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Les allergies : des maladies de plus en plus fréquentes, complexes et sévères

[DOSSIER ENJEUX 2026] Le Collectif National Allergies (CNA) appelle à une mobilisation collective pour lutter contre la progression des allergies en France.

01/01/2026 Par Alexandra Verbecq
Allergologie
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"L'incidence des maladies allergiques augmente depuis les années 60. C'est un fait bien connu. En revanche, l'apparition de nouvelles maladies, de poly-allergies, d'allergies de plus en plus sévères, précoces, parfois mortelles, sont des éléments peu identifiés en dehors du cercle des professionnels de santé de l'allergologie. Il faut agir vite pour enrayer leur développement et adopter une approche préventive qui, seule, permettra de mettre à mal les prévisions pessimistes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), estimant qu’en 2050, 50% de la population sera allergique", a résumé la Dre Isabelle Bosse, allergologue et présidente de la Fédération française d’allergologie (FFAL), à l’occasion de son colloque qui s’est tenu le 1er décembre au Sénat.

Aujourd’hui, près d'un Français sur trois, soit 18 millions de personnes, est concerné par une allergie, dont 3,6 millions souffrent d’une forme sévère invalidante. "Les patients multiplient les allergies et sont de plus en plus complexes. Un même patient peut avoir cinq pathologies allergiques. L’asthme associé à la rhinite allergique (RA) est le combo classique auquel peuvent s’ajouter une allergie alimentaire (AA), une dermatite atopique (DA), voire une œsophagite à éosinophiles. Ce sont des tableaux très lourds. Le point important est que ces pathologies allergiques sont liées car il existe un substratum physiopathologique commun", alerte le Pr Guillaume Lezmi, pédiatre-allergologue à l’Hôpital Necker-Enfants malades, Paris.

Au plan immunologique, l’inflammation de type 2 est le point commun entre ces maladies allergiques. Pour le Dr Luc Colas, allergologue et immunologiste au CHU de Nantes : "Si elles sont présentes et persistent, c’est en raison d’une forte interaction avec l’environnement. D’une part, l’éducation du système immunitaire par le microbiote a mal fonctionné, d’autre part notre mode de vie industrialisé et la perturbation de l’environnement favorisent la persistance de cette inflammation et enfin, les allergènes, qui habituellement provoquent peu ou pas de réponses, dans ce contexte-là, en entraînent une très importante. De plus, on voit apparaître de nouvelles maladies comme l’œsophagite à éosinophiles, le syndrome d’entérocolite induit par les protéines alimentaires (SEIPA) ou certains désordres mastocytaires, mais aussi, de manière corrélée, un nombre important de phénomènes pathologiques plus sévères".

Des poly-allergies précoces augmentant la sévérité

Pour la Dre Amandine Divaret-Chauveau, pédiatre-allergologue au CHRU de Nancy, secrétaire du Réseau d’allergologie vigilance (RAV), "un début d’allergie précoce chez l’enfant est associé à la sévérité et à la multiplicité des maladies allergiques". L’étude Elfe, menée auprès d’une cohorte de 6 662 enfants, a montré qu’environ 6% des moins de 6 ans avaient une AA. Et en cas d’AA, un enfant sur cinq était allergique à plusieurs aliments, trois sur quatre avaient de l'eczéma, la moitié avaient une rhinoconjonctivite et un sur quatre avait de l’asthme.

L’efficacité de la prévention précoce et des immunothérapies alimentaires et respiratoires

"Les stratégies de prévention existent et sont efficaces. Des recommandations françaises (SFA), européennes (EAACI) et américaines (AAAAI) émanent des preuves scientifiques solides publiées dans The Lancet, The New England journal of médecine, The Journal of Allergy and Clinical Immunology ", indique le Pr Lezmi. Ainsi, chez les enfants de quatre-cinq mois, la consommation précoce, par exemple de cacahuètes et d’œuf, réduit la prévalence de l'allergie à ces aliments. Pourtant, l’étude Elfe avait constaté que seuls 62% des enfants avaient débuté la diversification alimentaire sur la période recommandée. Par ailleurs, les recommandations internationales préconisent l’immunothérapie orale alimentaire. "Nous pratiquons, de plus en plus précocement, la désensibilisation à plusieurs aliments chez nos patients. Ce traitement a montré une efficacité de 70-80%. Les procédures sont standardisées et nous disposons de nouveaux médicaments ayant des AMM. Concernant les allergies respiratoires, l’immunothérapie respiratoire a également un effet préventif sur l'apparition de l’asthme. Ce traitement semble même améliorer la fonction respiratoire des adultes", précise-t-il.

Un patient doit être adressé à un allergologue s’il a des pathologies associées et complexes (IgE-dépendantes, non IgE-dépendantes et mixtes, mastocytaires) ou s’il peut bénéficier d’un traitement par immunothérapies.

Références :

D’après le colloque du Collectif National Allergies (CNA, 1er décembre), et un entretien avec le Pr Guillaume Lezmi (Hôpital Necker-Enfants malades, Paris).

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