans les classements. On n'a pas de preuve, et l'analyse du CNG est quand même très importante. Une fois de plus, ils ont traité les résultats des Ecos, ils ont regardé le nombre d'étudiants et d'étudiantes qui ont gagné des places par rapport à l'épreuve du mois d'octobre. Et le nombre d'étudiants qui ont gagné des places et le nombre de places qu'ils ont gagnés est le même que sur les Ecos de 2025 et de 2024.
Interrogé par Egora, le cabinet du ministère de la Santé n'a pour l'heure pas confirmé avoir ouvert une enquête sur d'éventuelles fraudes lors des Ecos 2026.
*Association nationale des étudiants en médecine de France
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