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Troubles du spectre de l'autisme : repérage, bilan, psychotropes… les dernières recos de la HAS

La Haute Autorité de santé (HAS) vient de rendre publiques ses nouvelles recommandations consacrées aux interventions et parcours de vie de l’enfant et de l’adolescent présentant un trouble du spectre de l’autisme (TSA). Elle souligne la nécessité de poser le diagnostic dès 18 mois, l’objectif étant d’orienter vers des interventions développementales et comportementales adaptées au plus tôt. Le texte clarifie aussi les approches recommandées (ou non).

16/02/2026 Par Alexandra Verbecq
Pédiatrie
autisme

Le trouble du spectre de l’autisme (TSA) est un trouble du neurodéveloppement (TND) touchant de 1 à 2% de la population générale. Ainsi, sur 645 000 naissances en France (2025), de 6 500 à 12 000 bébés sont susceptibles chaque année d’en être porteurs. 

"Les recommandations 2026, par rapport à celles de 2012, concernent tous les enfants et adolescents présentant un TSA mais aussi tous ceux ayant une suspicion d'autisme qui doivent prendre leur place dans le parcours de soins", annonce Claire Compagnon, membre du collège de la HAS et présidente de la Commission recommandations, parcours, pertinence et indicateurs de la HAS.

Les manifestations du TSA sont hétérogènes et apparaissent le plus souvent dès la petite enfance.  Elles se caractérisent par "des difficultés dans la communication et les interactions sociales associées à des intérêts et comportements répétitifs ou restreints". 
Les nouvelles recommandations insistent sur l'évaluation diagnostique comme première étape des interventions thérapeutiques et sur la nécessité d'intervenir le plus précocement possible dès les premiers signes d’alerte dans le développement de l’enfant. "Le diagnostic de TSA devrait être posé dès l'âge de 18 mois. Et avant, lorsque celui-ci n'est pas encore stabilisé, un diagnostic général de TND peut être établi".

Pour la Pre Amaria Baghdadli, psychiatre, co-présidente du groupe de travail : "Le repérage des difficultés dans le développement d’un enfant s’effectue d’abord par l’écoute et la prise en compte des préoccupations des parents, en ne les réduisant pas à de l’anxiété. Ensuite, au-delà de la mesure du poids et de la taille de l’enfant, son comportement doit être examiné. En cas d’inquiétude, la HAS recommande la réalisation de bilans en libéral (orthophonistes…) pour évaluer son développement en termes de communication et de motricité. Et si les médecins généralistes se sentent en difficulté, ils doivent demander un avis spécialisé et, notamment, orienter l’enfant vers les Plateformes de Coordination et d’Orientation (PCO) pour une prise en charge précoce des TND dont l’adressage s'effectue sur le site ViaTrajectoire".

Des interventions développementales et comportementales

Avec ces nouvelles recommandations, la HAS entend "améliorer et harmoniser les interventions proposées aux enfants autistes afin de favoriser leur développement et leurs apprentissages". Pour la psychiatre : "Le cadre est commun mais l'intensité, les objectifs et les modalités doivent être individualisés. Les interventions doivent viser des objectifs fonctionnels évaluables dans le temps". Ainsi, les interventions recommandées sont "développementales et comportementales" et concernent plusieurs domaines fonctionnels tels que la communication et le langage, les habiletés sociales, l’autonomie, la motricité, la sensorialité. "Et lorsqu’ils sont indiqués, les outils de communication alternative et améliorée (CAA) sont très intéressants pour permettre l’autodétermination et l’expression", précise la spécialiste. Ces interventions doivent être coordonnées, construites avec les familles, poursuivies tout au long de la vie et s’accompagner d’une évaluation au moins annuelle. L’intérêt d’un volume minimal de 10h/semaine est souligné. 

Par ailleurs, en l’absence d’études ou en cas de preuve insuffisante ou inefficace dans le cadre du TSA, certaines méthodes telles que les 3i, le neurofeedback, la psychanalyse et les approches psychanalytiques, le Snoezelen…, sont écartées du parcours de soin recommandé. 

"Nous rappelons également avec force que les interventions de référence sont d'abord non-médicamenteuses. Il n’existe pas de médicament de l’autisme et les psychotropes ne doivent pas être automatiques. De nombreuses personnes ont des couches de psychotropes prescrites qui ne sont jamais remises en question et dont la surveillance n'est pas suffisante. Dans ce contexte, toute prescription doit être strictement encadrée et précédée d'un bilan initial", insiste la Pre Baghdadli. 
Enfin, il a été rappelé la nécessité de "massifier" la formation des professionnels. Ainsi, des MOOC sur les TND et sur l’autisme, développés par le Centre d'Excellence de Montpellier, sont accessibles gratuitement sur France Université Numérique.

Rendre ces recommandations "opposables"

"J'appelle de mes vœux une opposabilité, dès lors qu'il y a d'une part, hétérogénéité des pratiques et d'autre part, perte de chance pour l’enfant et l’adolescent si les approches recommandées ne sont pas mises en oeuvre dès les premiers signes repérés. Nous espérons ainsi que notre Parlement prendra une disposition rendant opposable tout ou partie de certaines de nos recommandations" a espéré le Pr Lionel Collet, Président de la HAS.
 

Références :

Conférence de presse de la Haute Autorité de Santé (12 février 2026).

 

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2 débatteurs en ligne2 en ligne
Photo de profil de aurelie boyer
72 points
Médecine générale
il y a 15 jours
Plaidoyer pour une medecine Neuroatypique... "Rendre opposable l’hétérogénéité des pratiques et d'autre part, la perte de chance pour l’enfant et l’adolescent si les approches recommandées ne sont pas mises en oeuvre dès les premiers signes..." Une belle formule... mais un doux rêve voire une franche utopie quand on voit comment cela se passe en pratique quotidienne... Comment fonctionnent les plates-formes? Tres disparate... quelle efficience? Sur quel age quel delai? Il faudrait quelques indicateurs... mais je n’en trouve aucun... en tout cas en pays de loire.. Seulement une thèse tres intéressante et louable de 2024 sur saint nazaire montrant que ce sont les libéraux qui ont l’air de les faire fonctionner et que 50% des parents n'ont pas eu ou ne peuvent retranscrire le diagnostic... pour les 50% restants avec diagnostic, un tiers de diagnostic autre que tnd... Je me demande lesquels psychiatrique psychanalytique ? Ou genetique mais cela n'exclut pas un diagnostic tsa tdah, il me semble... le pourcentage de parents satisfaits a l’air de loin meilleur en liberal qu'en cmp ou cmpp oû les parents insatisfaisant sont majoritaires par rapport aux satisfaits et oû il me semble que la coordination devrait etre plus facile en appui sur le pedopsy.. ( 0,4 etp médical dans la plate-forme! Avec 1,3 psychologue coordinateur et idem a peu près pour le secrétariat!) On peut conclure à l'absence de moyens en pays de loire... j’espere que c’est mieux ailleurs.. Y'a t’il une problématique perenne d’acces et de qualité de ce niveau 2! ”Censé etre sachant” les plateformes sont elles vrailent ouvertes aux plus grand? 7_12ans? Quand les complications pedopsychiatriques s'en mêlent, et c’est ce qui arrive à partir de 7 ans statistiquement (ne parlons pas des adolescents...) au final, on en revient à ce qui se faisait avant : pas de temps pas de moyens, remise en question des symptomes des enfants, et de la transcription souvent nécessaire des parents et de leur anxiete ’maladive’ avec au final une culpabilisation des enfants et des parents, nettement plus facile.... ”Ouh la la madame, c’est normal votre fils est fatigué! : orthophoniste, psychomotricité puis ergothérapie, orthoptie... mais c’est beaucoup trop! C’est LE paradigme à changer car en réfléchissant cela fait 3h / semaine au rythme d’1 seul séance... Donc... Pas assez?? Euh Vous dites minimum 10h recommandés ? ?? Qui recommende cela en pratique? Aucun medecin neurotypique ! et si j'en étais un, je préférerais de loin ne pas m'intéresser à tout ces tnd... : trop complexes et chronophages (vision positive) ou Trop de remise en questions, puis trop de bizarreries ces tb du comportements, oui trop psy : anxiété à gérer des enfants ET parents vision negative ou du medecin) De mon coté à cheval sur les 2 : trop frustrant! En attendant un monde meilleur car il me semble que ces tnd sont vraiment un avènement d’une nouvelle psychiatrie plus précoce, plus à l'écoute, plus efficace et nettement moins stigmatisante!
Photo de profil de Radhia Behidj
39 points
Médecine générale
il y a 25 jours
Encore faut il avoir assez de plateformes de coordination.. la plupart des demandes sont en suspends devant le manque de personnel de ces structures .. un certificat MDPH ne peut pas être fait avant l’entrée en maternelle et Lorsqu’on veut anticiper pour l’entrée en petite section la MDPH répond que le certificat du médecin traitant ne suffit pas! Alors en théorie pas de souci en pratique comme d’habitude Une autre paire de manches
Photo de profil de MARIE-CAROLINE RETTORI
916 points
Incontournable
Médecine générale
il y a 25 jours
Pas assez de spécialistes, pas assez de clarté sur l’orientation des enfants lors de la suspicion de troubles et volonté de poser un diagnostic avant 18 mois alors que les spécialistes ne le pose t pas avant l’âge de 5 ans …. Comme d’habitude des Incohérences et des démarches compliquées … et tout ça c’est sans prendre en compte les parents

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