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"Ils m'ont pourri ma carrière" : pourquoi les médecins d'Egora veulent en finir avec les ARS

Plébiscitée par la droite, la suppression des agences régionales de santé, bras armé du ministère sur les territoires, trouve grâce aux yeux des médecins lecteurs d'Egora, qui ont voté à 89% en faveur de cette mesure.

15/05/2026 Par Aveline Marques
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Après avoir un temps envisagé de supprimer les ARS, pour transférer leurs missions aux départements et aux préfets, le Gouvernement semble finalement se diriger vers une simple "réforme". Mais ces agences, créées en 2010 par la loi HPST de Roselyne Bachelot, ne sont pas tirées d'affaire pour autant : une proposition de loi LR a en effet été déposée fin avril par les députés du groupe Les Républicains pour supprimer les ARS. La mesure est également soutenue, à droite, par le candidat libéral à la présidentielle David Lisnard ou encore par le Rassemblement national.

 

Et ce ne sont pas les médecins lecteurs d'Egora qui prendront leur défense, si l'on en croit les résultats de notre débat : à la question "faut-il supprimer les ARS?", 89% des 476 votants ont répondu "oui". C'est même "3 fois oui" pour Patrick G., médecin généraliste, qui fustige "des organismes inutiles, inefficaces et coûteux", qui "ne connaissent rien de l'exercice de notre métier auprès des patients" et sont, de surcroît, "nocifs pour la bonne marche de la pratique médicale de terrain". "On l'a vu pour le Covid", lance-t-il.

"Gestion calamiteuse du Covid"

"Les médecins, je pense, n'oublieront pas la gestion calamiteuse de la crise Covid et cette impression d'avoir été mis 'hors soins'", souligne son confrère, Jean-François H.

Pour les médecins libéraux, les ARS représentent surtout l'incarnation de la "technocratie", d'une "emprise de plus en plus administrative sur les soignants, en particulier dans le secteur public avec la destruction de certains secteurs", comme la psychiatrie, relève encore Jean-François H. "C'est pour fermer des lits ou des structures de soins qu'elles existent, renchérit "Avocat du diable". Un parapluie pour le ministère de la Santé dans sa politique de réaménagement de l'offre soins dont on ne sait où elle nous conduira."

"Ils m'ont pourri ma carrière hospitalière"

"Personnellement, ils m'ont pourri ma carrière hospitalière, leur reproche Marie G., gériatre, qui regrette la fermeture, en 2009, de l'hôpital de jour géronto-psychiatrique de Manosque. "Nous avons été obligés de placer en maison de retraite des patients isolés qui s'y sont résignés mais qui ne l'acceptaient pas. Deux patients ont mis fin à leurs jours... les familles ont stoppé le maintien à domicile et ont placé leur parents faute de mieux...", déplore cette lectrice.

Pour d'autres, la suppression des ARS est l'opportunité de réallouer leurs ressources au "terrain". Les personnels de ces agences pourraient "venir prêter main forte dans les maisons médicales, aux urgences, chez les dentistes, en pédopsychiatrie ou autres secteurs médicaux où il n'y a plus personne pour répondre au téléphone, ou préparer les dossiers", suggère Lori 42, neurologue.

Rares sont les lecteurs, donc, qui s'élèvent contre la suppression des ARS : seuls 7% des votants ont répondu "non", tandis que 4% ne se prononcent pas. La nature a horreur du vide, signalent ces égoranautes. "Quel interlocuteur à la place ? Le préfet ? Il n’a pas connaissance des enjeux de santé publique ni des coûts réels des soins. Le ministère ? Il abriterait les personnels des ARS", relève Valérie B., médecin. Supprimer les ARS "serait une erreur politique", pour Jean-Michel L., défendant des structures administratives "de proximité".

"Bien sûr, il faut une organisation de la médecine en France", concède Jean-François H. "Mais elle doit être fondamentalement repensée. Aux médecins de créer les paroles et la musique; à l'administrations de faire l'orchestration. N'inversons pas les rôles."

 
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