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Généraliste, cardiologue, dermatologue... quel délai pour obtenir un rendez-vous dans votre département?
Une seconde cartographie des inégalités d’accès aux soins en France vient d'être publiée par la Fondation Jean Jaurès et Doctolib. L’étude mesure les délais d'obtention d'un rendez-vous sur la plateforme auprès de dix professions de santé libérales, à partir de 234 millions de consultations réalisées en 2025.
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Près de deux patients sur trois ont renoncé, en 2025, à chercher un rendez-vous médical au cours des 12 derniers mois. C’est l’un des enseignements d’une étude menée conjointement par Doctolib et la Fondation Jean Jaurès, à partir des 234 millions de consultations réalisées par plus de 80 000 professionnels de santé l’an dernier. Les résultats de cette deuxième édition des “Cartes de France de l’accès aux soins”, dévoilés ce mardi 19 mai, s’enrichissent cette année d’une enquête nationale menée auprès de 8000 patients. “Cette double entrée, données d’usage et vécu des patients, permet de croiser les délais effectifs d’obtention de rendez-vous avec les ressentis patients face aux difficultés d’accès aux soins”, met en avant le communiqué de presse.
Des disparités par spécialités
“Il y a une dégradation générale de la prise de rendez-vous, et bien qu’il n'y ait pas de logiques spécifiques, les délais s'allongent”, explique Joy Raynaud, géographe spécialiste de l’accès aux soins et auteure de l’étude. Quatre des 10 professions étudiées enregistrent ainsi une dégradation des délais médians d’obtention d’un rendez-vous sur Doctolib : 8 jours pour la pédiatrie (+1), 12 jours pour les sages-femmes (+1), 15 jours pour la psychiatrie (+1) et 42 jours pour la cardiologie (+1), spécialité où l’attente est la plus longue.
À l’inverse, les délais médians restent stables en médecine générale (3 jours) et en kinésithérapie (6 jours), tandis que la dermatologie (32 jours) et l’ophtalmologie (21 jours) réduisent leurs délais, respectivement, de 3 et 4 jours par rapport à 2023.
Toutes les professions maintiennent une capacité de réponse non programmée, souligne le communiqué. En médecine générale, 39 % des rendez-vous sont obtenus en moins de 48 heures (35% en plus de 7 jours), et 37 % en pédiatrie. En cardiologie, spécialité sous forte tension mais où les urgences sont le plus souvent orientées à l'hôpital, 8 % des créneaux restent accessibles en moins de deux jours.
Cardiologie : 16 jours à Paris... 164 jours dans le Gers
Derrière ces médianes, les écarts départementaux sont considérables. En cardiologie, le délai varie de 16 jours à Paris à 164 jours dans le Gers ; en dermatologie, il faut compter 7 jours en Savoie mais 90 jours dans l’Aisne.
Concernant la médecine générale, 78 % des départements se situent entre 1 et 5 jours, tandis que 19 % présentent des délais compris entre 6 et 7 jours, et une minorité dépasse 8 jours. “Cette distribution atteste d’un premier recours encore largement fonctionnel”, souligne l’étude. Mais “cette photographie masque toutefois une dégradation diffuse et progressive”: entre 2023 et 2025, 47 % des départements enregistrent une hausse des délais, 49 % restent stables et seulement 4 % connaissent une amélioration.
Une tendance se dessine en fonction des spécialités, sans schéma unique, avec par exemple une fracture ouest-centre en ophtalmologie, et des tensions dans le nord et le centre-est en dermatologie.
Des territoires restent marginalisés, tant sur l’étude de 2023 que celle de 2026. “Il a des récurrences. Certains départements vont bien, comme [ceux de] l’Ile-de- France et les Alpes-Maritimes, et il y a ceux qui vont mal comme les Côtes-d'Armor, la Manche, ou le Pas-de-Calais. Chacun évolue selon l'attractivité de son territoire, qui influence dès lors l’installation des professionnels”, relève Joy Raynaud.
De quoi donner du grain à moudre aux partisans de la régulation de l’installation des médecins, alors que la proposition de loi Garot sera examinée au Sénat à partir du 11 juin.
“Il y a des choses qui vont contre la loi Garot et des aspirations sociétales qui bloquent. Mais elle fait partie d’une galaxie d’outils qu’on peut mobiliser pour pallier les inégalités d’accès, et ce en plus des renforcements d’autres ressources comme le travail aidé”, reconnaît Florian Bon, chef du bureau Accès territorial aux soins du ministère de la Santé. Si la régulation à l’installation des médecins libéraux cristallise les tensions, le travail aidé s’impose comme une solution aux inégalités d’accès aux soins.
Développer le travail aidé
D'après l’étude, la réorganisation du secteur de l’ophtalmologie par la mutualisation du parcours de soins (avec les orthoptistes et les opticiens), a permis de diviser par deux le délai médian d’accès aux soins, en huit ans et à effectifs similaires. "Aujourd'hui, 85 % des ophtalmologues sont en travail aidé", explique Joy Reynaud, auteur de l’étude.
Un accès aux soins qui dépend autant des modes d'organisation que du volume de professionnels sur le territoire. "On pourrait envisager d’appliquer le travail aidé à d’autres spécialités que l’ophtalmologie, bien que ce ne soit pas la même démographie”, poursuit le représentant du ministère. Travail aidé, télé-expertise, protocoles de coopération… autant de mesures qui sont à envisager, et notamment via le numérique. L’intelligence artificielle figure parmi les accélérateurs de prise de rendez-vous. Elle aurait motivé 43% utilisateurs à trouver un créneau en ligne.
Si cette seconde cartographie des inégalités de santé permet une analyse suivie et une lecture qualitative des données, elle interpelle plusieurs professionnels de santé, sur ses limites, et notamment sur l’intégration des données financières. “Il serait intéressant d’identifier l’hétérogénéité des délais dans le secteur 1 et le secteur 2”, soumet Véronique Lucas-Gabrielli, géographe de la santé à l’Irdes.
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