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La mesure continue du glucose, au-delà de l’insulinothérapie ?
Réservée aux patients diabétiques sous insuline, la mesure continue du glucose pourrait voir son champ d’application s’élargir à d’autres publics, voire au dépistage de personnes très à risque de diabète. Toutefois, des interrogations persistent sur la précision des capteurs.
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D’abord remboursée chez les patients atteints d’un diabète de type 1 (DT1), la mesure continue du glucose (MCG) a été étendue à ceux atteints d’un DT2 sous insuline intensifiée, puis seulement sous insuline basale. Depuis, plusieurs études ont suggéré que les dispositifs de mesure en continu du glucose seraient aussi bénéfiques hors insulinothérapie, chez les patients sous antidiabétiques oraux. Une demande d’extension d’indication est en cours d’examen par la Haute Autorité de santé.
Lors d’une étude française publiée en 2024, l’emploi d’une MCG par des patients DT2 non insulinés était ainsi lié à une baisse de 68 % du risque d’hospitalisation pour hyperglycémie ou acidocétose(1). Des travaux américains en vie réelle ont confirmé que cet emploi hors insuline présente des bénéfices sur le contrôle glycémique, plus marqués lorsque la fréquence d’usage s’élève(2).
L’idée d’un recours à la MCG tout au long du DT2 fait son chemin. En 2024, des experts internationaux proposaient une utilisation graduée selon le stade de la maladie(3). D’usage quotidien en cas d’insulinothérapie, la MCG pourrait être utilisée dès le diagnostic, de manière transitoire pendant quatorze jours, afin de familiariser le patient aux variations glycémiques et de décider d’un plan de traitement. Chez ceux sous antidiabétiques oraux, il pourrait être utilisé de manière intermittente, "au moins tous les trois mois", là aussi pour évaluer la réponse au traitement et dans un but motivationnel.
Dépistage : des perspectives limitées
Faut-il aller plus loin dans l’emploi de la MCG ? D’autres applications semblent se profiler à l’horizon, notamment pour le diagnostic chez des personnes à risque élevé de développer un diabète. Par exemple chez les patients mucoviscidosiques, dont l’ampleur des excursions glycémiques post-prandiales, évaluée par MCG, permettrait de prédire le risque de diabète au cours des deux années suivantes(4).
Autre piste de réflexion, les personnes se situant au stade 2 (préclinique) d’un DT1. Ces sujets, positifs à au moins deux auto-anticorps et présentant des anomalies glycémiques, ont « un risque d’évolution vers le diabète déclaré (stade 3) de 100 % à dix ans », rappelle le Pr Bruno Guerci, chef du service d’endocrinologie, diabétologie et nutrition du CHRU de Nancy. « Pour certains patients, il est plus facile de porter une MCG pendant quelques jours plutôt que de supporter des hyperglycémies provoquées par voie orale (HGPO), en particulier chez les enfants », estime-t-il.
Au-delà de ces situations à risque élevé, le bien-fondé diagnostique d’une MCG en population générale pour le DT2 semble plus douteux. « La précision des capteurs reste à ce jour très débattue, en particulier dans les gammes glycémiques basses. Or si le patient diabétique est le plus souvent dans une zone moyenne ou haute de glycémie, une personne normoglycémique, non diabétique, se situe à un niveau plus bas », explique Bruno Guerci.
Selon lui, « il n’est pas question de remettre en cause le diagnostic de diabète par la glycémie à jeun, l’HGPO, le taux d’HbA1c. Il a fallu des années pour que ces marqueurs soient validés, standardisés. Ils ne pourront pas être supplantés par des systèmes qui posent des problèmes de précision et qui ne répondent pas à la qualité attendue d’un outil diagnostique ».
À l’horizon, la mesure de la cétonémie
Au-delà de la glycémie, les MCG devraient bientôt s’ouvrir à la mesure de la cétonémie interstitielle. L’objectif est d’alerter le patient de la survenue d’une acidocétose, complication aiguë du DT1. Selon le Pr Éric Renard, chef du service d’endocrinologie et diabétologie du CHU de Montpellier, « la glycémie et la cétonémie n’évoluent pas toujours en parallèle, et le fait d’avoir une MCG ne met pas à l’abri d’une montée cétonémique, qui peut dériver vers l’acidocétose ».
Selon les données de la cohorte française SFDT1, présentées au congrès de la SFD, 4,5 % des patients atteints de DT1 ont enduré une acidocétose au cours des douze derniers mois. Premiers touchés, les utilisateurs de pompes à insuline (en cas d’obstruction du dispositif), les insuffisants rénaux, les patients sous inhibiteur du SGLT2, les femmes enceintes ainsi que les adolescents et jeunes adultes, dont l’observance est souvent moins bonne.
Parmi les experts, des débats sont en cours sur les seuils d’alarme et d’alerte mais aussi sur leur caractère optionnel ou obligatoire. Si la mesure continue de la cétonémie pourrait apporter un plus aux personnes les plus exposées, « cela ne va pas régler tout le problème de l’acidocétose », estime Bruno Guerci. « Si 4,5 % de personnes font de l’acidocétose, dont les jeunes de 14-25 ans, c’est généralement parce qu’ils ont lâché le traitement et la surveillance. On aura beau avoir des capteurs de glucose et cétones, si ces patients ne les utilisent pas, le diagnostic ne sera pas fait ! »
- Riveline JP, et al. Diabetes Technology & Therapeutics, 4 juillet 2024.
- Garg SK, et al. Diabetes, Obesity and Metabolism, 12 septembre 2024.
- Ajjan RA, et al. Nature Reviews Endocrinology, 8 avril 2024.
- Weiss L, et al. Médecine des maladies métaboliques, 1er mars 2023.
L’évaluation des MCG, une "boîte noire"
La glycémie du capteur A n’est pas celle du capteur B. Publiée en 2025, une étude comparant trois MCG a révélé de fortes divergences. En moyenne, les 23 participants DT1 passaient 76,1 % de leur temps dans la cible selon le premier modèle, 76,3 % avec le deuxième… mais 84 % avec le troisième(1). De même, des doutes demeurent sur les performances des CGM dans les glycémies extrêmes ou selon la dynamique glycémique en cours (hausse/baisse, rapide/lente).
Selon la Pre Chantal Mathieu, cheffe du service d’endocrinologie de l’hôpital universitaire de Louvain (Belgique), ces inconnues découlent de la faiblesse du processus d’évaluation des MCG en Europe, "une véritable boîte noire dans laquelle nul ne sait ce qui se passe". En janvier 2026, plusieurs experts internationaux ont appelé à un sursaut en matière de standardisation et de transparence sur les critères d’évaluation(2).
Une fois le marquage CE accordé par un « organisme notifié » d’un pays membre de l’UE – choisi par l’entreprise –, le système de MCG peut être vendu sur l’ensemble du marché européen. Or les critères d’évaluation en vue de ce certificat demeurent inconnus et diffèrent probablement d’un organisme notifié à l’autre. À la différence d’autres dispositifs médicaux, dont les pompes à insuline et les glucomètres d’autosurveillance de la glycémie capillaire, les appareils de MCG ne disposent toujours pas de normes ISO de standardisation.
- Freckmann G, et al. Diabetes Care, 1er juillet 2025.
- Pemberton JS, et al. Diabetes, Obesity and Metabolism, 26 janvier 2026.
Au sommaire :
- Diabète prégestationnel : de nouvelles recommandations pour mieux préparer, mieux suivre les femmes
- Les troubles auditifs, complications négligées du diabète
- DT2 : l’ETP et les applis de santé sont sous-exploitées
- DT1 : Un projet de recherche pour structurer le dépistage précoce
- DT1 : La recherche repousse les frontières
Références :
52e Congrès annuel de la Société francophone du diabète (Lyon, 31 mars-3 avril). D’après le symposium SFD/EASD « Le monitoring continu de la glycémie et de la cétonémie ».
- Riveline JP, et al. Diabetes Technology & Therapeutics, 4 juillet 2024.
- Garg SK, et al. Diabetes, Obesity and Metabolism, 12 septembre 2024.
- Ajjan RA, et al. Nature Reviews Endocrinology, 8 avril 2024.
- Weiss L, et al. Médecine des maladies métaboliques, 1er mars 2023.
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