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Cardiologues, dermatologues, ophtalmologues : une étude pointe les "inégalités" d'accès aux spécialistes
L'Irdes a calculé l'accessibilité potentielle localisée (APL) de trois spécialités médicales, révélant des disparités géographiques. Un constat que la FMF appelle à nuancer.
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Après les généralistes, les kinés, les infirmières, les sages-femmes et les chirurgiens-dentistes, c'est au tour des ophtalmologues, des dermatologues et des cardiologues de passer au crible de l'APL. Développé par la Drees et l'Irdes*, cet indicateur vise à mesurer "l’adéquation spatiale" entre l’offre et la demande de soins à un échelon géographique fin. Pour les trois spécialités, il s'agit de calculer le nombre de "contacts" potentiels avec un médecin à moins 60 minutes de trajet, pour 100 habitants.
L'étude publiée par l'Irdes le 10 mars dernier révèle que "certaines régions sont particulièrement favorisées en termes d’accessibilité, telles que le centre de l'Ile-de-France, l’Alsace, la vallée du Rhône, le pourtour méditerranéen ou encore le Nord-Pas-de-Calais". "Les grandes villes apparaissent également bien dotées, avec, par exemple, Toulouse, Bordeaux, Nantes ou à plus petite échelle Clermont-Ferrand et Limoges", relève-t-elle.
A l'inverse, certaines régions présentent une faible accessibilité pour les trois spécialités. "C'est le cas des zones de montagnes comme le sud du massif alpin, la Corse ou encore les Pyrénées", pointe l'Irdes. Les départements ayant une faible accessibilité sur l’intégralité de leur territoire se situent majoritairement dans la diagonale centrale, de faible densité, reliant le nord-est au sud-ouest du pays, constate l'étude. "Enfin au niveau départemental, se crée une structuration centre/périphérie avec en règle générale une offre de soins importante dans la préfecture ou la(es) ville(s) d’une certaine taille qui bénéficie(nt) d’une accessibilité élevée, puis une décroissance de cette dernière avec des marges départementales souvent beaucoup moins bien dotées."
L'étude relève des particularités. Pour les ophtalmologues, "ce sont les espaces littoraux en général qui bénéficient de la meilleure accessibilité", à l'inverse de la Creuse ou de l'Indre, départements ayant "une très faible accessibilité". Pour les dermatologues, il y a davantage de départements avec une accessibilité moindre et de communes avec une "accessibilité nulle" (car situées à plus d'une heure d'un spécialiste), comme dans la Nièvre et la Lozère, ou encore la Creuse. "Pour cette dernière, l’accessibilité (assez faible) est maintenue uniquement à l’aide des actes et consultations externes d’un établissement hospitalier, aucun dermatologue libéral n’exerçant dans le département." Les cardiologues "semblent mieux répartis sur le territoire que les dermatologues et ophtalmologues, avec peu de départements ayant intégralement une faible accessibilité", note l'Irdes.
Les ophtalmos en secteur 1 deux fois moins accessibles
L'APL varie de manière significative si l'on considère les pratiques tarifaires de ces spécialités, conclut l'étude. Alors qu'en 2019, 61% des ophtalmologues étaient conventionnés en secteur 1, "lorsque l’on passe d’un APL 'toute offre' (45 contacts pour 100 habitants) à un APL limité au secteur 1, l’accessibilité moyenne aux ophtalmologues est divisée par deux (22 contacts pour 100 habitants)". Pour les dermatologues (44% en secteur 2), l’impact du changement de périmètre d’offre est moindre : de 16 contacts pour 100 habitants en moyenne pour l’APL toute offre à 10 contacts pour 100 habitants pour l’APL limité au secteur 1 uniquement. Pour les cardiologues en revanche, qui sont majoritairement en secteur 1 (76%), "une très faible différence s’observe entre les différents périmètres d’offre avec, par exemple, 20 contacts pour 100 habitants pour l’APL moyenne 'toute offre' et 17 contacts pour 100 habitants lorsque l’on prend le périmètre le plus restrictif limité au secteur 1".
Des "résultats qui doivent être interprétés avec prudence", appelle la FMF-spécialistes. "L’APL mesure un volume de contacts médicaux sans tenir compte de la complexité des actes, du temps médical nécessaire ni des contraintes liées aux plateaux techniques indispensables à certaines spécialités", soulève le président du syndicat, le Dr Florian Coromines, dans un communiqué. "En cardiologie, la surspécialisation croissante (coronarographie, rythmologie) conduit naturellement les praticiens à exercer à proximité de ces plateaux. Les gardes et la permanence des soins y sont souvent assurées par ces mêmes équipes. Une dispersion artificielle des spécialistes rendrait ces organisations beaucoup plus difficiles et pourrait fragiliser l’accès aux soins urgents. La présentation de ces inégalités sous un angle parfois alarmiste ne doit pas faire oublier ces contraintes structurelles", insiste le psychiatre.
Le syndicaliste considère par ailleurs que le débat sur l'accessibilité financière ne peut être dissocié de la question de la valorisation des actes. "Si les cardiologues exercent plus souvent en secteur 1, c’est aussi parce que leur activité comporte davantage d’actes techniques mieux valorisés. Ce n’est pas le cas de nombreuses autres spécialités, comme la dermatologie, dont l’activité repose essentiellement sur la consultation", rappelle-t-il.
*Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees). Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes)
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