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"Arrêtez les coquilles vides" : ce que les médecins demandent vraiment aux maires pour l'accès aux soins

"Si vous étiez maire, que vous feriez-vous pour la santé?" C'est la question qu'a posé Egora à ses lecteurs, dans le cadre d'une consultation en amont des élections municipales. Réduction des demandes de certificats médicaux, logements pour les étudiants en stage, patrouilles de police à proximité des cabinets, permanences de médecins retraités… Voici votre programme.

12/03/2026 Par Aveline Marques
Politique de santé
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Un centre de soins non programmés, une deuxième maison de santé, un troisième médecin salarié… Qui dit mieux ? En campagne, les candidats aux municipales ont multiplié les promesses en matière de santé. Une surenchère qui témoigne de l'inquiétude de leurs concitoyens vis-à-vis de l'accès aux soins.

Si la santé n'est pas à proprement une compétence des maires, ces derniers disposent néanmoins de nombreuses marges de manœuvre. Pour faciliter l'installation de nouveaux professionnels de santé, ils peuvent "mettre à disposition des locaux aux normes" ou mettre en place un "accompagnement pour que le conjoint du médecin trouve un emploi", suggèrent les lecteurs d'Egora. Ils peuvent encore proposer des "bourse d'étude de 1000 euros mensuels pour tout étudiant en médecine acceptant d'exercer au moins 5 ans [dans la commune]", à défaut de quoi la somme serait intégralement remboursée, avance Jonathan G. médecin. "L’accompagnement des étudiants, internes et jeunes médecins dans leur projet professionnel est un point clé pour renforcer durablement l’offre de soins en médecins traitants", insiste PF Che, généraliste, tandis que sa consœur Gaëlle 22 veut "proposer aux étudiants en médecine, kiné, IDE un logement lors de leur stage auprès de professionnels de la ville".

Des crèches à horaires élargis

En matière d'immobilier toujours, Jonathan G. préconise d'offrir des loyers "plus attractifs pour les médecins qui mettent en œuvre des dispositifs afin d'augmenter leur patientèle (assistant médical, IPA, accueil d'étudiants en Saspas ou docteurs juniors)", voire de "conditionner le montant des loyers à la patientèle".

Pour assurer de bonnes conditions d'exercice, Gaëlle 22 s'engagerait, si elle était maire, à faire "patrouiller régulièrement la police municipale près des cabinets, avec un recadrage des personnes qui se montrent agressives". Loïse G., généraliste, soulève quant à elle la problématique des gardes d'enfants : pour les soignants, il faudrait "créer des crèches à horaires élargis".

Afin de renforcer l'accès aux soins, Arrielle G. plébiscite la création de "centres où les médecins volontaires, le plus souvent des retraités, [pourraient] faire des consultations 'de dépannage' sur des créneaux à leur guise, par exemple une demi-journée chaque semaine ou à la fréquence qui leur convient". "Je suis sûre qu'il y aurait beaucoup de candidats. Il y a un centre de ce genre à Tarbes qui marche bien. Personnellement je serai volontaire s'il n'y en avait pas loin de chez moi." A condition, précise la généraliste, qu'il y ait un secrétariat et une vidéosurveillance…

A l'instar de PF Che, les lecteurs mettent en garde les futurs maires : "Ce n’est pas en créant des centres de soins non programmés en plein cœur des villes, ni en bâtissant des maisons de santé sans professionnels pour y exercer que les communes réussiront à agir efficacement pour l’accès aux soins". Plutôt que de créer des "coquilles vides", il faut "renforcer l'existant", appelle Philippe F.-D., généraliste. Les édiles peuvent ainsi contribuer à libérer du temps médical "en veillant à limiter les demandes de certificats médicaux inutiles (absences scolaires et en crèche, adaptation de logements sociaux, etc.)". Ils peuvent encore mettre en place des navettes pour amener les patients au cabinet, suggère Stéphanie B.

En matière de prévention, Louise G. les incite à "piloter / financer un plan d'activité physique adaptée pour les personnes âgées et les personnes précaires, faciliter les mobilités douces et les parkings relais pour diminuer la mortalité dû à la mauvaise qualité de l'air, interdire les publicités pour la mal bouffe/ aliments ultra transformés dans l'espace public, créer des espaces de lien social pour les jeunes et une permanence gratuite de psychologue pour les moins de 25 ans dont la santé mentale est très préoccupante". "L’action en santé ne se limite pas à la question de l’accès aux soins, celle-ci doit prendre en compte l’impact des déterminants sociaux et environnementaux en santé dans une approche préventive, soutient PF Che. Lutte contre la précarité, alimentation, activité physique, qualité de l’eau et de l’air, perturbateurs endocriniens, aide aux personnes âgées et en situation de handicap, sont autant de sujets dont les maires peuvent s’emparer pour améliorer la santé de la population."

"On demande au maire de réintroduire de l'attractivité avec une baguette magique dont il ne dispose pas"

Mais avant tout, les Egoranautes invitent les maires à consulter les professionnels de santé de leur commune, notamment les généralistes, insiste PF Che. "Ce sont les professionnels de santé qui sont les plus à même d’apporter une expertise pertinente pour construire une offre de soins et une politique de santé adaptée aux besoins du territoire." Arnaud G. incite les maires à réunir les représentants des différentes professions pour échanger sur les "points positifs et négatifs" et trouver des axes d'amélioration.

Reste que face à la crise d'attractivité que traverse l'exercice libéral, les maires sont relativement impuissants, considère "Avocat du diable". "On demande au maire de réintroduire de l'attractivité avec une baguette magique dont il ne dispose pas", déplore ce généraliste. L'attention se porte d'ores et déjà sur l'élection présidentielle, pour laquelle Egora organisera une nouvelle consultation.

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2 débatteurs en ligne2 en ligne
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lor 42
647 points
Incontournable
Neurologie
il y a 2 mois
ce n'est pas aux mairies ou aux collectivités d'organiser la santé ! ça ne marche nulle part.... Par contre, arrêter l'étatisme et le dirigisme centralisé, ça marche. J'oserai dire aussi que nulle part dans le monde le bolchevisme n'a marché durablement.... Laisser les gens travailler, innover, inventer, ça marche. Uniquement quand il n'y a pas confiscation (même partielle) du revenu du travail et des risques financiers pris. Dis autrement, si on foutait la paix aux médecins, dentistes, kinés, pharmaciens et autres professionnels de santé, ça irait tout seul ! La Paix ! Faudrait aussi qu'on ne disqualifie pas sans raison les prescriptions du secteur 3, dernier opus de la dé-construction de la médecine... ça pourrait aussi aider si l'heure de consultation médicale n'était pas moins rentable qu'une heure de plomberie. For sure, ce ne sont pas de propositions qui recevront l'agrément gocho-risto-macronique.
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FRANCOIS CORDIER
3,7 k points
Débatteur Passionné
Médecine générale
il y a 1 mois
Exemple de coquille vide: la "maison, de santé" de mon village de 2000 habitants, projet fomenté depuis 15 ans par une mairie à tropisme "socialiste" que la nouvelle équipe municipale a dû retoquer en "maison de soins" en mesurant la muraille infranchissable des exigences ARS pour homologuer le projet initial du maire précédent. Et, encore, les subventions départementales, régionales, nationales, européennes promises n'ont pas (encore ?) été versées et, comme les citoyens du village en tant que seul médecin libéral installé dans la commune depuis 42 ans (mais non compté dans le registre "soignants actifs" pour cause de retraite pourtant "cumulée" aux soin 3 jours par semaine), je vais devoir payer un supplément d'impôt local pour éponger la somptuaire somme de 250.000 € hasardeusement investie par nos maires dans cette coquille vide, alors que je serine "décideurs" successifs qu'un ou deux postes dignement salariés à 40 heures/semaine auraient résolu le problème "désertique" depuis le départ de leurs fastidieuses réunions .
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ROMAIN L
19 k points
Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 2 mois
En fait, c'est simple : tout ce que les médecins veulent, c'est préserver leur qualité de vie. Et clairement, quand une ville vous propose un salaire mirobolant ou des aides financières énormes, ou un loyer ridicule, ou encore un logement de fonction, la première chose que le plupart des médecins comprennent c'est "il va y avoir des contreparties intenables". On le voit régulièrement dans les faits divers : des maires se fâchent avec leur médecin parce que celui-ci est moins disponible qu'attendu. Personnellement, si j'étais maire, je réfléchirais plutôt à des stratégies "gagnant-gagnant" dont le principe serait "plus tu travailles, plus tu gagnes" en proposant par exemple de majorer de 5 € chaque consultation réalisée.
 
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