@Goreng kentang/ Stock.adobe.com/ Générée avec IA
Diabète de type 1 : la recherche repousse les frontières
De la boucle fermée à la thérapie cellulaire, la recherche bat son plein pour améliorer la prise en charge du diabète de type 1. Plusieurs études récentes ouvrent de nouvelles perspectives.
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En France, environ 70 000 patients diabétiques de type 1 (DT1) sont désormais équipés d’une "boucle fermée". Disponible depuis 2020, ce dispositif repose sur le couplage d’un capteur de glucose (Continuous Glucose Monitoring [CGM]) et d’une pompe à insuline. "Les deux communiquent en Bluetooth via un algorithme qui ajuste la délivrance d’insuline à partir des données du capteur et des prédictions de risque d’hypo- ou d’hyperglycémie", explique la Dre Orianne Villard, du service d’endocrinologie-diabétologie du CHU de Montpellier.
Si la boucle fermée, parfois surnommée "pancréas artificiel", a fait ses preuves en termes de contrôle glycémique et de charge mentale liée au diabète, ce dernier demeure insuffisamment équilibré chez de nombreux patients. Selon les données de l’Observatoire de la boucle fermée en France (OB2F), mis en place par la Société francophone du diabète, seules 40 % des personnes qui en sont équipées (contre 13,7 % avant la mise sous boucle fermée) parviennent, au bout d’un an, aux objectifs glycémiques, à savoir plus de 70 % du temps dans la cible (0,7-1,8 g/l) et moins de 4 % du temps en hypoglycémie(1).
Comment expliquer que ces dispositifs de délivrance automatisée d’insuline ne permettent pas à toutes les personnes équipées de parvenir à l’équilibre ? Tout d’abord, les dispositifs actuellement disponibles, dont cinq sont remboursés en France, ne sont pas totalement "fermés", mais plutôt "semi-fermés" ou "hybrides". L’intervention du patient demeure cruciale, notamment avant une séance d’activité physique ou un repas. Avant de se nourrir, il doit ainsi informer le système de manière anticipée, en indiquant les glucides qu’il s’apprête à ingérer.
Vers une boucle totalement fermée
La recherche se poursuit pour minimiser, voire éliminer, l’intervention du patient, grâce à des algorithmes mieux ajustés. Publiés en mars, les résultats du système Aidanet, boucle fermée testée chez 34 adolescents et adultes diabétiques de type 1, s’avèrent très prometteurs, avec un meilleur contrôle glycémique par rapport au standard de soins (boucle semi-fermée, pompe à insuline), et ce sans besoin d’annoncer les repas(2).
"Chez les patients déjà bien équilibrés [ceux dont le taux d’HbA1c était inférieur à 8 % lors de l’inclusion], le passage en “full loop” [boucle totalement fermée] ne dégradait pas le temps dans la cible, contrairement aux études précédentes où il fallait souvent choisir entre qualité de vie et contrôle glycémique", constate la Pre Sandrine Lablanche, cheffe du service d’endocrinologie-diabétologie-nutrition du CHU Grenoble-Alpes. "Chez ceux moins bien équilibrés [taux de HbA1c supérieur à 8 %], on observe une nette amélioration, avec une moyenne de 61,9 % de temps dans la cible", contre 48,7 % avant l’inclusion.
Autre défi : le délai d’action de l’insuline, plus lente à agir lorsqu’elle est administrée en sous-cutané. Des projets sont en cours afin de tester d’autres voies d’administration. Parmi eux, le projet européen ForgetDiabetes évalue la possibilité d’une micropompe à insuline implantée au niveau intrapéritonéal, couplée à un nanocapteur intraveineux de glucose. La recharge en insuline serait assurée par l’ingestion, toutes les deux semaines, d’une capsule magnétique d’insuline qui irait s’ancrer à la pompe.
Autre piste de recherche, le multisensing : "Le diabète de type 1 est une équation comptant de nombreuses inconnues. Plus l’algorithme dispose d’informations sur les facteurs de fluctuation de la glycémie, plus il peut être performant", explique Sandrine Lablanche. Sont ainsi à l’étude des capteurs qui, au-delà de la simple glycémie, mesureraient la cétonémie, les taux de glucagon et de cortisol (hormone du stress), voire la fréquence cardiaque et le niveau d’activité physique. Également en cours, des travaux sur l’analyse de motifs vocaux, "qui peuvent renseigner l’algorithme sur différents états physiologiques du patient, son niveau de stress et de maladie", ajoute la diabétologue.
La thérapie cellulaire à l’horizon
Autre front de la recherche sur le DT1, la greffe d’îlots pancréatiques. Remboursée en France depuis 2020, elle a à ce jour bénéficié à "une cinquantaine de patients", explique Sandrine Lablanche. Comme toute autre greffe, elle se heurte à la pénurie de donneurs, ainsi qu’à la nécessité d’un traitement immunosuppresseur à vie. Se pose aussi la question de la durabilité des effets avec, "chez les patients qui ont pu être sevrés d’insuline, la nécessité d’un retour au traitement dans les cinq à dix ans suivant la greffe", constate la diabétologue.
Face à ces défis, la recherche a récemment connu plusieurs avancées. En 2025, une première étude a suggéré l’efficacité du zimislecel, une préparation de cellules sécrétrices d’insuline issues de cellules souches embryonnaires humaines(3). Parmi les 14 participants, 2 sont décédés des effets de l’immunosuppression. Quant aux 12 autres, dont 10 totalement sevrés d’insuline, ils présentaient tous, un an après la greffe, une production d’insuline endogène, un taux d’HbA1c inférieur à 7 %, avec plus de 70 % du temps dans la cible.
Quant au traitement immunosuppresseur, plusieurs travaux ont testé, pour l’instant sans succès, des systèmes d’encapsulation visant à protéger les cellules des îlots de Langerhans. Très préliminaire, une étude récente, menée sur un seul patient, a évalué une stratégie d’ingénierie génétique en vue d’obtenir un greffon "invisible" d’un point de vue immunitaire(4). Pour cela, les chercheurs ont éliminé les molécules du système HLA de la surface des cellules greffées, tout en y surexprimant le marqueur CD47 afin de bloquer la reconnaissance par l’immunité innée, première ligne de défense de l’organisme.
L’étude, au cours de laquelle a été transplanté seulement 7 % du nombre de cellules nécessaires à une greffe, ne permet pas de trancher sur l’efficacité de cette stratégie hypo-immune. Toutefois, le greffon semblait effectivement ignoré par le système immunitaire, et ce sans immunosuppresseur, tandis qu’une production endogène d’insuline était de nouveau détectée.
Selon Sandrine Lablanche, "nous sommes à l’aube d’un bouleversement thérapeutique. Des défis industriels, réglementaires et scientifiques demeurent, mais ils semblent surmontables. La question n’est plus de savoir si nous pourrons proposer une thérapie cellulaire pour tous, mais quand et avec quelle technologie".
- Riveline JP, et al. Diabetes, Obesity and Metabolism, 24 novembre 2025.
- Moscoso-Vasquez M, et al. Diabetes Care, 1er mars 2026.
- Reichman TW, et al. New England Journal of Medicine, 20 juin 2025.
- Carlsson PO, et al. New England Journal of Medicine, 4 août 2025.
Au sommaire :
- Diabète prégestationnel : de nouvelles recommandations pour mieux préparer, mieux suivre les femmes
- La mesure continue du glucose, au-delà de l’insulinothérapie ?
- Les troubles auditifs, complications négligées du diabète
- DT2 : l’ETP et les applis de santé sont sous-exploitées
- DT1 : Un projet de recherche pour structurer le dépistage précoce
Références :
52e Congrès annuel de la Société francophone du diabète (Lyon, 31 mars-3 avril). D’après le symposium « La complémentarité de la boucle fermée et de la greffe d’îlots pour le traitement du diabète » et la conférence de presse de la SFD (19 mars).
- Riveline JP, et al. Diabetes, Obesity and Metabolism, 24 novembre 2025.
- Moscoso-Vasquez M, et al. Diabetes Care, 1er mars 2026.
- Reichman TW, et al. New England Journal of Medicine, 20 juin 2025.
- Carlsson PO, et al. New England Journal of Medicine, 4 août 2025.
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