@Lulu Berlu/ Stock.adobe.com
Petites maternités : une ARS veut réquisitionner les médecins pour "jouer les bouche-trous" dans la région
Les sociétés savantes de périnatalité alertent, dans un communiqué diffusé lundi 20 avril, sur le projet de l'ARS de Nouvelle-Aquitaine de procéder à des réquisitions "supra-territoriales". Gynécologues obstétriciens et pédiatres pourraient être contraints dès cet été d'effectuer des gardes dans un autre département que le leur.
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Article mis à jour le mardi 21 avril à 15h50 : ajout de la réaction de l'ARS
Réquisitionner les obstétriciens et les pédiatres pour combler les lignes de garde et d'astreinte déficitaires dans n'importe laquelle des 42 maternités de la région : c'est, en dernier recours, ce que prévoit l'ARS de Nouvelle-Aquitaine, sur la base du décret du 3 février 2025 relatif à la permanence des soins en établissement de santé. Ce projet, présenté début mars pour une application "dès cet été", affole les professionnels du secteur, qui redoutent une généralisation à l'ensemble du territoire national si d'autres ARS venaient à "dupliquer" la mesure.
"Répercussions désastreuses" sur les ressources humaines
Pour les sociétés savantes, enjoindre aux médecins des "établissements qui tiennent encore debout de jouer les “bouche-trous”", risque de les mettre "à leur tour en grave tension". "Sous couvert d’éviter la fermeture temporaire ou définitive de maternités, cette mesure va précipiter la dégradation de la sécurité des soins pour les mères et les nouveau-nés", alertent-elles dans le communiqué. "Celle-ci sera moins bien assurée dans les établissements sujets aux réquisitions, qui verront leurs équipes amputées, mais elle sera également dégradée dans les maternités qui recevront les médecins réquisitionnés", car "faire travailler un pédiatre ou un obstétricien au sein d’équipes qu’il ne connaît pas et qui fonctionnent avec des protocoles qu’il ne maîtrise pas expose mécaniquement à une altération de la qualité des prises en charge".
Alors les services de maternité et de néonatologie traversent une crise sans précédent, ces réquisitions "supra-territoriales" auront des "répercussions désastreuses" sur les ressources humaines, préviennent les sociétés savantes : "surcharge" de travail des obstétriciens et pédiatres dont la plupart font déjà "plus de 5 gardes de 24 heures par mois", "temps de transport additionnels pour se rendre dans des services parfois éloignés de leur domicile" et, in fine, "difficultés de recrutement encore accrues et démission de certains".
"C'est un plan régional initié par l'ARS", qui ne concerne que la Nouvelle-Aquitaine "à ce stade", a précisé à l'AFP le ministère, assurant que les réquisitions "sont envisagées en ultime recours". Dans un document consulté par l'AFP, l'ARS évoque d'abord une réorganisation des ressources humaines à l'échelle régionale, puis un appel préalable à la "solidarité" des médecins pour renforcer les maternités voisines en difficulté.
Plutôt que suivre une "logique de dispersion des forces", les sociétés savantes appellent les pouvoirs publics à réorganiser l'offre de soins à l'échelle de chaque territoire, "avec un regroupement des moyens sur des plateaux d’accouchement de taille suffisante pour garantir la sécurité des soins et des conditions de travail suffisamment décentes pour faire revenir les jeunes professionnels vers les maternités et les services de néonatologie".
[avec AFP]
*Société Française de Médecine Périnatale (SFMP), Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF), Collège d’Anesthésie-Réanimation en Obstétrique (Caro), Fédération Française des Réseaux de Santé en Périnatalité (FFRSP), Société Française d’Anesthésie et de Réanimation (Sfar).
L'ARS regrette la communication "alarmiste" des médecins
Benoît Elleboode, directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine, a regretté auprès de l'AFP une "communication volontairement alarmiste" des médecins au sujet de ces réquisitions inter-régionales. "Il est hors de question de réquisitionner dès lors qu'une petite maternité a un problème; on suspendra d'abord l'activité", a-t-il assuré, évoquant un outil à l'usage "rarissime", "quand on aura tout essayé". Les femmes qui devront quitter le département pour accoucher seront "prévenues deux jours à l'avance", avance le directeur de l'ARS, qui souhaite "anticiper" pour éviter "d'avoir à gérer des situations dans la précipitation à Noël ou lors du 15 août" et "ne pas réquisitionner n'importe comment".
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