glycémie

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Contrôle des pics glycémiques, alimentation pendant la grossesse… Des médecins pointent les erreurs de la célèbre influenceuse Glucose Goddess

Entre conseils nutritionnels approximatifs et promesses de modulation du métabolisme, Jessie Inchauspé alias Glucose Goddess, autrice et influenceuse en nutrition, développe, dans ses ouvrages - dont le plus récent, "9 mois qui comptent pour la vie" - un discours sur la grossesse et la régulation du glucose qui s’écarte des données scientifiques établies. Les experts soulignent, en réponse, la nécessité d’une approche globale et encadrée, fondée sur des preuves solides. Explications.

22/04/2026 Par Michèle Reboul
Nutrition
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Autoproclamée "déesse du glucose", Jessie Inchauspé, influenceuse en nutrition suivie par des millions d’abonnés, doit sa popularité à l’idée selon laquelle il faudrait absolument éviter les "pics de glycémie", présentés comme délétères pour la santé. Pour les limiter ou mieux les contrôler, elle recommande plusieurs "astuces" dont la consommation de vinaigre de cidre ou encore le recours à des capteurs de glycémie, y compris chez des personnes non diabétiques. Controversées, ces affirmations - issues de son premier livre, "Glucose Revolution" publié en 2022 et prolongées dans son dernier ouvrage "9 mois qui comptent pour la vie" (éditions Robert Laffont) – méritent de fortes nuances.

Evidemment, les "pics de glycémie" ne sont pas, en soi, anormaux. Chez une personne en bonne santé, la glycémie varie naturellement au cours de la journée, en particulier après les repas. L’organisme possède des mécanismes de régulation hormonale finement orchestrés, au premier rang desquels l’insuline, permettant de maintenir l’homéostasie glucidique en favorisant le retour des concentrations plasmatiques de glucose à des valeurs physiologiques. "À ce jour, il n’existe aucune preuve solide établissant que les pics de glycémie soient délétères en l’absence de pathologie métabolique. Il n'est donc pas utile, ni recommandé de contrôler sa glycémie lorsque l'on est en bonne santé. Les capteurs de glucose doivent être réservés aux personnes diabétiques", rappelle le Dr Jean-François Renucci, médecin vasculaire à la Timone (Marseille).

Pas de "monitoring" du glucose chez la femme enceinte en bonne santé

La question des pics glycémiques, Jessie Inchauspé l'aborde également dans son tout dernier ouvrage dédié à l'alimentation pendant la grossesse, "9 mois qui comptent pour la vie" (éditions Robert Laffont). Elle y indique notamment que pendant la grossesse, les hausses de glycémie sont souvent "plus prononcées et plus longues après les repas" et que "la première conséquence d'un excès de pics de glucose est l'inflammation". Or selon l'autrice, quand celle-ci devient chronique, elle risque de provoquer de nombreuses maladies (cardiovasculaires, AVC, diabète...). 

Un discours inutilement anxiogène selon la Pre Delphine Mitanchez, professeur de pédiatrie, chef du service de néonatologie de l'Hôpital Bretonneau (CHRU de Tours) et présidente de la Société française de médecine périnatale (SFMP) : "Chez les femmes enceintes en bonne santé – comme au sein de la population générale - les pics de glycémie sont normaux et il n'y a aucune raison de les contrôler". En revanche, les hyperglycémies répétées, prolongées et élevées observées dans le diabète, sont bien associées à des complications, y compris pendant la grossesse. "Dans le cadre du diabète gestationnel par exemple, une auto-surveillance glycémique est recommandée car un déséquilibre peut avoir des conséquences pour la mère et l’enfant. Mais cela ne passe pas systématiquement par des capteurs de glucose. Le glucomètre ou la glycémie capillaire suffisent dans la plupart des situations", souligne la pédiatre. 

Autre conseil de l'autrice aux femmes enceintes : consommer "une cuillère à soupe de vinaigre (pasteurisé) au cours du repas" pour aider à "réduire le pic de glucose qu'il engendre". "Cela n'a jamais été démontré par la science. Par ailleurs, la consommation régulière de vinaigre peut être mal tolérée chez les femme enceintes, souvent sujettes aux reflux gastro-œsophagiens", note la Pre Mitanchez.

Des preuves limitées concernant l'épigénétique

Jessie Inchauspé soutient également une autre thèse controversée : selon elle, l'alimentation de la femme enceinte "programme" le bébé au niveau épigénétique et affecte durablement ses risques de multiples problèmes de santé : diabète de type 2, "dépendance au sucre", santé mentale, allergies... "L’idée que l’alimentation pendant la grossesse "programme" durablement la santé de l’enfant est souvent présentée de manière trop simplifiée. Si des mécanismes comme l’épigénétique sont étudiés, les preuves restent limitées. Les données les plus solides concernent surtout des associations (et non des causalités) entre certaines situations maternelles - obésité, diabète de type 2 ou diabète gestationnel - et un risque accru de troubles métaboliques chez l’enfant : surpoids, risque cardiovasculaire. Mais ces liens sont d’intensité modérée et influencés par de nombreux facteurs confondants. En revanche, pour la santé mentale, les allergies ou les maladies respiratoires, les données sont encore insuffisantes pour conclure", détaille la Pre Mitanchez.

Des recommandations nutritionnelles réductrices

L'autrice de "9 mois qui comptent pour la vie" indique, par ailleurs, que quatre nutriments déterminent le bon développement de l'enfant in utero : la choline, le DHA, les protéines et le glucose. "Faire reposer le développement fœtal sur quelques nutriments isolés constitue une approche réductrice ; seule une vision nutritionnelle globale, fondée sur l’équilibre alimentaire, est pertinente", insiste la Pre Mitanchez. Si des éléments comme la choline ou les oméga-3 (dont le DHA) jouent effectivement un rôle dans le développement cérébral, ils s’inscrivent dans un ensemble beaucoup plus large incluant notamment le fer, l’iode, les vitamines et les lipides. Par ailleurs, certaines recommandations avancées par l'influenceuse, comme la consommation de quatre à cinq œufs par jour pour augmenter les apports en choline, ne reposent sur aucune base scientifique solide. "Il n’y a aucune indication à consommer de telles quantités. Une alimentation variée permet de couvrir les besoins sans excès", précise la Pre Mitanchez.

Plus largement, la spécialiste met en garde contre une approche nutritionnelle trop restrictive ou anxiogène. "Les recommandations nutritionnelles pendant la grossesse doivent rester simples : il ne s’agit pas de "manger pour deux", mais d’augmenter légèrement les apports énergétiques (de l’ordre de 10 à 20 % selon les cas), tout en conservant un équilibre global entre glucides, lipides et protéines. Une alimentation variée, incluant des produits de saison est encouragée, sans exclure les écarts occasionnels, y compris chez les femmes présentant un diabète bien équilibré. Enfin, il ne faut pas oublier les risques microbiologiques durant la grossesse, ni l'importance de l’éviction de l’alcool et du tabac, deux facteurs de risque majeurs et bien établis pour l’enfant", résume-t-elle.

En France, les messages officiels - notamment ceux du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) - insistent sur la nécessité de proposer des recommandations claires, cohérentes et fondées sur des données scientifiques validées, afin d’éviter la confusion et la culpabilisation des femmes enceintes. Des ressources fiables comme celles de Santé publique France, du programme "1000 jours" ou du site "mangerbouger.fr" constituent aujourd’hui des références.

Références :

D’après des entretiens avec le Dr Jean-François Renucci, médecin vasculaire à la Timone (Marseille), et la Pre Delphine Mitanchez, professeur de pédiatrie, chef du service de néonatologie de l'Hôpital Bretonneau (CHRU de Tours) et présidente de la Société française de médecine périnatale (SFMP)

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