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Le médecin lui avait refusé une prescription sans examen : une patiente déboutée de sa plainte devant l'Ordre

La femme tentait d'obtenir des compléments protéinés à boire sans rendez-vous physique préalable. Le généraliste contacté ayant refusé de lui prescrire, elle a porté plainte auprès de l’instance disciplinaire… Mais a finalement été condamnée.  

30/06/2025 Par Pauline Machard
Patients Déontologie
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L'affaire est contée par L’Indépendant. Elle débute en 2022. Une patiente contacte le secrétariat d’un cabinet de Salanque - région naturelle des Pyrénées-Orientales - pour demander, sans rendez-vous, une ordonnance pour des compléments alimentaires protéinés à boire. La secrétaire passe l’appel à un généraliste, à qui la femme dit qu’elle ne peut plus manger et réclame la prescription.

Or, après avoir lu dans son dossier médical que son IMC était de 29, soit proche du seuil d’obésité, le généraliste refuse. Expliquant que ces produits entraînent des effets secondaires non anodins, dont une prise de poids rapide ; qu’il ne prescrit rien "à l’aveugle", soit sans examen préalable. La femme, qui est d'habitude la patiente d’un de ses associés, raccroche aussitôt.

À deux reprises en l’espace d’une semaine, un rendez-vous physique a été proposé à cette femme. À chaque fois, elle l’annule, préférant probablement passer par la téléconsultation pour obtenir ces fameux compléments, qui sont pourtant disponibles en pharmacie sans prescription, mais dans ce cas non pris en charge. Le généraliste apprendra qu’elle a réussi à les avoir… en passant par une téléconsultation.  

Un arrière-goût amer

L’affaire aurait pu en rester là. Mais, deux mois plus tard, le médecin reçoit un courrier recommandé. La patiente a déposé plainte auprès du Conseil départemental de l’Ordre des médecins à son encontre pour "non-prescription de médicaments". Une conciliation est organisée : le praticien expose ses arguments, la femme maintient sa plainte. Le dossier est donc transmis à l’échelon régional. Soulagement : aucune faute déontologique n’a été relevée. 

Un procès en appel se tient en mai. Le généraliste est accompagné d’un avocat. La patiente, elle, ne se présente pas. La plainte est finalement rejetée, et son autrice condamnée à 750 euros d’amende pour plainte abusive. S’il est délivré d’un poids, le médecin - qui traite depuis 20 ans mari et enfants de la plaignante -, reste amer : "Elle a rompu cette relation forte que je noue avec ma patientèle", raconte dans les colonnes de L’Indépendant celui qui, dans cette histoire, est allé jusqu’à remettre sa pratique en question.  

[avec L'Indépendant

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BERNARD G
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Débatteur Passionné
Médecine générale
il y a 10 mois
Déboutée, normal, pas de commentaire nécessaire Mais il s'agit d'un principe intangible. Pas d'ordonnance si on ne connait ps le malade. Or une plainte est toujours un inconfort, un stress, une perte de temps et d'argent pour le médecin. Et une remise en question qui peut d'ailleurs être nocive pour sa pratique. Donc, pourquoi l' Ordre (je suis gentil, je mets une majuscule, ah ! les habitudes), s'abaisse-t-il à prendre en compte ce genre de plainte. Le paradoxe est que, en cas de plainte pour prescription sans examen, suivi d'effets secondaires, il condamnerait sans aucun doute possible le médecin.
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Fabien BRAY
8 k points
Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 10 mois
Je suis sidéré que ça ait pris de telles proportions. Demander une prescription par téléphone, sans examen, à un médecin que l'on ne connaît pas, hors urgence, alors que le produit est en vente libre. Rien ne va dans cette histoire, et pourtant ça declenche avocat, journée sans travailler, anxiété... L’ordre doit réformer certaines procédures urgemment.
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Avocat Du Diable
4,5 k points
Débatteur Passionné
Médecine générale
il y a 10 mois
T'inquiètes , j'en ai vu d'autre , et je ne suis sans doute pas le seul autre , sans que cela soit publié et sans plainte secondaire de ma part pour abus car franchement cela devient tellement bas qu'on se demande ce qui nous pousse à continuer d' exercer . Par ailleurs , même ressenti que notre confrère . Nos bureaucrâtes appartenant à l'espèce protégée des " responsables mais jamais coupables" imaginent-ils qu'en bas , sur le terrain , de telles situations puissent exister ?
 
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