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Scandale des Ecos : un examinateur prend la parole pour dénoncer un système opaque et "maltraitant"
[TRIBUNE] Quelques jours après la diffusion d'une lettre anonyme dénonçant de graves irrégularités et soupçons de fraudes lors des derniers Ecos, le Pr Emmanuel Chazard, examinateur, pointe le "système maltraitant" et l''opacité" qui règnent autour de ces épreuves orales. "Faire souffrir nos étudiants pour en faire des médecins plus humains, il fallait y penser !", lance le PU-PH en santé publique à l'université de Lille, dans une tribune qu'Egora publie.
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A cette heure, nous ne savons pas encore si l’actuelle polémique autour des Ecos est fondée ou non. Cependant, l’intensité des déchaînements autour du sujet est la conséquence directe des nombreuses inquiétudes, déceptions, frustrations, et questions laissées sans réponse. Cette polémique nous donne enfin l’occasion d’ouvrir le débat sur les Ecos nationaux.
Une modalité inadaptée pour un classement national
La simulation en santé est une bonne modalité de formation. Les Ecos, examens cliniques objectifs et structurés, cherchent à utiliser le même principe pour évaluer les étudiants. Cela s’entend, sous réserve que l’étudiant et l’examinateur puissent interagir, comme dans un oral classique, ce qui n’est pas le cas. Cependant, alors que la marge d’erreur de notation avoisine les 20 %, on comprend mal que les Ecos soient utilisés pour classer nationalement une dizaine de milliers d’étudiants.
Un coût humain et financier inacceptable
La mise en œuvre des Ecos locaux et nationaux était un défi, et il faut bien sûr souligner l’implication de milliers d’enseignants-chercheurs et membres du personnel administratif. Cette organisation a un coût financier maintenu secret. On peut l’estimer à vraisemblablement 10 millions d’euros de dotation annuelle supplémentaire, et presque autant par réallocation de ressources propres, au détriment de l’enseignement et la recherche. S’y ajoute le gaspillage en tablettes informatiques, probablement 10 millions d'euros d’investissement et 2 millions d'euros de maintenance et renouvellement annuels. Si cette estimation est fausse, elle aura peut-être le mérite de pousser les responsables à plus de transparence envers les contribuables.
Mais le pire est sans doute le coût humain. En plus de désorganiser les deux premiers cycles (les Ecos et la réforme Pass-LAS ont entraîné une compaction du programme de 6 ans à 4,5 ans), les Ecos contribuent à un système maltraitant pour nos étudiants : amphithéâtres de rétention, franchissement de portes comme en prison, interdiction d’échanger avec les examinateurs, opacité inacceptable, suspicion de fraude… Faire souffrir nos étudiants pour en faire des médecins plus humains, il fallait y penser ! Enfin, les membres du personnel administratif des facultés de médecine, ceux dont on ne parle jamais, souffrent un peu plus à chaque réforme.
Une entorse à la tradition de transparence des universités
Bien que les Ecos relèvent d’un processus universitaire, leur organisation revient au CNG, organisme de gestion des ressources humaines des hôpitaux publics. Les traditions universitaires de transparence sont bafouées : on ne sait pas qui prépare les sujets, qui les contrôle, la grille de correction et le barème restent secrets même après l’examen, la procédure d’harmonisation par le jury national est secrète, ainsi que les notes individuelles par station d’Ecos, et la manière dont les notes de station sont pondérées pour aboutir à une note par groupe de spécialités. Aucune évaluation n’est publiée.
Pour éviter toute contestation, les enseignants-chercheurs, qui ne peuvent se soustraire à l’injonction d’être examinateurs, doivent obligatoirement signer un accord de confidentialité totale [1]. Cet accord est contraire aux traditions universitaires, et incompatible avec le climat de confiance qui serait indispensable pour un classement national. Il permet de bâillonner une majorité d’enseignants pourtant révoltés par le procédé.
Un concours national d’accès au troisième cycle dépassé
Le poids de la tradition et le fatalisme nous éloignent pourtant de la question essentielle : pourquoi encore organiser un concours national ? Ce concours était utile du temps où les spécialistes étaient minoritaires, et où l’offre de formation était incomplète sur le territoire. Désormais, tous les externes deviendront internes de spécialité, et les spécialités sont représentées sur tout le territoire.
La perspective d’une mobilité forcée contribue au mal-être des étudiants et à la tension autour des EDN et des Ecos. Inhumaine pour les couples et les jeunes familles, cette mobilité forcée contribue directement aux déserts médicaux, par des mécanismes bien connus. Les jeunes médecins, isolés socialement, se mettent en couple avec d’autres médecins. Une fois parents, n’ayant plus de famille pour faire face aux contraintes de garde d’enfants et de conduite, l’un d’eux doit travailler moins. En outre, les médecins éloignés de force de leur région de naissance restent dans la métropole régionale, et ne peuplent plus les territoires périphériques, contrairement aux médecins restés dans leur région d’origine. Enfin, les médecins envoyés de force en zone peu attractive retournent souvent dans leur région d’origine, tandis que les médecins issus de zones peu attractives restent plus dans leur nouvelle affectation.
Il est temps de supprimer toute procédure nationale d’accès au troisième cycle, et de laisser les facultés organiser, en toute transparence, l’affectation des étudiants aux spécialités de leur choix, localement. En contrepartie, la mobilité géographique doit être facilitée pour les étudiants qui le souhaitent, sans jamais devenir une obligation. D’autre part, il faudrait permettre aux médecins en exercice de compléter leur formation pour acquérir, s’ils le souhaitent, une ou des spécialités supplémentaires. Cela permettrait de fluidifier l’adaptation de l’offre de soins aux besoins de la population, en suivant des règles de marché et non le fantasme de la régulation politique. En plus d’être demandée par le Conseil de l’Ordre des médecins, cette mesure allègerait considérablement la pression ressentie par les étudiants à l’abord du troisième cycle.
Aimer nos étudiants et faire confiance aux facultés
Une fois de plus, l’autoritarisme, le centralisme et le mépris envers les étudiants et les facultés montrent leurs limites. Cette crise des Ecos doit nous permettre de retrouver l’essentiel : former nos étudiants avec bienveillance, évaluer les dispositifs de formation et d’évaluation, et faire confiance aux facultés, à leurs enseignants-chercheurs et à leur personnel administratif. Mais avant toute chose, aimer nos étudiants.
[1] L’auteur a refusé de signer ce contrat, ce qui lui permet de s’exprimer
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