Congrès de la Société française de cardiologie : "Le rôle du médecin généraliste est capital dès le stade de la prévention et du dépistage"
Les 36èmes Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie (JESFC) se sont tenues du 14 au 16 janvier 2026 à Paris. La prévention constituait le fil rouge de cette édition avec une mise en avant des avancées récentes dans l’insuffisance cardiaque et les maladies valvulaires, en rythmologie, et en cardiologie interventionnelle.
"Les JESFC ont été placées cette année sous le signe de la prévention. C’est une priorité capitale pour ne pas évoluer ou évoluer moins vite vers les maladies cardio-neuro-vasculaires. La prévention concerne non seulement les facteurs de risque (FDR) traditionnels mais également toutes les maladies cardio-vasculaires (CV) : de l’insuffisance cardiaque (IC) à la fibrillation atriale (FA), de la santé cardiovasculaire (CV) de la femme à l’imagerie renforcée par l’IA", introduit la Pre Hélène Eltchaninoff, présidente de la SFC, cardiologue interventionnelle (CHU de Rouen).
Les politiques économiques sont désormais orientées vers l'optimisation de la détection des FDR avec, notamment, la mise en place progressive d’un plan cœur européen de lutte contre les maladies CV visant à structurer et intensifier la prévention, l’accès aux soins et le financement de la recherche. "Nos institutions - la Société Européenne de cardiologie, la Fondation Cœur et Recherche de la SFC, la Fédération Française de Cardiologie, le Conseil National Professionnel CardioVasculaire, l’association de patients – l’Alliance du Cœur - travaillent ensemble sur le Plan Coeur. C’est un axe d'évolution de nos missions", précise la spécialiste. Un projet de loi devrait être déposé en février par le député Yannick Neuder, lui-même cardiologue.
HTA, santé mentale et dyslipidémies : des facteurs de risque insuffisamment dépistés
Le Pr Ariel Cohen (hôpitaux Saint-Antoine et Tenon de Paris), membre du CA et du Bureau de la SFC, président de la Fondation Cœur & Recherche, professeur de cardiologie à Sorbonne université a rappelé : "Un patient hypertendu sur deux l'ignore. Et parmi ceux qui ne l'ignorent pas, un sur deux ne prend pas de traitement. D’autre part, des préconisations européennes (European society of cardiology - ESC 2025) ont montré que la santé mentale est un FDR CV important. Les patients anxieux et/ou dépressifs ont un risque accru d'événements CV, associé de surcroît, à une mauvaise observance thérapeutique. Enfin, l’hypercholestérolémie doit être mieux contrôlée. L’arsenal thérapeutique se complète de nouvelles options, comme l'acide bempédoïque et confirme la place des anti-PCSK9. Par ailleurs, pour mieux caractériser le risque, le dosage de la lipoprotéine (a) est particulièrement utile chez les patients avec hypercholestérolémie familiale".
L'insuffisance cardiaque et la fibrillation atriale : un lien étroit
L’acronyme EPOF (E pour essoufflement, P pour prise de poids, O pour oedème, F pour fatigue) rappelle les quatre signes cardinaux de l’IC. Parmi les 140 000 patients IC en France, plus de 40% d’entre eux entrent dans l'IC par une décompensation aiguë, alors même qu'ils ont des FDR connus et modifiables. Par ailleurs, un lien étroit existe entre l’IC et la FA, l’arythmie cardiaque la plus fréquente. Pour le Pr Cohen : "Parmi les patients IC, 35% présente une FA et parmi ceux-ci plus d’un tiers ont de l’IC. Les dénominateurs communs sont nombreux. La prise en charge de l’IC avec FA s’effectue en trois paliers. Le premier traite les symptômes en ralentissant la fréquence cardiaque. Le traitement est optimisé en utilisant les quatre classes de médicaments (ARNi ou iSRAA, ARM, inhibiteurs du SGLT-2 et bêta-bloquants). Le deuxième vise à ramener le patient en rythme sinusal, ce qui prévient l'IC et corrige le remodelage cardiaque. Et le troisième, en cas d'inefficacité de la stratégie de restauration du rythme sinusal, est le traitement percutané des fuites mitrale et/ou tricuspide, lorsque celles-ci contribuent aux décompensations cardiaques et sont réfractaires au traitement médical. En effet, un cercle vicieux se met alors en place avec l'altération de la fonction cardiaque et le risque d’aggravation et de pérennisation des régurgitations atrioventriculaires secondaires".
Elargissement des indications du Tavi
Le cathétérisme interventionnel - le Tavi essentiellement (mais également les autres valves) - permet aujourd’hui d'élargir les indications à des patients porteurs de sténoses aortiques peu symptomatiques. "Cette stratégie thérapeutique est considérée comme une alternative à la chirurgie qui pourrait être, en grande partie, évitée à la condition d’une analyse soigneuse du contexte et des antécédents ainsi que d’une confrontation multidisciplinaire", indique-t-il.
"Les recommandations de l’European society of cardiology (ESC) 2025 basées sur des études récentes ont étendu les indications du Tavi dès l'âge de 70 ans chez les patients, symptomatiques à bas risque, ayant un rétrécissement aortique (RA) serré typique, chez qui le placement de la valve aortique par voie fémorale est possible", informe la Pre Eltchaninoff. Par ailleurs, concernant les valves mitrales et tricuspides, de nouveaux dispositifs sont attendus. "Pour la valve tricuspide, le remboursement d’un clip permettant de réduire les fuites tricuspides est imminent. D’autre part, une nouvelle valve, qui n'est pas encore remboursée, a montré des résultats très prometteurs", précise-t-elle.
Prévention en rythmologie : mieux sélectionner les patients
Les patients avec FA asymptomatiques silencieuses pouvant bénéficier d'un traitement anticoagulant préventif doivent être mieux sélectionnés. "Ce traitement ne doit pas être prescrit de façon indue en raison du risque hémorragique accru auquel il expose les patients. De nombreux investigateurs pensent que l'oreillette dysfonctionne (caractérisant la présence d’une cardiomyopathie atriale, avec dilatation, fibrose, altération des propriété mécaniques, anomalies de l’onde P à l’ECG, extrasystoles atriales nombreuses, et élévation des biomarqueurs) avant d'être en arythmie par fibrillation ou flutter. Nous souhaiterions ainsi réserver ce traitement aux patients ayant ces signes évoquant une cardiomyopathie atriale. C’est une nouvelle entité qu'il faut connaître", conseille le cardiologue.
Concernant la prévention de la mort subite, la cohorte Honest (Kerkouri F. et al, EHJ et JACC 2025) suit près de 5 000 patients porteurs d’un défibrillateur sous-cutané pour des cardiopathies structurelles et électriques (2/3 en prévention primaire ; prédominance masculine). L’étude a montré que seul un patient sur sept a reçu un choc approprié à cinq ans, principalement en prévention secondaire. Pour le Pr Cohen : "Le défibrillateur n'est pas exempt de risques, en particulier infectieux. De nombreuses discussions soulignent la nécessité de mieux caractériser les patients à risque de mort subite devant bénéficier d’un stimulateur et d’un défibrillateur afin d’avoir un taux de réalisation des chocs électriques plus en rapport avec la pathologie sous-jacente. La fonction cardiaque doit être évaluée de façon particulièrement attentive, le profil à risque mieux défini en insistant sur les formes familiales et génétiques".
Intelligence artificielle et imagerie : des avancées majeures
"La place de l'imagerie est extrêmement importante, que ce soit pour déceler des anomalies concernant les valves ou pour toutes les autres atteintes cardiaques. L’IA permet d’analyser, presque sans l'aide de techniciens ou d'opérateurs, les images issues du scanner, de l'IRM et de l'échographie cardiaque. C’est une évolution considérable permettant une détection plus précoce, un diagnostic plus fin ainsi qu’une meilleure stratification du risque", indique le médecin.
Les spécificités anatomiques et physiopathologiques de la femme
Les femmes ont des spécificités impactant la prévention cardiovasculaire et tous les aspects des maladies CV, dont les valvulopathies. Leurs valves aortiques sont plus fibrosées et moins calcifiées que les hommes. Les anatomies correspondent à leur taille : l’anneau aortique, l’aorte et les artères fémorales sont plus petits. Selon la Pre Eltchaninoff : "Ces particularités ont des conséquences sur le choix des dispositifs. Les valves implantées doivent être plus petites pour être adaptées à leur gabarit. Les femmes présentent également davantage de formes atypiques de RA rendant parfois le diagnostic plus difficile car les critères de gradient ne sont pas atteints alors que le RA est déjà sévère et nécessite une intervention".
L'étude Rheia est la première étude dédiée aux femmes comparant le Tavi avec la chirurgie. "Jusque-là les femmes étaient sous représentées dans les études randomisées. Les résultats de Rheia sont très importants car ils ont montré un bénéfice des traitements moins invasifs chez la femme par rapport à la chirurgie. Le Tavi par voie transfémorale est ainsi la procédure à privilégier chez elles", conseille-t-elle. Par ailleurs, les femmes sont moins diagnostiquées car elles ont tendance à consulter plus tardivement ou à mettre leurs symptômes moins en avant. "Le rôle du médecin généraliste est capital dès le stade de la prévention et du dépistage. Pour les maladies des valves, le stéthoscope permet de déceler un souffle qui peut être un signe d’alerte nécessitant un adressage vers le cardiologue. […] Enfin, la cardiologie évoluant très vite, connaître les nouvelles avancées et innovations dans cette discipline est essentiel. Pour cela, la Société Française de Cardiologie communique régulièrement auprès des médecins sur les actualités et les dernières innovations", conclut la présidente de la SFC.
La Pre Eltchaninoff déclare n’avoir aucun lien d’intérêt
Le Pr Cohen déclare avoir des liens d’intérêt avec : Amgen, Bayer, BMS, Bohringer-Ingelheim, Daiichi, Sankyo, Ibsa, Novartis, Pfizer, Resicard, Sanofi, et Vifor
Références :
D’après des entretiens avec les Prs Hélène Eltchaninoff (CHU deRouen) et Ariel Cohen (hôpitaux Saint-Antoine et Tenon, Paris) faisant suite à la conférence de presse de la Fondation Cœur & Recherche (13 janvier).
La sélection de la rédaction
Le montant de la cotisation ordinale vous semble-t-il justifié?
Frédérique DEPUISET
Non
J'ai habité en appartement sous des voisins extrêmement bruyants. Comme dit dans les textes, j'ai essayé de discuter avec eux, ava... Lire plus